A l'heure d'une vague nostalgique (mais a-t-elle jamais cessé de rouler ?) déferlant sur la fiction, le retour de Bref plus de dix ans plus tard est une évidence, presque une étape incontournable de l'époque (en créant paradoxalement la surprise).
Car bref a su s'inspirer de son temps, inventer un ton, parler à différents publics, devenir marqueur culturel et jalon pop-culture à part entière, et s'arrêter en plein essor évitant ainsi la lassitude, les retours cyniques d'un public trop familier et le ternissement de son image de marque.
Oui, une évidence et paradoxalement une surprise car elle fait le chemin inverse des contenus populaires : elle a anticipé à sa naissance les récits courts, saccadés et musicaux qui deviendraient la mode et revient quand ils sont légion, mais cette fois-ci sous la forme d'épisodes plus longs, épousant moins l'ancienne forme du clip et développant personnages et intrigues dans la longueur et les silences. Sans perdre son rythme effréné, et ce par le biais d'inventions visuelles et oniriques qui viennent pimenter le récit et l'enrichir de métaphores en tout genre (sci-fi, pubs, visites de souvenirs, routes....).
Mais le dynamisme évident de cette renaissance est bien le temps qui a passé entre sa première version et celle-ci. C'est ce temps qui a changé le protagoniste, qui lui donne cette nouvelle vision des choses, qui lui a infligé nouvelles mésaventures et nouveaux espoirs déçus, ce temps qui a chargé son entourage de grandes et petites nouvelles qu'il faut souvent rappeler pour raccrocher les wagons. Faire la jonction entre les deux, ou bien narrer les dernières nouvelles, voilà qui donne le sel de bref.2 . Le temps et les autres.
Si les expérimentations et petits délires graphiques peuvent être tour à tour savoureux ou discutables, parfois trop gros et parfois incroyablement bien vus (et parfois poétiques, comme un enfant et son père croisant dans un escalier leurs versions plus âgées, ou la déprime qui agrandit les meubles), cette générosité inspirante fait plaisir à voir. Car elle n'embarque pas uniquement le personnage principal dans son propre monde imaginaire, mais invite bien tous les autres dans ces parenthèses surréelles, dévoilant le regard de ce héros qui sort de l'auto-analyse pour se pencher sur les autres, leur découvrant obstacles et entraves parfois terribles, voyant leurs défauts et leurs grandeurs.
Ainsi, se pencher sur l'image du père ne se limite pas aux reproches essentiels, mais signifie bien remonter à la source du personnage et l'appréhender dans son entièreté. Tout ce qu'on ne sait pas voir, piégé par le prisme des relations qui nous attache aux autres, nous en tant que "Je".
Il y a dans ce double mouvement, la parentalité (et plus précisément ici la paternité) et l'évasion du repli sur soi, des grands enjeux de cette saison pas comme l'autre. Par la paternité, elle décortique le poids insensé que le parent pose sur l'enfant; ou plutôt la responsabilité insensée, car elle étudie aussi par le personnage de Baptiste comme la bienveillance et l'écoute peuvent à contrario éveiller à la confiance en soi.
C'est fou comme l'enfance et ses tuteurs nous déterminent, nous donnant puissances et failles qu'il sera si difficiles de contourner.
Puis, le second tour de force de cette nouvelle mouture, c'est l'acceptation de ses défauts, la vraie remise en question. Cela devient même l'étape obligée du parcours. Le moteur du changement. Il y a les événements extérieurs, et les révolutions en soi. Il faut croire qu'il en faut son lot pour trouver matière à une suite, et qu'après tout ce temps non seulement elle ne tombe pas à plat, mais encore elle offre une nouvelle ère.