Six épisodes, un monstre et aucun cap

Below avait pourtant fait le plus difficile : donner envie. Une communauté côtière isolée, une menace sous l’eau, un casting réunissant notamment Josh Hartnett, Mackenzie Davis et Charlie Heaton, et six épisodes d’environ quarante minutes. Sur le papier, le format idéal pour une histoire de monstre tendue, efficace et débarrassée du gras habituel. Quatre heures plus tard, on se demande surtout comment une série aussi courte a réussi à prendre autant de détours.


Le départ fonctionne plutôt bien. Le cadre de Terre-Neuve se prête à l’inquiétude, la créature entretient la curiosité et les premiers épisodes installent suffisamment de choses pour qu’on ait envie de poursuivre. Le casting constitue un autre motif de confiance. Il y a de la présence, des acteurs qu’on apprécie et la promesse d’un peu d’épaisseur humaine derrière les tentacules. Pendant un moment, on croit donc tenir un divertissement plaisant. C’est précisément ce qui rend la suite aussi frustrante.


Les trois premiers épisodes se tiennent plus ou moins. Les trois derniers donnent l’impression que plusieurs séries ont tenté de prendre le contrôle du bateau en même temps. L’horreur maritime bifurque vers le drame écologique, la charge anticapitaliste prend de l’ampleur, les conflits humains réclament leur place et la créature change progressivement de fonction dans le récit. À ce stade, parler de grand écart serait sous-estimer les capacités articulaires du scénario.


L’horreur peut évidemment parler d’écologie, d’exploitation et de rapports de pouvoir. Ce serait même assez naturel dans une histoire de pêcheurs confrontés à ce qui remonte des profondeurs. Mais encore faut-il que ces dimensions se nourrissent au lieu de se marcher dessus. Ici, le message finit par réorienter l’histoire avec une brutalité qui donne l’impression d’avoir changé de programme sans toucher à la télécommande. On était venu s’inquiéter de ce qui nageait sous les bateaux ; on se retrouve à attendre que la série décide ce qu’elle veut nous raconter.


Cette dispersion s’aggrave avec les sous-intrigues et les personnages secondaires. Certains pourraient disparaître sans que le récit perde grand-chose, sinon quelques minutes dont il aurait justement bien besoin ailleurs. La série ouvre des pistes, distribue du temps de présence, installe des petits conflits, puis paraît découvrir qu’il va falloir conclure. Même avec six épisodes, elle trouve le moyen de faire du remplissage. Voilà au moins un domaine dans lequel le format court n’a pas limité ses ambitions.


Les acteurs font ce qu’ils peuvent au milieu de tout cela. Le joli casting reste un atout, mais surtout un atout gaspillé : on apprécie de retrouver ces visages davantage qu’on ne s’attache à ce qu’on leur donne à jouer. Une distribution solide peut apporter de la crédibilité à une situation invraisemblable. Elle peut difficilement décider, à la place des scénaristes, pourquoi un personnage existe ou dans quelle direction son histoire doit avancer.


À mesure que Below approche de son dénouement, les incohérences et les questions laissées en suspens deviennent également plus gênantes. Le mystère peut très bien survivre à une explication partielle. Mais il faut conserver assez de logique pour que les révélations éclairent ce qui précède. Ici, on a trop souvent le sentiment que les comportements et les règles s’adaptent à la prochaine scène. Le récit nous demande de suivre, puis de ne pas trop regarder derrière nous.


Attention : la suite évoque la conclusion.


Le dernier épisode vient solder tout ce petit monde avec une précipitation assez remarquable. Après avoir trouvé du temps pour des détours dispensables, la série n’en a soudain plus beaucoup pour ses résolutions. Elle range les conflits, distribue les réconciliations et nous installe un happy end si appuyé qu’on attend presque la photo de groupe. L’inquiétude des débuts paraît bien loin. Tout ce qui aurait pu laisser une trace un peu trouble est soigneusement emballé pour que personne ne reparte contrarié.


Enfin, presque. Car il reste la dernière scène, cette petite ouverture obligée qui vient suggérer que tout n’est peut-être pas terminé. Le vieux réflexe de la série B horrifique qui referme sa boîte avant de faire dépasser un tentacule du couvercle. Cela pourrait être amusant si l’histoire venait de nous satisfaire. Après un final expédié, cela ressemble surtout à une façon de réserver une table pour la suite avant d’avoir débarrassé le premier service.


Below finit ainsi par réunir ce qui m’agace dans la plupart des produits Netflix récents : une proposition attirante, de bons acteurs, une idée qui donne confiance, puis un potentiel dilué dans une écriture qui veut tout faire sans vraiment choisir. Le souvenir des premiers épisodes et le casting lui valent encore 4/10. Mais le format promettait de l’efficacité, et l’histoire avait largement de quoi tenir cette promesse.


Le monstre avait des tentacules. Le scénario, lui, avait surtout les bras trop chargés.

Ezeckyels
4
Écrit par

Créée

il y a 3 jours

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Below

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Below

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