Dans un monde où on nous sert du réchauffé 10 ans après, Bref revient, et nous sort un nouveau plat, basé sur l'ancien, mais revisité, et avec entrées, boisson et dessert. Miam.
Cette fois-ci, pas d'épisodes listes, pas de trucs rapides de deux minutes, mais le même contexte de narration qui introduit une mise en scène en réalisme magique pleine de métaphores et de symbolismes. Ce qui est beau, c'est que tout élément posé dans la série est réutilisé. Monsieur Foie foie ? Vous le reverrez des tas de fois ! Le voisin ? Il reviendra. Le film de Sarah ? Utile mes amis. La voiture qui symbolise la relation au tout début de l'épisode 1 ? Vous n'avez pas idée... La série a peu de gras. Je pense à deux choses :
- La femme de Baptiste. On a toute l'intro de sa relation, mais elle n'a aucune importance dans le récit. Bon, disons qu'elle enrichit le personnage de Baptiste.
- L'académie des beaufs du tonton. Tonton qui a le droit à toutes ces minutes juste pour montrer qu'il n'assume pas de pleurer en public... tandis que la mère... et bien la mère on s'en fout. Presque à croire qu'elle n'a servi à rien dans l'éducation de ses fils. Dommage, vu à quel point on parle des conséquences de l'éducation des parents.
Les personnages principaux sont bien campés, avec des dialogues qui sonnent juste et des situations dans lesquelles il est facile de s'identifier... le héros, bien sûr et ses relations surtout : Billie, Sarah, et Anna (je crois).
A côté, certains potes sont oubliables : Marla, celui à condition général. On a aussi des caméos peut-être superflus. Le frère est peut-être un peu trop l'homme idéal. Ben enfin, fonctionne bien dans son rôle.
Mais qu'importe. Chaque épisode est une petite pépite de créativité, grâce à une mise en scène en réalisme magique qui s'insinue partout. Parfois peut-être trop. Des dialogues courts et brefs deviennent parfois le centre d'un réseau de métaphores et de flashbacks.
Heureusement, la série enchaine des thématiques justes, en vrac :
- L'importance de faire des choix pour rester maitre de sa vie. Monsieur foie foie, "Il voulait s'assoir 20 minutes, il est resté assis 20 ans" ou quelque chose comme ça.
- L'importance de la sincérité dans ses relations.
- L'importance de s'exprimer, de ne pas tout garder pour soi, de sortir de sa tête quand on a tendance à s'y enfermer.
- L'importance de comprendre comment on a été éduqué, pour s'émanciper de ce qui ne nous va pas/plus.
La justesse de la série est parfois entachée par un humour assez méta dont je ne suis pas fan, et un fan-service à base d'acteurs-copains-connus. Je trouve ça contreproductif dans une série dont la force est à quel point on s'identifie aux personnages, et au héros en particulier.
Avec son héros, et le frère dans une moindre mesure, la série esquisse finalement un modèle de masculinité fondé sur la sincérité... Si on y regarde pas de trop près. Comme avec Serge le mytho et Bloqués, les scénaristes de Bref ont la fâcheuse tendance de tout faire pour nous faire aimer des menteurs toxiques. Ils sont menteurs et touchants mais ils s'améliorent... Le héros ne protège Billie qu'une fois qu'il couche avec elle... bon...
Le héros ne fait jamais aucun effort physique mais enchaine les dates pour autant. J'ai l'impression qu'on a là-dedans une grosse volonté de faire passer le héros pour quelqu'un de vraiment très normal. J'ai un peu de mal à y croire. Le héros semble tout le temps se laisser aller et ce n'est apparemment jamais un problème. Seul son insincérité l'est. Dans tous les cas, il attire les femmes, comme si leurs goûts ne comptaient pas.
On termine sur une... fin. Les enjeux finaux sont convenus. Après 20 ans de galère, notre héros trouve un job en trois recherches France Travail. Et c'est tout de suite parfait. Sur ses relations, le héros a du changer, réfléchir, vivre des épreuves. Mais sur le travail, il n'avait juste pas mis les bons mots dans la barre de recherche ! C'est con ! Puis, autant le départ de la gérante du magasin que l'histoire du chien sont téléphonés et sont posés sur la table brusquement pour ajouter de l'enjeu au dernier moment.
Mais devant Bref 2 on rit, on pleure, on réfléchit. De nombreuses scènes sont criantes de justesses, et j'ai rarement vu une série où il était aussi... dur de ne pas faire des parallèles avec sa propre vie. Mais sur certains aspects, il vaut mieux ne pas y regarder de trop près. J'aurais aimé une fin plus juste, ouverte par rapport au travail du héros... et quitte à beaucoup changer, j'aurais préféré qu'il finisse célibataire.