J’espère que Charles Baudelaire me pardonnera ce sacrilège. Adapté du webtoon de Jang Deok-hyun L’Homme de la mer (Azure Spring), ce drama reprend les thèmes principaux de la mer et de la plongée comme facteurs de guérison de l’âme. Mais le passage au format télévisuel s’avère de piètre qualité, et ce pour plusieurs raisons. Le format de 6 épisodes de 30 minutes est généralement proposé sur des plateformes web telles que Naver ou Kakao TV. MBN+ adopte désormais ce type de format court destiné à un public jeune et urbain (visionnage dans le métro, le bus ou le taxi principalement). Le gros problème, c’est que sur les trois heures que dure l’ensemble, plus d’une heure est tout simplement sans intérêt. Il aurait mieux valu faire un bon film de deux heures, et surtout avec de meilleurs acteurs. Ici, la poésie et la gravité des situations sont inexistantes par rapport à la BD. A consommer avec un tilleul ou une verveine avant d'aller dormir.
Les grosses différences entre la BD et le drama
Contrairement à la BD, les deux héros que l’on suit ici sont totalement différents. Dans le drama, on est dans le healing contemplatif et la reconstruction de soi… mais en version low cost. Exit le ton plus mature et profond du webcomic. Le webtoon tourne autour de la relation entre une sorte de “My Mister” (un homme mûr en pleine reconstruction psychologique) et une jeune femme désabusée par la vie, en proie au doute. On est davantage dans l’introspection. Lui est devenu l’équivalent masculin d’une haenyeo (les célèbres pêcheuses en apnée de Jeju), un homme privé d’amour depuis la mort de sa femme, tandis que l’héroïne utilise la mer comme refuge. Dans le drama, on a affaire à un ex-militaire exilé à Tongyeong (bye-bye Jeju) depuis trois ans pour fuir un passé douloureux. Quant à l’héroïne, elle n’a plus grand-chose à voir avec son homologue du webtoon : elle revient simplement se réfugier sur son île natale, dans une maison louée par ce jeune homme. Plus de 80 % du temps, on ne verra d’ailleurs que ce couple. Il y a également une phase thriller dans le drama qui n’existe absolument pas dans la BD. Si le webtoon ressemblait davantage à une fable sociale, le drama fait plutôt penser à une amourette d’été. Mais attention, ne vous attendez à rien : aucun bisou sur la joue ni baiser. On est dans le “culcul la praline” le plus pur.
Il n’y a quasiment aucune émotion à ressentir dans Azure Spring. C’est très plat, et beaucoup de situations n’ont aucun sens. Yeri, qui interprète An Na, est à peine meilleure que dans Bitch and Rich. Le pire reste l'actrice Ko Ju-hee: j’avais envie de la jeter à la mer tellement elle est insupportable (ou alors elle joue extrêmement bien la cruche de service avec un QI de poulpe). Quant à Kang Sang-jun(Deok Hyeon), il mérite mieux que de perdre son temps dans ce genre de production. Évidemment, pour gagner du temps, l’héroïne passe de simple vendeuse dans la BD à ex-championne de natation dans le drama. Oui, parce qu’on ne va pas former une actrice à devenir haenyeo en trois semaines non plus. Notre couple est rarement sur la même longueur d’onde et, à part nager, parler pour ne rien dire et faire la cuisine, il n’y a pas grand-chose à retenir. C’est bucolique, certes, mais aussi extrêmement monotone. On sent que le récit s’adresse avant tout à un public adolescent, notamment à travers des dialogues souvent insipides et des situations très convenues. Alors que l’œuvre originale parlait avant tout de reconstruction après un deuil (pour l’homme) et d’une perte d’identité (pour la femme), ici tout paraît niais, voire mièvre. Restent les superbes paysages marins et les décors naturels filmés par drone ou sous l’eau. Par moments, on a presque l’impression de regarder un docu-fiction.
La réalisation reste soignée dans l’ensemble, et le cadre est somptueux, il faut le reconnaître. Les prises de vue, même lorsqu’ils cuisinent, sont de qualité. Mais le cruel manque d’un scénario solide et le jeu parfois limité des comédiens rendent l’ensemble rapidement soporifique. Au fond, j’ai presque envie de dire que le véritable personnage principal d’Azure Spring, c’est la mer elle-même, tant elle vole littéralement la vedette au duo principal. L’esthétisme fait partie des rares éléments qui me poussent à mettre la moyenne, avec aussi cette petite musique récurrente et apaisante, semblable au reflux de l’écume. La romance est traitée de manière très distante : des regards, quelques sourires, des effleurements de peau… mais cela ne va jamais plus loin. J’avais presque envie de dire à Deok Hyeon : “Eh gros, ça fait trois ans que tu n’as pas vu une femme potable de ton âge, il y en a une devant toi qui visiblement ne demande pas qu’à faire la cuisine, alors tu attends quoi ? ”Eh bien non, monsieur préfère aller pêcher des coquillages. C’est à ce moment-là que je me suis souvenu du public cible… et que je n’étais pas sur LNTS (voir le drama). Alors je ne veux pas être trop méchant, disons que cette histoire reste gentille, mais souvent soporifique. Le seul personnage véritablement intéressant demeure Deok Hyeon, car sous ses faux airs d’homme bourru et désabusé, il traîne une profonde mélancolie ainsi qu’une douleur psychologique dont il semble incapable de guérir seul.
Car soyons lucides un instant, s'il n'y avait pas eu la révélation toute à la fin sur le passé du héros, il n'y aurait plus quasiment plus rien à sauver d'intéressant. C'est très beau, mais c'est surtout superficiel. Le personnage d'An Na est très mal écrit, et il est sans intérêt ou presque. Or, dans ce genre d'histoire, il faut être deux pour que l'empreinte prenne. Alors comme j'avais commencé par citer Baudelaire en malmenant le titre de sa poésie, nous finirons donc avec lui. S'il écrivait que "la mer est ton miroir", celui d'Azure Spring ne renvoie malheureusement le reflet d'une occasion manquée. Ce drama a confondu contemplation et monotonie, troquant la profondeur psychologique du webtoon contre une amourette adolescente sur fond de jolis plans. Oui la photographie était belle, et après? Une œuvre idéale pour les voyageurs et les ados en quete d'un premier amour fantasmé ou pas...Et qui aiment la bouffe. Je mets une très bonne note parce que j'aime la mer.
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