Après avoir posé ses enjeux lors d'une mini-série en 2 épisodes Battlestar Galactica développe son épopée spatiale au fil de quatre saisons, enrichissant encore plus les thèmes qu’elle avait amorcés. On pourrait résumer l'enjeu de la série en deux grandes directions. D'une part la survie immédiate de l’humanité, dans une fuite en avant vers une Terre promise, chassée par les Cylons à travers l’espace. De l'autre part on a une civilisation de moins de 48 000 personnes qui tente de se préserver voire de se reconstruire, avec sa politique, ses combats intestinaux, ses enjeux sociétaux.
Ce qui est vraiment captivant c'est le nombre impressionnant de thématiques que la série va explorer. Battlestar Galactica est donc une œuvre de SF très riche, elle va se poser de vraies questions politiques, sociales, individuelles, morales mais également des comportements de groupe...
L’écriture n’est pas manichéenne et au fil des saisons chacun verra ses principes moraux et sa position dans le groupe éprouvés. L’inconvénient de cette multiplicité c’est qu’elle engendre un traitement parfois artificiel. Un thème abordé ne revient que rarement ; par exemple la série va parler du déterminisme social ou du droit à l’avortement sur un épisode, mais cette question semble pourtant disparaitre par la suite. C’est également le même problème avec certaines des solutions trouvées, comme le test sanguin, qui semble tout à coup oublié et font patiner l'intrigue principale.
La réalisation se révèle toujours excellente, avec une narration fluide et dynamique. Le travail sur les décors tous les objets qui composent l'univers les ambiances lumineuses sont toujours aussi formidables. Les scénaristes ont également créé un univers vaste avec un belle attention portée aux détails du quotidien, ce qui donne véritablement corps et crédibilité à l’ensemble (on pense à l’ensemble des ouvrages imprimés à coins carrés, certes peu pragmatiques mais emblématique). En revanche, la photographie surexposée et le recours quasi-permanent à la caméra à l’épaule malmène la rétine et enlève de la force à de nombreuses scènes psychologiques. Les effets spéciaux ne sont pas incroyables, mais la série a l’intelligence de ne pas en faire des caisses donc ça passe plutôt bien.
Malgré sa richesse, la série comporte également quelques incohérences, que je perçois comme des indulgences envers certains protagonistes mais qui peuvent finir par agacer. Les thèmes religieux y sont omniprésents, parfois de manière bien trop appuyée. Prophétie, quêtes et références messianiques guident bien trop les personnages à mon goût. Le personnage de Kara en est la pénible incarnation, la série préférant conclure assez mollement une saison entière de suspicion entre science et mysticisme à son égard.
Le final est également bien trop conquête de l’Ouest / rêve américain pour moi avec ce nouveau départ où tout le monde se sépare à l’encontre de toute logique. Et puis, c’est vraiment cruel d’envoyer des gens en Australie sans technologie, médecine, armes ou moyens de communication.
Au-delà de l’intrigue principale, c’est davantage l’univers que la série déploie qui nous captivent, avec ses ramifications et certains de ses personnages profondément attachants.