La comparaison avec Engrenages s'impose naturellement pour toute série policière française diffusée sur Canal, mais on se situe ici davantage dans la série B télévisuelle que dans les productions magistrales dont la chaîne est capable. On pense également à l'univers d'Olivier Marchal, dont l'empreinte marque la fiction policière française depuis MR73 et Braquo : flics brisés sous leur humanité, carburant à l'alcool, liés intimement avec le milieu et violant les règles de base de la police. On en retrouve trace, comme un hommage, dans le personnage du chef de groupe sur le départ, pris par des liens indéfectibles avec une famille mafieuse..
Mais la série s'en distancie avec une certaine intelligence, en confrontant ce "flic à l'ancienne" aux accointances troubles, à une équipe plus intègre et moins aguerrie. Elle évite ainsi le double écueil du héros en uniforme irréprochable comme de l'anti-héros usé à la vie brisée. Les scènes d'action, documentées par un ancien des forces spéciales, sonnent juste. La solidarité au combat — celle d'une équipe pas si soudée au quotidien — donne une dimension vivante et réaliste à l'engagement.
Les critiques sur la diction sont fondées : entre argot de la rue, prise de son perfectible et articulation insuffisante, les sous-titres ne seraient pas superflus. C'est l'un des points faibles, auxquels s'ajoutent une image terne, une réalisation modeste et des dialogues parfois convenus.
On reste sur sa faim si on attendait un point de vue documentaire, du type "Enquête d'action", mais bon ce n'est pas le but du format... La série s'appelle BRI, elle en porte le nom, sans vraiment en exploiter la singularité. Les spécificités de cette unité — interventions sur prises d'otages, coordination avec le RAID et les négociateurs, chaîne de commandement, rapport à la violence létale assumée — restent en grande partie hors champ. Comme l'aspect procédure et justice, quasi absent, alors qu'Engrenages avait su en faire un ressort dramatique à part entière, révélant notre système pénal de l'intérieur avec une rare acuité.
Une série à découvrir donc si l'on n'a pas encore vu Engrenages, The Shield ou Chicago PD — qui lui sont chacun supérieurs à leur manière. Un divertissement honnête, qui ne démérite pas, mais qui passe à côté de ce qu'il aurait pu être.