Il existe des séries remarquablement écrites, et puis il y a Breaking Bad. En cinq saisons, Vince Gilligan construit une tragédie moderne d’une cohérence exceptionnelle, portée par une mise en scène inventive, une photographie magnifique et une galerie de personnages parmi les plus mémorables de l’histoire de la télévision. Bryan Cranston livre une performance monumentale, parfaitement épaulé par Aaron Paul, tandis que chaque personnage secondaire trouve naturellement sa place dans un récit d’une précision remarquable. Mais la plus grande force de la série est ailleurs : elle ne raconte pas la fabrication d’un baron de la drogue, elle dissèque la lente destruction d’un homme dont l’intelligence finit par être dévorée par son orgueil. À ce titre, Skyler White est sans doute l’un des personnages les plus injustement jugés. Longtemps perçue comme un obstacle, elle apparaît au fil des épisodes comme une femme qui tente, avec un courage remarquable, de préserver sa famille face à un mari qui ne cherche plus à la protéger, mais à satisfaire son propre ego. Rarement une œuvre aura montré avec autant de justesse comment le pouvoir peut corrompre un homme de l’intérieur. Plus qu’une immense série, Breaking Bad est une véritable tragédie contemporaine.