Larry Hall. Un nom difficile à oublier après les six épisodes de Black Bird.
Un type qu'on ne voudrait surtout pas croiser sur la route, mais dont on attend pourtant chaque apparition avec une certaine impatience. C'est tout le paradoxe de cette mini-série, et surtout la grande réussite de Paul Walter Hauser, absolument exceptionnel dans ce rôle de tueur en série. Malaisant, perturbant, je me suis surpris à observer ses moindres faits et gestes, à guetter ses mimiques, ses mouvements d'yeux, ses sourires, ses airs absents, jusqu'à cette voix étrange, presque enfantine, qui sera même moquée à un moment par le personnage de Sepideh Moafi, agent du FBI retorse et déterminée. Tout chez lui sonne faux dans le sens où on ne sait jamais à quelle réaction s'attendre. Il porte quelque chose de profondément dérangeant dans sa manière de passer d'un sourire presque candide à une inquiétante étrangeté. Et c'est précisément ce qui rend le jeu de l'acteur aussi fascinant.
En face, Taron Egerton n'est pas en reste dans le rôle de James « Jimmy » Keene. Au départ, on découvre un type magnétique, sûr de lui, un golden boy du trafic de drogue qui semble avoir toujours un coup d'avance, le genre de personne qu'on imagine difficilement déstabilisé. Mais sa mission finira par l'ébranler.
Incarcéré, Hall risque d'être libéré à la faveur d'un vice de procédure. Jimmy doit donc réussir à lui soutirer des aveux avant qu'il ne soit trop tard. Et si l'idée paraît assez simple, elle va surtout le confronter à un homme dont il ne parvient jamais vraiment à saisir les intentions. Et c'est dans leurs face-à-face que j'ai pris le plus de plaisir. Il y a une tension presque permanente où le moindre faux pas, la moindre parole mal choisie pourrait venir tout anéantir.
Autour d'eux, tout devient finalement plus convenu. Le milieu carcéral et ses dangers, du maton qui abuse de son pouvoir au caïd qui fait régner sa loi derrière les barreaux, empruntent à des figures que l'on connaît déjà. Mais étrangement, cela ne m'a véritablement gêné qu'à postériori tellement je suis resté happé par l'enjeu et le jeu de ces deux acteurs qui font tout l'intérêt du show et parviennent à le porter jusqu'à son terme sans avoir besoin d'en rajouter.
Avec Black Bird, c'est donc une autre très bonne série qui est arrivée sur Apple TV, de celles qui vous donnent envie de lancer l'épisode suivant sans trop vous poser de questions. On veut connaître le dénouement de cette triste histoire inspirée de faits réels, mais on reste surtout accroché à ce duo, à cette confrontation dont on ne sait jamais vraiment comment elle va tourner. Et je dois bien avouer que j'ai éprouvé un plaisir assez coupable à retrouver Paul Walter Hauser sous les traits de ce monstre. Une fascination qui dit beaucoup de la réussite de son interprétation. Il crée Larry Hall pour ne faire qu'un avec lui et ça, c'est vraiment perturbant.