Avant le phénomène Kaamelott, CALT avait déjà imposé le format (très) court avec une série aujourd’hui un peu oubliée, Caméra Café, racontant les gloires et les déboires de la vie au bureau dans la plus grosse boîte d’un département (fictif) de la France profonde. Devant cette machine à café (qui constitue l’unique point de vue caméra de la série) se croise une ribambelle de personnages volontairement caricaturaux mais attachants : Jean-Guy, le DRH, catho réac qui se plaît à maltraiter ses subalternes entre deux homélies, Sylvain le fils à maman et souffre-douleur de tout le monde, Jeanne et Maéva, les secrétaires nunuches…
Le duo phare dans ce joyeux bordel, c’est Hervé et Jean-Claude. Le premier est un syndicaliste véreux, le cœur à gauche et la Rolex au poignet droit, tout aussi hypocrite que Jean-Guy, à draper son égoïsme pathologique de justice sociale. Lui est un beauf digne de Strip-Tease, alcoolique et queutard invétéré, mais un roublard de première catégorie. Leur point commun ? Une amitié indéfectible, un goût de la bonne chère et surtout des magouilles, les deux compères ne reculant devant aucun coup tordu dès qu’il s’agit de satisfaire leurs intérêts…
Après quelques premières saisons mollassonnes et un peu timides, la série prend son plein potentiel comique et s’oriente vers un style beaucoup plus loufoque. On est très proche de la farce, beaucoup de comique de situation, des dialogues fleuris et des gags qui s’enchaînent sans temps mort. Une atmosphère bon enfant dans laquelle se révèle
Caméra Café fait pour moi partie des séries qui se bonifient avec le temps, celles dont la richesse se dévoile avec les revisionnages. La première fois, ok c'est sympa, c'est très accessible quoi, alors forcément, on rigole un petit coup. Ensuite, on découvre sous l’humour un peu gras et l’atmosphère bon enfant un propos grinçant, servi par un humour caustique, cynique, voire assez noir, par moments. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que tout le monde en prend pour son grade. J’ai déjà parlé des personnages, c’est vraiment le sel de la série. On sent bien que le trio de créateurs a pris un plaisir jubilatoire à croquer tous les travers du monde de l’entreprise et de ceux qu’on peut y croiser : tout le spectre social des glandus du tertiaire est représenté (j’espère que vous appréciez les références à Kaamelott et non, je ne suis pas payé par Alexandre Astier !)
Alors, qu’on se comprenne bien : n’espérez pas trouver ici un brûlot anticapitaliste ou altermondialiste. On n’est évidemment pas en face d’un Ken Loach ou d’un ouvrage de Marx (ces trucs-là, ils sont chez Hervé de toutes façons), juste d’une bonne série comique, bien emmenée par de bons acteurs et une réalisation rythmée, qui parvient à avoir un fond plus fin qu’il n’y paraît sans tomber dans le militantisme bête et méchant, car Caméra Café, c’est avant tout une comédie. Une comédie un peu boudée, éclipsée par Kaamelott ; un essai à peine transformé par deux films moyens plus un reboot totalement catastrophique, mais... une comédie de bonne facture nonobstant.