Hum.... Alors, petite dernière question ! Ah, ha ! "Colombo" est une série qui a réussi l’exploit de me faire aimer un meurtrier dès les premières minutes, non pas parce que j’aurais soudainement développé des goûts douteux, mais parce qu’ici, le coupable est généralement présenté avant même que Columbo ait fini de garer sa vieille Peugeot 403 quelque part entre deux palmiers de Los Angeles.
Toujours vêtu de son éternel imperméable beige, cigare au coin des lèvres, cheveux en bataille et allure de fonctionnaire qui aurait oublié qu’il avait rendez-vous chez le coiffeur depuis 1972, le lieutenant Columbo avance avec son air de ne pas y toucher pour mieux démonter méthodiquement les certitudes du meurtrier (C'est la technique toujours utilisé par cet énergumène...). J’ai énormément d’affection pour cette série, et c’est surtout parce qu’elle fait partie de celles que j’ai le plus regardées durant mon enfance.
À l’époque, nous n’avions que trois chaînes de télévision, alors forcément, quand "Colombo" passait, je savais déjà que j’allais retrouver un vieux monsieur en imperméable qui allait poser des questions pendant environ une éternité jusqu’à ce que le criminel commence à regretter d’avoir choisi de répondre. Et le plus incroyable, c’est que je connais certains épisodes quasiment par cœur et que je peux pourtant encore les regarder aujourd’hui avec le même plaisir.
Le génie de "Colombo" repose justement sur son concept : le meurtre nous est généralement montré dès le début, le coupable est identifié et nous savons exactement comment le crime a été commis. Il n’y a donc aucun mystère à résoudre pour le spectateur concernant l’identité de l’assassin. Toute l’intelligence de la série consiste à déplacer le suspense : je ne me demande pas « qui a tué ? », mais « comment Columbo va-t-il réussir à le coincer ? ». Et ça, c’est brillant. Le spectateur devient presque complice du lieutenant, puisqu’il observe avec lui le coupable tenter de dissimuler ses traces et assister à cette lente partie d’échecs où l’un des joueurs possède l’échiquier, les pièces, les règles et probablement même le reçu du magasin où l’assassin a acheté ses chaussures.
"Columbo" semble toujours perdu, légèrement dépassé, parfois même franchement embarrassant, mais cette apparente maladresse dissimule un esprit extrêmement observateur. J’adore cette façon qu’il a de revenir sur ses pas alors que tout le monde pense qu’il est enfin parti avec son fameux « juste une dernière chose… ». Cette phrase devrait d’ailleurs être inscrite sur les portes des commissariats, des cabinets d’avocats et probablement des chambres d’enfants, parce qu’on sait tous qu’elle signifie : « préparez-vous, je viens de trouver le détail qui va vous envoyer directement dans le mur ».
Peter Falk est absolument formidable dans le rôle. Son interprétation repose sur une multitude de petits détails : les regards, les silences, les hésitations, les gestes, les mimiques et cette façon unique de donner l’impression qu’il réfléchit à autre chose alors qu’il est en train d’assembler méthodiquement les pièces du puzzle. Il ne joue jamais Columbo comme un génie qui cherche à impressionner son adversaire. Au contraire, il semble presque s’excuser d’être là, comme s’il venait simplement demander un renseignement avant de repartir tranquillement promener sa vielle 403...
Et pourtant, derrière cette façade de policier désabusé et ébouriffé se cache une intelligence redoutable. J’ai toujours aimé cette opposition entre son apparence et son esprit. Il est humble, drôle, maladroit en apparence et profondément humain, ce qui crée immédiatement une proximité avec le spectateur. Même lorsqu’il se retrouve face à des criminels riches, puissants, arrogants ou extrêmement intelligents, il ne cherche jamais à jouer au héros. Il les laisse parler, les laisse se croire supérieurs et attend tranquillement le moment où leur propre arrogance va leur tendre un piège.
La mise en scène adopte généralement un rythme posé, mais je trouve justement que cette lenteur fait partie du charme de la série. "Colombo" n’a jamais eu besoin de courir dans tous les sens avec une musique tonitruante pour créer du suspense. Ici, une conversation autour d’un cigare peut être plus tendue qu’une course poursuite en vaisseaux interstellaires.
Les dialogues sont particulièrement importants (Ce que je kiffe vraiment, c'est quand il parle de sa femme...) et les confrontations entre Columbo et ses adversaires ressemblent souvent à des duels verbaux où le lieutenant avance centimètre par centimètre. J’aime trop cette galerie de meurtriers souvent brillants, sophistiqués et sûrs d’eux, qui pensent avoir commis le crime parfait avant de découvrir qu’ils ont simplement oublié de prendre en compte un petit détail : Columbo (Souvent il détourne l'attention en parlant de sujets subtils, de sa femme, de sa voiture, ou de son chien, des trucs que l'on croit sans intérêts, en fait, mais, non... Il met le mec en confiance, histoire de le tester pour mieux l'achever, à la fin).
Au fil des épisodes, la formule pourrait sembler répétitive, mais c’est précisément cette mécanique que j’apprécie (Mais détrompez vous, ce n'est jamais réellement la même à chaque fois, sinon, on s'en lasserait... hé, hé !). Je sais ce qui va arriver et pourtant je prends toujours plaisir à regarder comment la machine va se mettre en route. C’est un peu comme manger une tarte aux pommes dont je connais parfaitement la recette : je sais qu’il y aura des pommes, mais ça ne m’empêche absolument pas de reprendre une part (voire deux, hum...c'est bon !).
"Colombo" reste pour moi une série exceptionnelle, portée par un personnage devenu totalement iconique et par une écriture qui a transformé l’enquête policière en véritable duel psychologique. C’est l’une des séries qui a marqué mon enfance, que j’ai vue et revue à une époque où trois chaînes suffisaient à remplir nos soirées, et qui possède encore aujourd’hui cette capacité assez incroyable à me faire rester devant l’écran alors que je connais déjà la fin.
Je peux revoir un épisode que je connais presque par cœur et attendre malgré tout le moment où Columbo va revenir avec son imperméable froissé, son cigare et son éternel « juste une dernière chose… », parce que je sais qu’à cet instant précis, le pauvre meurtrier vient officiellement de comprendre qu’il aurait peut-être mieux fait de déménager sur une autre planète. Pour moi, "Colombo" est tout simplement l’une de ces séries intemporelles qui prouvent qu’il n’est pas nécessaire de courir pour captiver un spectateur : il suffit parfois d’un imperméable beige, d’une vieille 403, d’un cigare et d’un policier suffisamment malin pour vous faire avouer votre crime sans même avoir l’air de vous accuser. Sacré génie d'écriture, et de scénario, n'empêche !
Ah oui, j'allais oublier mais, il y a ça aussi : Décors, voitures, costumes, musique… Tout respire le charme des années 70. Un plaisir visuel et nostalgique.