Netflix
Comme un rat
6.9
Comme un rat

Drama Netflix (2026)

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Dans le folklore coréen, le rat n'est pas qu'un animal nuisible, et ce n'est pas pour rien qu'il occupe la première place du zodique. Mais le rat est aussi lié à La légende de l'usurpateur (l'ongle coupé). Selon ce mythe, si une personne jette ses rognures d'ongles ou de cheveux par terre au lieu de les brûler ou de les jeter proprement, un rat risque de les manger. En ingérant ces morceaux de corps humain, le rat absorbe l'essence vitale de la personne et prend exactement son apparence. Il vient ensuite prendre la place de la victime dans sa propre famille, chassant le véritable humain qui passe pour un fou. Ce conte servait d'avertissement aux enfants pour leur enseigner la propreté, le respect du corps (hérité des parents selon la tradition confucéenne) et la prudence quant à ce que l'on laisse derrière soi. Mais si le rat blanc est le symbole de la bénédiction divine, notre rat ici est noir, symbole de la malice. Comme un Rat est un thriller qui est une adaptation du webcomic de Ludovico, qui s'inspire de cette légende pour tenter de la mettre en pratique. A l'instar de Song Kang Ho et de Choi Min-Sik, Sul Kyung-Gu a envie de "s'amuser" un peu, et il vient sur des projets ambitieux que seuls Netflix et Disney peuvent se permettre de lui proposer, et ici avec Field Mouse. Alors pari réussi ou pas de cette transposition chez l'homme ?


Je Mun-Jae(Ryu Jun-Yeol) est un romancier qui vit reclus depuis trois ans. Il ne communique avec l'extérieur qu'avec son ami, qui gère tout pour lui. Mais un jour, sa vie bascule : impossible de déverrouiller son téléphone, d'accéder à ses comptes bancaires… Et son ami est injoignable du jour au lendemain. Il ne peut même plus prouver son identité puisque personne ne le connaît. Il n'existe plus en tant que Je Mun-Jae, parce qu'un "rat " lui a tout volé. Pire encore, la police est persuadée qu'il a commis plusieurs crimes et délits et il doit donc fuir. Son seul espoir réside dans la personne de No-Ja(Sul Kyung-Gu), un ancien caïd de la pègre reconverti en usurier. Or, ce dernier recherche Mun-Jae depuis plus de trois ans, car celui-ci lui doit une grosse somme d'argent. Mun-Jae le convainc de ne pas le tuer et de lui restituer tout son argent s'il l'aide à retrouver l'homme qui lui a usurpé son identité, à la manière d'un doppelganger. Étant paranoïaque et schizophrène, Mun-Jae doit rassembler les bribes de son passé pour démêler le vrai du faux. En parallèle, le lieutenant Park Sun-Yong(Lee Kyoo-Hyung), qui traque No-Ja depuis longtemps, ne tarde pas à faire un rapprochement entre les deux affaires et se met à leur poursuite. Mais qui est le chat et qui est la souris, ou plutôt… le rat ?


Comme un Rat est typiquement le genre de thriller qui m'a immédiatement accroché avant de progressivement me laisser sur ma faim. Dès les premières minutes, le drama installe une atmosphère particulièrement sombre et angoissante. Le récit nous place dans la tête d'un personnage dont on ne sait jamais s'il est victime d'une machination ou si sa paranoïa lui joue des tours. Mun-Jae prend des médicaments contre l'anxiété, semble perdre pied et ne sait plus lui-même à quoi se fier. Pendant un moment, toutes les hypothèses sont possibles : imposteur, jumeau, hallucination, manipulation… Et pendant une bonne partie de la série, le drama joue remarquablement avec cette ambiguïté. L'histoire devient alors un véritable jeu de dupes autour des identités. On pense avoir compris qui est la victime, qui est l'imposteur, qui est le Rat… avant que le récit ne vienne régulièrement redistribuer les cartes. Les révélations sur le passé de Mun-Jae, les différentes identités et surtout Seo Yu-min transforment progressivement l'histoire en un gigantesque jeu de "qui est qui ?". Le plus réussi, c'est que certains indices étaient présents depuis le début. Le geste de se ronger les ongles, notamment, prend une tout autre signification une fois les révélations connues. Le drama avait donc bien préparé certaines de ses surprises et ne repose pas uniquement sur des twists sortis de nulle part. Les six premiers épisodes sont particulièrement bien construits, haletants et denses, aussi bien sur le plan narratif que dans les scènes d'action.


Mais le scénario se dégrade dans sa dernière partie. J'ai vraiment apprécié le début et le milieu de la série, mais les deux derniers épisodes m'ont nettement refroidi. Les rebondissements deviennent de plus en plus nombreux, parfois au détriment de la crédibilité. Des évasions miraculeuses, des flashbacks à double sens qui en donnent trop ou pas assez, des personnages qui changent brutalement de camp donnent parfois l'impression que le scénario cherche avant tout à faire avancer son intrigue. Le problème est d'autant plus visible que la série avait instauré jusque-là un ton réaliste, sombre et particulièrement crédible. Ces facilités jurent donc fortement avec ce qui faisait sa force. Même chose avec certaines scènes d'action, dont une des dernières qui oppose No-Ja à Park Seung-Gyu… Oui mais non, en fait. J'exagère volontairement, mais l'idée est là : la série devient moins rigoureuse au moment même où elle devrait atteindre son apothéose. Or, un thriller de cette qualité devrait normalement terminer en feu d'artifice. Ici, la tension accumulée pendant plusieurs épisodes retombe progressivement au moment où elle aurait dû atteindre son sommet. C'est vraiment dommageable que le soufflet retombe vers la fin, qui est malheureusement le gros point faible de la série. Mais il ne faudrait pas occulter tout le positif, car le suspense est omniprésent du début à la fin.


La série est réalisée par Kim Hong-Sun, qui est un spécialiste du genre, donc on envoie du lourd. La mise en scène est probablement l'un des plus gros atouts de la série. La photographie est superbe, l'ambiance particulièrement travaillée et l'ensemble possède une vraie dimension cinématographique. Les scènes d'action sont également très réussies. Les poursuites sont particulièrement crédibles et donnent vraiment l'impression d'assister à une séquence de film, tandis que les combats ne lésinent pas sur la violence. Le fond musical accompagne parfaitement cette atmosphère sombre et contribue beaucoup à l'identité de la série. Enfin, on a un casting clairement à la hauteur. Ryu Jun-Yeol porte une bonne partie de la série sur ses épaules avec un rôle particulièrement exigeant, notamment dans les scènes où l'identité de son personnage devient le cœur même du récit. Mais Sul Kyung-Gu est impressionnant. À 58 ans, il possède une présence qui impose immédiatement le respect et donne énormément de crédibilité à No-Ja. Avec Lee Kyoo-Hyung, ils forment un trio particulièrement convaincant. Leur relation entre gangster et policier fonctionne parce que les trois acteurs jouent leurs personnages avec un naturel qui les rend parfaitement crédibles. Le casting, presque exclusivement masculin, correspond parfaitement à l'univers criminel de la série. On est pas la pour discuter philosophie mais pour démêler les faux-semblants.


Au final, Comme un Rat me laisse donc une impression assez mitigée. J'ai vraiment aimé me faire balader par cette histoire et chercher, épisode après épisode, à comprendre ce qui se cachait derrière cette succession d'identités et de manipulations. C'est suffisamment rare qu'un thriller parvienne à conserver autant de mystère sans que j'abandonne en cours de route. Mais justement, après une telle montée en puissance, j'attendais beaucoup plus du dénouement. La série avait installé un jeu de dupes passionnant et une ambiance qui lui donnaient largement les moyens de frapper un grand coup, mais elle se perd un peu en route en voulant trop compliquer son histoire. Ce qui me gêne finalement le plus, c'est que certaines questions semblent avoir été laissées volontairement dans le flou alors qu'elles auraient permis de donner davantage de cohérence à l'ensemble. Quant à la fin ouverte, je la trouve assez inutile : laisser planer un doute n'a d'intérêt que lorsque ce doute apporte quelque chose à l'histoire ou permet de la relire autrement. Ici, j'ai surtout eu l'impression qu'on me demandait de continuer à réfléchir à une histoire qui, elle, aurait surtout eu besoin d'être mieux conclue. On reste donc sur un thriller prenant et souvent très réussi, mais aussi celui d'un potentiel un peu gâché. Le Rat m'aura bien baladé mais il aurait surtout fallu qu'il sache où retrouver son terrier.


Main Theme : RESTLESS RAVE - Endless shift

Créée

le 29 août 2026

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10
1

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