... j'ai cru mourir à la moitié de la deuxième saison.
Assassination Classroom commence avec un concept relativement catchy : une classe, un professeur. Le professeur est une créature surnaturelle et surpuissance qui annonce qu'elle va détruire la terre dans un an. Elle est disposée à se laisser tuer, à la condition que ce soit par l'un des élèves de la classe, et elle va passer l'année à les former à y parvenir... ou pas ?
Plusieurs soucis : le premier c'est que l'intrigue a donc l'ambition de nous faire connaitre les presque 30 élèves de la classe un par un... et n'y parvient clairement pas. Y a en gros 5-6 élèves qu'on voit tout le temps, les autres sont des figurants. Sauf qu'on insiste vraiment sur le fait que c'est une classe où chacun est important, on nous promet qu'on va tous les suivre, et pas du tout. Ce qui est d'autant plus frustrant quand, au climax de l'intrigue, on nous fait l'appel un par un pendant 5 bonnes minutes des élèves (oui, je vous jure. One Piece et ses épisodes fillers c'est de la gnognotte à côté de cet épisode précis) et qu'on s'aperçoit qu'en fait y en a bien un bon quart dont le nom a peut-être été prononcé une fois. Pire encore, Non seulement la promesse de présenter les personnages n'est pas tenue, mais on nous en rajoute de nouveaux à plusieurs moments, dans l'idée que les classiques ne sont pas suffisants. Relou.
Sur l'intrigue en elle-même, c'est GTO sans la qualité d'écriture ni l'originalité. Le tout sous un glaçage bons sentiments sur l'amour prof-élèves qu'en tant que prof je trouve parfaitement déplacé (surtout que le prof en question ne se prive pas non plus de délires graveleux sur des collègues... et même des élèves. Très mineures). Mais l'écriture oscille du correct au calamiteux, avec une subtilité aux orties : comme le superviseur militaire des élèves n'obtient pas de résultats assez vite, l'armée en envoie un nouveau, qui alterne entre manipulation psychologique et châtiments corporels. Le saviez-vous ? C'est pas gentil d'être méchant. Et la fin de la série s'embourbe dans des erreurs de rythme calamiteuses. L'intrigue repose en grande partie sur le mystère de l'origine de Koro-sensei. La révélation finit par arriver. Comment ? "Bon quelqu'un de mon passé a ressurgi donc il est temps que je vous raconte l'histoire". Littéralement, je n'exagère pas. L'origine en elle-même est extrêmement médiocre, n'explique pas la caractérisation du personnage ni ses motivations. Fin si mais ça fonctionne pas. Et surtout, une fois que ce truc-là est mis de côté, l'intrigue ne fonctionne plus du tout. En gros les épisodes qui restent c'est comment vont réagir les élèves et que vont faire les ennemis du prof. Et ils vont faire tous exactement ce que vous aviez deviné au premier épisode. Il n'y a aucune surprise. À la fin j'étais surtout plus préoccupé de savoir si deux élèves que je shippais ensemble allaient finir par s'avouer leur sentiment (non) tellement rien n'avait plus aucun intérêt. Et comme la fin arrive, on se tape je sais pas combien d'épilogues. Quelle orientation va choisir chacun des élèves ? Que va faire le principal ? Le gouvernement ? Etc. Vous allez me dire, c'est logique, attendu, c'est le pay out de tout ça. Vous auriez raison. Mais on a bien deux épisodes de ça avant l'affrontement final et encore un après. Parce que ce qui est important, c'est de savoir ça, mais à court, moyen et long terme, vous voyez. On a évité l'OAV sur leurs enfants et leurs descendants lointains. Sans compter que certains n'ont aucun sens : un des personnages principaux, Nagisa Shioka, se fait maltraiter psychologiquement voire physiquement par sa mère, qui aurait voulu avoir une fille. Devinez les parents de qui décident que le mieux pour leur enfant est de se remettre ensemble et de faire table rase du passé ? Parce que c'est connu, les maitres mots pour surpasser le trauma, c'est "déni" et "oubli". On ne mentionnera même pas le directeur de leur école, qui a littéralement conçu son école comme un système sacrificiel où on met tous les cancres et les pauvres dans une classe et on les bully pour se souvenir qu'on est mieux qu'eux. S'il est démis de son poste, il va boire un pot avec des anciens élèves et il se réconcilie avec tout le monde, parce qu'en fait il s'est juste un peu fourvoyé.
L'épisode climax, il y a une action. Une. En vingt minutes. Le reste c'est des gros plans sur des gens qui chialent et le fameux appel dont j'ai parlé. C'est lunaire, c'est le cas de le dire.
On passera sur le sexisme omniprésent voire un genre de virilisme malaisant. Nagisa, dont j'ai déjà parlé, est perçu comme une tapette par les plus virils du tas. Mais c'est pas de sa faute, c'est sa méchante maman qui voulait qu'il soit une fille, heureusement, par la magie de l'art de l'assassinat, sa féminité devient une manière de cacher son aura et de devenir un bonhomme en étant fort à l'assassinat en un coup. Eh oui, sa lame peut sembler chétive, mais elle tue aussi bien que celle des brutes. Attendez on parle de quoi déjà ? Ah oui de pénis pardon, je m'étais perdu dans toutes ces métaphores. D'ailleurs Nagisa, à l'hilarité générale, est forcé à plusieurs reprises d'utiliser son apparence androgyne pour séduire déguisé en fille (on rappelle qu'il est littéralement traumatisé de ça et qu'il attache les cheveux que sa mère lui force à garder long pour apparaitre moins efféminé). Pourquoi lui et pas une des filles de la classe, vu qu'on valorise la séduction comme méthode d'assassinat ? Parce que c'est drôle. D'ailleurs en parlant de séduction, un des profs, une assassin, est humiliée tout le long de la série, se faisant appeler bitch-sensei. À un moment, sans le nommer vraiment comme tel, le personnage principal la viole, ce qui apparemment est drôle (vous pensez que j'exagère quand je parle de viol ? Donc il s'enferme avec elle dans une pièce, sort ses tentacules, et fondu au noir, après quoi elle est déshabillée et visiblement bien "calmée", à la Autant en emporte le vent ; la réaction des autres ? "Il faut pas le prendre à la légère" ou un truc du style). Elle parle des dizaines de langue, mais elle n'a plus aucun rôle dans la série après son introduction, sauf quand elle décide de trahir tout le monde parce qu'elle perd foi en eux. Mais on lui pardonne parce que c'est dans sa nature. D'ailleurs une autre fille trahit le groupe à un autre moment (mais aucun garçon), et elle est ramenée à la raison par le baiser forcé d'un garçon. Fin voilà, j'ai à peine égratigné la surface du sujet. Notez que si je prenais sérieusement ce critère en considération, la série se prendrait 1/10 sans hésiter parce qu'on va très très loin dans le délire. J'ai choisi de pas le faire pour pouvoir parler des autres aspects, mais sachez-le.
Si on s'en tient à la saison 1, c'est regardable. Après c'est la catastrophe totale.