Bad Sisters
7.4
Bad Sisters

Série Apple TV (2022)

Voir la série

Saison 1 :

Le pervers narcissique, qui devrait plutôt être qualifié de narcissique pervers puisqu’il existe heureusement des narcissiques qui ne sont pas pervers, est un formidable « méchant » pour construire des scénarios de thrillers efficaces et surtout émotionnellement impliquants. L’un des derniers à marquer les esprits était Adrian (Oliver Jackson-Cohen) dans l’excellent – et sous-estimé – The Invisible Man de Leigh Whannell, mais on peut parier que John-Paul – surnommé The Prick, c’est-à-dire « la bite » (traduit de manière lénifiante par « le gland » dans les sous-titres de Bad Sisters) figurera longtemps au palmarès des personnages de fiction que l’on hait avec le plus de délectation. Au point que l’on prend totalement parti pour les sœurs Garvey, qui ont projeté de l’assassiner, tant il rend la vie de chacune d’elle impossible, et le tout en manifestant une extraordinaire jouissance de faire le Mal : ce qui, évidemment, garantit un fonctionnement optimal d’une mini-série à laquelle on adhère de plus en plus, au fur et à mesure d’épisodes qui font implacablement monter la tension autour de la question, puisque Bad Sisters débute alors que John-Paul est bel et bien décédé : « laquelle des sœurs Garvey a-t-elle réussi à la tuer ? ». Et, question subsidiaire non négligeable : « les sœurs se feront elles prendre ? ».

Inspirée d’une série belge datant de 2012, que nous n’avons pas encore vue, Clan, Bad Sisters raconte donc en parallèle – avec une astuce visuelle maligne permettant de se repérer entre les deux flux temporels – pourquoi et comment les sœurs s’engagent dans le projet de tuer leur abominable beau-frère, et pourquoi et comment, après coup, leur complot, et leur crime, menacent d’être dévoilés par l’enquête menées par deux frères assureurs, essayant de prouver que la mort de John-Paul n’était pas accidentelle, afin de ne pas payer son assurance-vie à la veuve. Nous ne l’avons pas dit, mais Bad Sisters est une série en partie irlandaise, tournée à Sandycove, un quartier de Dublin, ce qui nous offre des paysages splendides mais aussi inhabituels, donc frais, mais nous réjouit aussi avec un humour local corrosif.

Si l’interprétation de Claes Bang, qui incarne John-Paul, est, on l’a dit, la principale attraction de Bad Sisters, il serait injuste de ne pas parler du quatuor infernal de nos sympathiques aspirantes-criminelles, en soulignant en particulier les performances de Eve Hewson, certes moins surnaturelle que dans Mon Amie Adèle, mais très juste dans le rôle d’une jeune femme qui a du mal à trouver une quelconque stabilité, et de Sharon Horgan, formidablement convaincante en Eva, la meneuse du « clan », un rôle ingrat qu’elle a assumé à la mort des parents, alors qu’elle cache un douloureux secret. L’abattage de Brian Gleeson, parfait en Thomas, un macho pas très fin, mais déchiré entre sa rage de sauver son entreprise à tout prix, et son amour pour sa femme enceinte, est un autre bonus, une jolie cerise sur un gâteau décidément délicieux.

Il est possible d’identifier çà et là quelques failles dans la construction logique, ou quelques flottements dans la psychologie des protagonistes. On peut aussi regretter un traitement peu approfondi de personnages secondaires pourtant très réussis : Gabriel, le collègue français sexy d’Eva, Roger, le voisin du couple JP-Grace et Theresa, la femme enceinte de Thomas sont trois personnages qu’on aimerait voir beaucoup plus, et non pas trop vite abandonnés quand ils ne servent pas le récit principal. Mais ce sont là de toutes petites scories d’une série parfaitement réjouissante, oscillant en permanence entre trois pôles : le drame (les souffrances réelles infligées par John-Paul), la comédie (la conspiration des sœurs et leurs conséquences burlesques) et le thriller (le piège de l’enquête qui se referme peu à peu sur les coupables…). En y ajoutant une description pittoresque de la vie sur la côte irlandaise, comme ces impressionnantes baignades dans une mer glaciale. Brrrrrrr…

[Critique écrite en 2022]

https://www.benzinemag.net/2022/10/24/apple-tv-bad-sisters-lhomme-quon-adore-hair/

Saison 2 :

On avait adoré Bad Sisters quand on l’avait découverte il y a deix ans : cette adaptation irlandaise d’une série flamande, Clan, s’était avérée un mélange bien équilibré entre thriller tendu, drame familial et comédie farfelue, et était centrée sur un personnage de mari « toxique » extrêmement impressionnant. Avec une conclusion réussie, Bad Sisters n’avait nul besoin d’une autre saison, tant on avait le sentiment d’une « jolie » histoire, pas loin d’être « parfaite ».

On aborde donc cette deuxième saison de Bad Sisters; dont on n’avait ni besoin ni envie, avec circonspection… Ce qui explique peut-être qu’on ait d’abord du mal à « rentrer dedans », à adhérer à la suite des « aventures » des sœurs Garvey. Les scénaristes introduisent de nouveaux personnages, vis à vis desquels notre « cœur balance », tant l’empreinte laissée dans notre mémoire par « feu » John Paul Williams est forte : on ne voit guère comment un autre personnage pourrait « le remplacer » ! On aime bien la « grenouille de bénitier », insupportable, interprétée par l’excellente Fiona Shaw (vue récemment dans la dernière saison de True Detective, même si on se souvient sans doute mieux d’elle pour son rôle dans la saga Harry Potter), et on parie sur elle pour être la « grande méchante » de la saison. Et puis il y a l’extrêmement irritante détective Una Houlihan, dont on ne comprend pas bien la fonction dans la série : insupportable dans l’histoire, elle l’est tout autant comme actrice, ce qui n’est certainement pas une bonne chose.

Mais si cette seconde saison démarre plutôt mal, un coup de théâtre vient rapidement changer la donne, et relancer l’intérêt… Et ce d’autant que la dernière partie nous réserve d’autres surprises, jusqu’à un final réjouissant, même si certains facteurs de cette conclusion sont largement improbables ! (Il est un peu facile de jouer sur un basculement radical du comportement de personnages jusque là perçus comme des menaces et qui d’un coup, deviennent des alliés des sœurs Garvey…).

Les actrices principales, en particulier Sharon Horgan (Eva) – par ailleurs co-showrunnner de la série -, et Eve Hewson (Becka), continuent à nous charmer, et contribuent à maintenir un juste équilibre entre la pure comédie – aux teintes plutôt noires – et l’exploration de thèmes sérieux, en particulier dans la société irlandaise, comme la négligence, voire le mépris avec lequel les femmes sont traitées, mais aussi l’influence réactionnaire d’un catholicisme toujours bien présent.

Le plus gros problème de cette seconde saison est que son scénario se disperse beaucoup trop, que certaines pistes narratives sont ouvertes pour être ensuite négligées ou abandonnées, et que la multiplicité des intrigues ne favorise pas la tension… Et puis, soyons honnêtes, John Paul nous manque !

Sans lui, Bad Sisters est devenue une série beaucoup plus « ordinaire ». Divertissante, éclairante aussi, si l’on veut réfléchir aux personnes « toxiques » qui nous entourent dans la « vraie vie »… Mais « ordinaire »…

[Critique écrite en 2025]

https://www.benzinemag.net/2025/01/07/apple-tv-bad-sisters-saison-2-encore-de-la-toxicite/

Eric-Jubilado
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleures séries de 2022

Créée

le 3 janv. 2026

Modifiée

le 3 janv. 2026

Critique lue 51 fois

Eric-Jubilado

Écrit par

Critique lue 51 fois

D'autres avis sur Bad Sisters

Bad Sisters

Bad Sisters

6

Warner56

81 critiques

Caricatural

Malgré une belle idée de scénario, des acteurs convaincants ainsi qu'une réalisation esthétique et rythmée, cette série pêche carrément par ses personnages caricaturaux et des choix parfois...

le 4 mai 2023

Bad Sisters

Bad Sisters

8

YellowPills

12 critiques

Dans mon monde la saison 2 n’existe pas

Un mot pour cette série : Irlandaise. On y sent la mer les mouettes les belles rues de Dublin le sarcasme et l’humour noir des irlandais et leurs caractères engagés. J’ai beaucoup aimé et comme tout...

le 14 avr. 2026

Bad Sisters

Bad Sisters

9

laurentguiheux

15 critiques

Critique de Bad Sisters par laurentguiheux

Même si les sœurs ne sont franchement pas douées pour se séparer du gland, la Série se laisse regarder avec quelques longueurs mais beaucoup d'humour british. Bande son très pointue.

le 22 juil. 2023

Du même critique

Je veux juste en finir

Je veux juste en finir

9

Eric-Jubilado

6873 critiques

Scènes de la Vie Familiale

Cette chronique est basée sur ma propre interprétation du film de Charlie Kaufman, il est recommandé de ne pas la lire avant d'avoir vu le film, pour laisser à votre imagination et votre logique la...

le 15 sept. 2020

Les Misérables

Les Misérables

7

Eric-Jubilado

6873 critiques

Lâcheté et mensonges

Ce commentaire n'a pas pour ambition de juger des qualités cinématographiques du film de Ladj Ly, qui sont loin d'être négligeables : même si l'on peut tiquer devant un certain goût pour le...

le 29 nov. 2019

1917

1917

5

Eric-Jubilado

6873 critiques

Le travelling de Kapo (slight return), et autres considérations...

Il y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui...

le 15 janv. 2020