californication

Californication est une série américaine qui raconte l'histoire de Hank, écrivain en manque d'inspiration, vivant séparé de sa femme (dont il est encore amoureux) et dont il a eu une fille. Jusque-là, rien que de très banal me direz-vous, et c'est vrai, sauf que le héros est vraiment sur la mauvaise pente, qu'il fume (oui, on voit des cigarettes dans une série américaine), qu'il boit, qu'il se drogue, qu'il baise (désolé, on ne peut pas dire « faire l'amour » dans le cas présent), bref il est à la dérive et ça pulse.

Cette série possède des thématiques fortes qui rassemblent et qui sont plus ou moins communes à de nombreuses fictions : Une histoire d'amour terminée mais qui ne demande qu'à reprendre sans y parvenir, un enfant, l'amitié, Los Angeles. Mais sa véritable originalité réside dans le fait que, mis à part ces traits apparemment fondateurs de l'intrigue, cette série n'est pas comme les autres puisqu'il s'agit d'une sorte de héros trash naviguant dans une histoire qui n'a de banale que l'apparence. Le caractère et la personnalité de Hank le rendent vraiment attachant, il n'est pas lisse et forcément, on peut s'y accrocher. De plus, les amis de Hank ne sont pas en reste, et on assiste à des scènes très drôles de mise au point de plans à trois, de beuveries entre filles, de femme mariée qui, devenue lesbienne, trouve terriblement difficile et compliqué d'amener une fille à l'orgasme, je cite : « faire jouir une nana c'est comme désarmer une bombe. C'est plein de fils et de conneries là-dessous. Comment savoir lequel t'es censé croiser ou tirer ? ». Seulement, sous ce vernis trash de la défonce ordinaire, cette série pose des questions sur la vie à partir de 40 ans, interroge les meurs sans l'angoisse des interdits, comme une réflexion décomplexée de laquelle l'humour surgit lorsqu'on s'y attend le moins. Californication n'est pas une série légère, elle est au contraire lourde de sens et possède une profondeur que l'on peut voir, du moins si on en a envie. C'est ici l'une des forces des discours médiatiques bien construits : Ils permettent une lecture à plusieurs niveaux, selon ce que le téléspectateur peut en attendre.

Par ailleurs, le héros, interprété (et même habité) par David Duchovny entre dans cette catégorie assez récente des nouveaux héros imparfaits, voire malsains. Nous ne sommes pas dans l'univers des bien intentionnés Starsky et Hutch, et la croisière en a vraiment terminé de s'amuser. Les Housewives sont desperate et se font des vacheries, l'héroïne de la série Dirt, qui dirige un magazine people est un personnage très dur et parfois mauvais, et ces héros souffrent. On pense aussi bien entendu à Dexter, où là nous sommes carrément dans le cas d'un héros tueur en série (http://semiologie-television.com/?p=1031). Ainsi, ces héros trash provoquent chez le spectateur une nouvelle forme d'identification : terminés les personnages parfaits d'un Hollywood glamourisé, bienvenue au royaume de l'imperfection, qui, au-delà du registre narcissique, nous fait entrer dans une dimension plus humaine, attachante, étonnante. Ces personnages nous ressemblent dans leurs excès, ou du moins dans leur façon d'oser les réaliser. On se retrouve dans un univers fictionnel qui, se rapprochant plus de la réalité, s'en écarte tout en nous y ramenant sans cesse.
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le 6 août 2010

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