Ce qui m’a attirée dans cette série, au-delà de son casting, c’est son sujet.
Celui des relations fabriquées par l’IA, de ces amants virtuels censés combler un vide qui lui est bien réel.
J’avais en tête ce documentaire sur une femme qui vivait presque exclusivement à travers cet “homme” artificiel, jusqu’à ne plus chercher à rencontrer qui que ce soit dans la réalité. Une dérive troublante, mais profondément humaine.
Et c’est probablement là que la série manque son rendez-vous.
Car cette solitude mal vécue, pourtant au cœur du sujet, n’est jamais abordée. Le confort de se réfugier dans un fantasme fabriqué par un algorithme finit par remplacer la rencontre, avec ce qu’elle implique de déception possible, de confrontation au réel, et cette crainte de l’erreur de casting affectif. Tout ce qui pourrait expliquer ce repli vers le virtuel reste à distance, comme si la série refusait d’en explorer les conséquences.
Beaucoup d’idées sont là, mais elles restent plaquées, sans véritable construction. Cette plateforme virtuelle devient alors un simple prétexte. Seo Mi-rae s’y plonge avec délices et moi aussi. Au début. Les premiers épisodes enchaînent les “petits amis” comme une galerie de visages agréables mais vite interchangeables. Il faut attendre le milieu de la série pour qu’un semblant d’intrigue apparaisse, sans grande conviction, avec parfois l’impression d’un simple copié-collé d’autres séries, avant que les derniers épisodes n’en relèvent légèrement l’intérêt et laissent une impression plus nuancée.
Seo Mi-rae (Jisoo) est au centre de la série. A la manière de Martine à la fête foraine ou Martine à la plage… J’ai trouvé Jisoo plutôt juste, simple et attachante dans son interprétation.
Bref, Seo Mi-rae évite.
Et la série finit par faire exactement la même chose. Elle contourne ce qui dérange, atténue ce qui pourrait faire mal, et reste à la surface de son sujet. Les motivations, les enjeux, les conséquences : rien n’est véritablement construit ni développé dans le temps. La série avance ainsi, de manière assez pêle-mêle, sans jamais prendre le temps de donner du relief à ce qu’elle met en place.
Les relations elles-mêmes semblent apparaître sans préparation. L’intérêt de Hwany pour une des personnages secondaires, dont le rôle reste d’ailleurs flou, surgit comme un ajout de dernière minute.
Quant à la relation entre Seo Mi-rae et Park Kyeong-nam, elle s’impose elle aussi assez soudainement. Le principe du personnage qui cache son jeu n’est pas en soi problématique, d’autres séries l’ont déjà fait avec justesse, mais ici, tout arrive sans véritable construction, comme si les éléments du récit étaient simplement posés les uns à côté des autres. Les deux derniers épisodes relèvent néanmoins un peu le niveau en accentuant la dimension romantique avec une sensualité plus assumée que les codes habituels du genre, comme si la série cherchait, tardivement, à répondre aux attentes du public.
En conclusion, la série nous rappelle qu’il faut risquer la rencontre pour espérer une histoire. Une évidence. Mais faute d’avoir exploré ce qui pousse à l’éviter, cette conclusion ressemble moins à une révélation qu’à une injonction.
Avec un tel sujet, des moyens évidents, un casting conséquent et la présence de Seo In-guk, la série finit pourtant par céder à une facilité assez déconcertante. Et du reste, même lui semble parfois en retrait, comme si le rôle ne lui offrait pas vraiment de prise.
Au final, Boyfriend on Demand ressemble à une purée d’hôpital servie dans une belle assiette en porcelaine : tout est soigné, agréable à l’œil… mais au moment de goûter, il ne reste rien. Pas de relief, pas de saveur, pas de véritable émotion. Et pour ma part, un ennui profond.