Breaking Bad est pour moi une série géniale, portée par un scénario d’une précision remarquable, une inventivité constante et surtout un travail d’orfèvre dans la construction des personnages. Walter, Jesse et Hank forment un trio d’une richesse rare, chacun évoluant avec une profondeur, une cohérence et une intensité qui donnent à la série une vraie densité dramatique.
Le meilleur personnage est Jesse Pickman qui touche en plein cœur.
Ce que je retiens peut-être encore davantage, c’est l’art incroyable avec lequel la série dissémine partout de petits indices, de minuscules détails, des objets, des signes ou des situations qui paraissent anodins avant de prendre plus tard un sens immense : le crash, le muguet, la ricine, et tant d’autres éléments qui donnent au récit une poésie discrète et une impression de maîtrise presque totale.
On sent derrière chaque épisode une intelligence d’écriture exceptionnelle, capable de préparer très tôt des effets narratifs ou émotionnels qui ne produiront leur pleine force que bien plus tard.
Tout n’est pourtant pas irréprochable. L’univers de la série est parfois très uniforme, presque étouffant à force de sécheresse visuelle et morale, et le rythme n’est pas toujours aussi haletant qu’on pourrait l’espérer au regard de sa réputation. Certaines décisions des personnages peuvent aussi frustrer, soit parce qu’elles paraissent discutables, soit parce qu’elles rendent parfois Walter White difficile à suivre ou même à comprendre humainement.
Mais malgré ces réserves, il reste une œuvre majeure, une série qui se dévore d’un trait tant elle fascine par ses personnages, ses histoires, son sens du déterminisme et la force de volonté presque tragique de ceux qui l’habitent. Une grande série, brillante, noire, minutieuse, et profondément marquante.