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le 30 nov. 2021
SuivreOui, c'est beau
Claque visuelle, j'admire et j'apprécie le superbe boulot de storyboarding et de direction artistique. Les personnages sont tous magnifiques, les environnements sont beaux et les plans...
Arcane est certes une série remarquablement travaillée esthétiquement, pour autant que l’on apprécie ce genre d’esthétique à base de clips, mais le fond m’a laissée perplexe.
Comme beaucoup, on m’a recommandé Arcane, en la présentant comme un chef-d’œuvre. Assez pour attirer ma curiosité. Et il faut bien avouer que, même si je ne suis pas fan de l’esthétique globale, les éléments visuels sont particulièrement travaillés. Sur ce point, Arcane est une réussite. Quant aux musiques, j’avoue m’être attendue à mieux. Certes, les chansons sont parmi ce qu’il se fait de mieux en ce moment, mais tout cela me paraît moins riche que la musique populaire d’avant, ou même que la musique de jeux vidéo comme Xenoblade Chronicles, Final Fantasy, Deltarune ou Zelda. Les autres musiques sont à l’image de la musique des films d’action d’aujourd’hui, principalement des textures sans mélodies ou arrangements mémorables, à l’exception peut-être de quelques morceaux de la saison 2 et de l'épisode avec le concert. Dommage, car je pense qu’il était possible de faire des thèmes sombres qui colleraient à l’ambiance. Les chansons et les séquences de clips restent mainstream, je n’ai donc pas été subjuguée par la musique comme j’aurais aimée l’être.
J'émétrais toutefois une certaine réserve sur la forme. Tous les plans sont tellement travaillés que la série ne laisse aucune place au spectateur pour respirer. Et le problème, c'est qu'en étant continuellement dans cet effet impressionnant, ça finit par perdre en intensité. L'adaptation hédonique qui en suit est probablement la raison pour laquelle beaucoup plus de gens semblent avoir prêté attention au fond de la saison 2 qu'à celui de la saison 1.
J’ai trouvé le scénario plutôt bien construit, tout comme l’univers, mais pas à un point spectaculaire dans le cadre où des incohérences, parfois petites, parfois grandes existent. Par exemple, Vi qui accorde sa confiance à Jayce après que le conseil l’ait envoyée balader, les pierres magiques qui n’explosent pas alors qu’elles sont rangées dans la poche de Powder en train de courir, les personnages revenus d’entre les morts et quelques autres points dont je parlerai plus loin. La série, à mon avis, aborde trop de thèmes, même si ce sont des thèmes très intéressants, sans avoir le temps de les creuser profondément. Sont abordés en 18 épisodes de 40 minutes lutte des classes, inégalités, famille et séparation, pollution, sciences, progrès, révolution, drogues, santé mentale, plus les arcs d’une bonne vingtaine de personnages, les éléments de fantasy. L’écriture est donc souvent rushée, s’autant plus que la série comporte beaucoup de combats et de séquences clips, réduisant le temps pour traiter ses thèmes.
Passons au point où j’ai été la plus mitigée, l’écriture. N’ayant jamais joué à Leagues of Legends, je suis arrivée vierge de toutes connaissances de l’univers et du lore. J’ai trouvé la première saison accessible aux non-joueurs, ce qui est un point positif. On comprend assez facilement la dynamique entre Piltover et Zaun, avec la ville du dessus luxueuse au détriment de la qualité de vie de la ville du dessous. Malgré tout, certains éléments de worldbuilding semblent confus. La seconde saison part dans de nombreuses sous-intrigues qui parleront peut-être aux joueurs, qui devaient sûrement être résolues dans une autre série dérivée de Leagues of Legends mise en pause, et ne referme qu’une seule des portes qu’elle a ouvertes. Celle de l’intrigue principale. J’aurais aimé avoir plus de précision sur la construction de Zaun et de Piltover, même si ce n’étaient que quelques flashbacks, sur comment les villes ont été créées, et surtout, comment elles en sont arrivées là. C’est d’autant plus dommage que ça aurait pu servir à l’histoire de personnages comme Heimmerdinger, Silco, Vander ou même Grayson. Par exemple, pourquoi la ville a-t-elle apparemment été fondée, en partie par Heimmerdinger, sur une autre ville ?. Ils auraient sûrement su que Zaun en souffrirait. Cela semble d’autant plus incohérent avec le personnage d’Heimmerdinger qui s’efforce d’aider la basse-ville. Il est sous-entendu que les deux villes sont économiquement codépendantes, quand le conseil proteste contre l’indépendance de Zaun ou les habitants de la ville du dessous qui manifestent quand la frontière est fermée, mais dans ce cas, l’indépendance ne serait-elle pas défavorable aux deux villes ? Je pense à la scène où le conseil proteste contre la déclaration d’indépendance de Zaun et il suffit que Mel présente son soutien pour que tout le conseil la suive à l’unanimité dix secondes après avoir protesté. Je ne comprends pas.
Là où je trouve que le world-building est montré implicitement , ce qui n’est pas forcément un défaut, il y a une critique que j’ai du mal à comprendre. Beaucoup disent qu’Arcane ne prends pas ses spectateurs par la main et les laisse utiliser leur intelligence pour trouver les vides laissés volontairement ou non dans le world-building. Pourtant, j’ai trouvé que les dialogues étaient très dirigistes, tout comme les paroles des chansons, venant presque forcer une émotion chez le spectateur. La plupart des personnages parlent en monologues philosophiques, traduisant l’idéologie des personnages (des phrases de type « Quand vous voulez changer le monde, n’attendez pas la permission. », « La solitude est le prix de l’intelligence », « Pourquoi la paix est-elle toujours prétexte à la violence ? » que la série lance à tout va), en plein milieu de conversations entre deux personnages. Et j’ai trouvé ça dommage car l’audience d’Arcane a su trouver les éléments de world-building et que ce soit les dialogues ou les clips musicaux, tout semble forcé et manque d’aspérités et de subtilité, et je trouve que ça déshumanise vraiment les personnages. L'écriture et les clips me sortaient sans arrêt du récit. Des dialogues moins philosophiques et plus proches de ce que les personnages diraient vraiment dans ces situations auraient sûrement eu le même impact émotionnel sans casser le rythme (Ekko et Heimmerdinger ont été pour moi les personnages les mieux écrits au niveau des dialogues). L’audience d’Arcane n’est pas stupide. Elle aurait compris les messages sans qu’on les lui jette à la figure.
Arcane semble également se revendiquer comme une émission neutre où tout est moralement gris, mais j’ai l’impression que certaines nuances ont été ajoutées pour donner l’illusion d’une neutralité pour que chacun puisse interpréter l’histoire comme il le souhaite et choisir son camp, alors que certains personnages, les méchants particulièrement, sont bien définis. Par exemple, pour mener sa révolution, Silco aggrave les conditions de la basse-ville en la noyant sous la drogue. Personne d’autre que ses quelques partisans ne semble le suivre. De plus, on ne voit presque jamais comment Zaun est opprimée par Piltover. Certes, il y a les enforceurs, mais ils semblent avoir un rôle similaire à celui de la police. Beaucoup pensent que ce sont les excavations et la pollution venant de la ville d’en haut qui oppriment Zaun, mais on ne voit jamais les habitants de Zaun travailler pour la ville d’en haut. La série montre certes des gens mourir de faim, mais beaucoup souffrent du Shimmer, donc, Silco semble être le principal (voire l'unique) responsable. Zaun est-il donc son propre oppresseur ? Avec des gens comme Silco pour la diriger et des gens comme Mel et Heimmerdinger pour diriger la ville d’en haut, c’est presque l’impression que la série me laisse.
C’est là où le côté politisé d’Arcane n’a pas bien fonctionné sur moi. D’un côté, il se veut neutre, de l’autre, on a des méchants comme Silco ou Ambessa bien définis et présentés comme repoussants et monstrueux. Un autre problème que j’ai avec ce côté politisé est que lorsque Vi, l’un des personnages qu’on est le plus censés admirer, critique l’accent mis par Piltover sur la beauté des objets plutôt que sur la vie des autres, dans une série qui se veut plus belle que les autres, où l’accent est davantage mis sur l’esthétique des clips que sur les explications de l’univers, dérivée d’un jeu avec un côté Kasino, ça fait un peu hypocrite. Je comprends que l’art peut se vouloir comme un message politique, mais les artistes de ce type, comme Bob Marley privilégient souvent la simplicité et le message plutôt que la volonté d’être le plus beau et le plus sophistiqué possible. La musique classique ou le jazz en sont de bons contre-exemples. Or, dans le cas d’Arcane, bien que la série ait été faîte plus par amour de l’art (visuel) que par but lucratif, de nombreux auteurs transmettent leur message sans déluges d’effets spéciaux, ni volonté de faire du grand spectacle. Certaines critiques parlaient de purple-washing sous fond de lutte des classes pour faire passer un message de droite. Et c’est malheureusement ce que j’en retiens en grande partie. Rien que le fait que Viktor soit l'antagoniste final de la série en témoigne. La série, en disant qu’il y a de la beauté dans les imperfections sous-entends qu’une société profondément inégale vaut mieux qu’une société ennuyeuse mais sans maladie ni conflits. Certes, Silco et Ambessa ne sont pas valorisés non plus, mais semblent servir à montrer qu’en fait, les riches, comme Caitlyn, Heimmerdinger ou Mel ne sont pas si corrompus que ça. Et malheureusement, je comprends cette volonté d’Arcane de refuser de trop choisir le camp de l’opprimé, car sans plusieurs millions d’argent consacré aux séries, cette série n’aurait pas vue le jour, et nous, nous n’aurions même pas Netflix pour la regarder. C’est triste, malheureusement.
En fait, je trouve qu’Arcane est surtout une œuvre cynique sur la nature humaine, ce qui expliquerait sûrement pourquoi des gens, souvent idéalistes, la trouvent surcotée et en particulier la deuxième saison. Beaucoup semblent penser que cette saison 2 contredit totalement la saison 1 et annule tout le développement de personnage établis dans la première saison, mais je la trouve cohérente avec la première saison. Certes, les personnages ont des comportements erratiques, mais en tant qu’êtres humains, nous sommes inconstants, nous n’évoluons pas toujours dans le même sens que la veille. Et c’est pareil pour les personnages. Après un traumatisme similaire à celui qu’elle a subi, je trouve logique que Caitlyn devienne radicale mais continue de questionner ses valeurs, en contradiction avec ses actions. Pareil pour Vi, qui s’allie à la ville du haut après avoir vu ce que la vie dans la ville du bas a faite à sa sœur. Et il est logique pour les partisans de Silco d’idolâtrer Jinx, et de la voir comme un symbole de résistance. Malheureusement, tout dans la série se termine en combat. Même à la fin, rien ne dit que la basse-ville et la haute-ville ne se rediviseront pas. C’est même probable. Arcane est donc de ces séries, façon Rick et Morty, qui disent certes des vérités sur la nature de l’être humain mais n’ont rien de mieux à proposer. Personnellement, je n’aime pas ce type de vision du monde très négative. Certains experts de l’enfance se questionnent d’ailleurs sur les séries en se demandant si elles sont la raison d’une possible augmentation de la violence et de l’insubordination des jeunes. Je ne sais pas ce qu’il en est vraiment, mais je pense qu’il serait intéressant de se poser la question. Il y avait une époque où les héros de dessins animés étaient des modèles pour la jeune génération. Pour tout le monde, même. Prenons par exemple des héroïnes du studio Ghibli comme Nausicaä ou Kiki. Dans Arcane, il n’y a pas de « gentils ». Soit des méchants essentiellement manichéens avec certes certains traits humanisants, mais il est clair que Silco et Ambessa étraient mal intentionnés, soit des personnages tellement imparfaits que l’univers ne permet pas d’espérer quoi que ce soit ou presque. Vi et Caitlyn ont empoisonnés l’air de la basse ville. Les arcs d’Ekko et d’Heimmerdinger ne mènent presque nulle part, et c’est dommage car Ekko aurait pu être un parfait contre-exemple à Silco, celui d’une révolution saine. Même s’il est logique que les peuples se dressent contre Viktor par peur, la série renforce son cynisme en invalidant son personnage le plus idéaliste. Même Jinx qui portrayait avec brio les troubles psychiques et la peur de l’abandon pendant les trois premiers épisodes est transformée en tueuse psychopathe folle à lier. Je suis perplexe par rapport à la représentation de son personnage car même si des troubles psychiques non traités amènent à commettre des erreurs graves qui peuvent changer une vie, j’ai l’impression que son côté Harley Quinn spectaculaire dessert les thèmes de son personnage. C’est dommage car, sans ses passages Harley Quinn, tout le reste touchait très juste. Dommage également que la série ne montre aucun flashback de Jinx avec Silco, ça aurait aidé à développer son personnage comme, pour le personnage de Jayce. Même s’il avait fallu attendre la deuxième saison (pour se mettre dans les chaussures de Vi pendant la première), ça aurait été bienvenu, mais non. J’ai encore eu l’impression que l’écriture d’Arcane souffre de sa volonté d’être spectaculaire. Mais surtout, je trouve dommage qu’il n’y ait pas un autre personnage atteint de troubles mentaux, originaire de Piltover. Ça aurait permis de montrer les différences d’un personnage avec un trouble traité, et un non traité et aggravé par les circonstances. Certes, il y a eu Powder de l’univers alternatifs, mais on montre à peine sa santé mentale. Sa schizophrénie ne semble même pas exister dans l’univers parallèle. Et j'ai un problème similaire avec Vi. Jamais on ne creuse ses insécurités, ses expériences en prison, le deuil de Vander ou de Jinx. Même si elle est du genre à ne pas exprimer ses émotions, là aussi, des flashbacks auraient été bienvenus à mon avis. Mais non, on la voit juste continuellement prendre des raclées. A croire qu'Arcane n'aime pas ses personnages. Dommage.
Au final, mon problème avec Arcane, c’est que c’est une œuvre qui m’a été présentée comme philosophique, politique, intelligente, remarquablement écrite, et une claque visuelle et auditive, mais je n’y ai vu qu’une œuvre certes visuellement travaillée mais cynique, déblatérant des philosophies déjà toutes prêtes, avec des dialogues forcés. Et surtout une œuvre qui manquait profondément d’humanisme, presque rien ne se résolvant par autre chose qu'un affrontement. J’imagine qu’Arcane n’était pas faîte pour moi. J’ai eu l’impression de voir une œuvre qui peine à assumer ce qu’elle est. Juste une œuvre de divertissement. Si c’est pour le côté politique et philosophique, autant s’intéresser à la vraie philosophie ou à des œuvres qui abordent moins de sujets, mais avec plus de profondeur. J’ai malheureusement été déçue par Arcane. L’aspect visuel est à mon avis le point le plus maîtrisé. Malgré d’autres qualités évidentes, Arcane est une série qui m’a parfois captivé de façon complète et impressionnée par sa justesse mais souvent très déçue. Une œuvre qui voudrait atteindre la perfection mais dont la volonté de beauté et de spectacle empiètent souvent sur les autres aspects.
Dommage.
Créée
le 11 juil. 2025
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