Conan, le fils du futur
7.4
Conan, le fils du futur

Anime (mangas) NHK (1978)

Quand tu tapes Conan dans le moteur de recherche de Sens Critique, tu tombes sur pleins de Conan, tous héroïques, mais pas Le Fils du Turfu. Pire ! Il paraît que le dessin animé fut diffusé en France au moment où j'étais mino et j'en ai jamais entendu parlé. La première chaîne japonaise à diffuser est NHK, elle est plus connue pour avoir financé Les Mystérieuses Cités d'Or - l'ambiance est très similaire à Conan : odyssée d'un orphelin ultradoué, aidé d'une équipe pour renverser une domination. Je voudrais mettre en lumière Conan, le fils du futur, et vous invite grandement à regarder cette série, surtout si vous êtes fan de Miyazaki et du Studio Ghibli. Et cela tombe bien car pendant une bonne décennie, je ne supportais pas ces oeuvres d'animation - non pas que je leur reconnaissais aucune qualité, mais j'avais du mal avec les esprits, les héros et le mysticisme permanent dans les films de Miyazaki.


Je ne vais pas refaire l'histoire de la série. D'autres le feront mieux que moi. Juste à dire que suite à l'explosion de toutes les bombes du Monde, un incendie a dévasté l'humanité, que les survivants sont peu nombreux, souvent isolés sur des ilots, et l'axe de la terre n'est plus le même suite à une déformation de la lithosphère. J'aimerais bien l'avis d'un spécialiste sur la question mais c'est ce que vous entendrez à chaque introduction des 26 épisodes (soit plus de 7 heures de Ghibli). Ce que l'on sait du monde d'avant ? Peu de choses. On voit juste une image d'une avenue de gratte-ciels sur fond rouge et des millions de gens entassés dans les rues, cherchant une issue à leur funeste dessein. La civilisation s'arrête brutalement. Son monde était fait d'acier, de béton et de lumières artificiels. Les véhicules embouteillaient les rues et la végétation n'avait aucune place. Et d'emblée, à la suite de ce décor et récit apocalyptiques avec une voix off qui ne plaisante pas, on entend le générique de Conan que vous entendrez aussi souvent Ima Chikyuu Ga Mezameru (La Terre va se réveiller). Ce titre et sa traduction résume à merveille la pensée alchimiste de Miyazaki faisant ses premières armes avec cette série, à la lueur d'une œuvre référentielle : The Incredible Tide d'Alexander Key paru en 1970. Je ne connais pas ce livre mais, de toute évidence, il a résonné comme une révélation pour Miyazaki - invitation à la lecture là aussi, vous me direz ! Je reviens à cette chanson singulière que Jean-Jacques Debout a maladroitement interprété en évidant toute la substance primordiale du générique. Son ton léger, son assurance et son insouciance dans ce monde désolé troublent. Elle ne met pas du tout à l'honneur Conan mais la planète dans son entièreté. A en croire la chanson, la planète se relève après un cycle ; elle recommence à verdir, la nature résiliente s'est adaptée, elle s'est s'emparée des vestiges de l'ancien monde, la plupart ont été englouti comme après le Déluge. La biodiversité, variée, abonde et, si les réflexes de l'humanité sont primitifs et les conditions rudes, le bonheur ne paraît nullement empêché. Voilà, en quelques mots, l'ambiance de Conan : elle nous sort du pessimisme avec une confiance absolue en l'avenir, et c'est quelque part déjà une énigme. Qu'est-ce qui pousse Miyazaki à cette vitalité déraisonnée, parfois agaçante ?


Pour pouvoir supporter tant de verdeur et de verdure, il faut remonter à ce qui a tissé mon intérêt pour les films de Miyazaki - non que je les vénère, mais j'en comprends l'intérêt et surtout, je les trouve essentiels car tous ouvrent des imaginaires qu'on enterre, des perspectives pleine de poésie, de vérités élémentaires et cultivent de bonnes valeurs comme l'entraide, la justice et la créativité. Une série d'analyses sur France Culture a permis de me pencher sur le cas Miyazaki pendant une semaine : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-philosopher-avec-miyazaki. Par ces épisodes, en apportant une profondeur insoupçonné aux œuvres du fameux Studio, j'ai compris une chose importante ; là où je voyais des personnages farfelues, je n'en percevais pas ni la portée ni le symbolisme politique. Pourtant, en tant que gauchiasse de la pire espèce, j'aurai dû m'intéresser à la manière dont Miyazaki crée une dialectique jamais facile en faisant se confronter des forces archétypées en apparence antagonistes. Dans Conan, on apprend très vite que Edenia et Industria sont opposées. Rien que les noms portent en eux la promesse d'un combat entre les traditions attenantes à la vie simple et la techno-science aux mains d'un système totalitaire. Sauf que ne considérer que les manichéismes chez Miyazaki, c'est bien mal s'y prendre. De même que si on ne voit pas en Conan une force de la vitalité positive, on se retrouvera à regarder un petit garçon à qui aucune autre volonté ne s'oppose : il ne craint ni la noyade, ni le vent, ni la gravité, et pire, il s'en sort la plupart du temps en s'accrochant avec des orteils surpuissants. Ulysse et Hercule palissent devant ce petit garçon. Tous ces champs symboliques de forces sont importants à mon sens à saisir pour comprendre les choix fous de Conan à certains moments. Intuitivement, il comprend qu'il y a toujours du bon partout où il va et qu'il faut en protéger la part, même quand cela paraît insondable et perdu d'avance. Sans jamais renoncer, mettant sa vie en péril à chaque épisode, sauvant même ses ennemis sans jamais les juger, les forces les plus réactionnaires sont techno-scientifiques. Le monde est inversé. Autrement dit les forces qui persistent dans une logique ancienne ayant conduit à la destruction sont celles qui sont à nouveau dominantes, qui sont à nouveau dangereuses, inconséquentes. En s'en prenant à ces forces, Conan aidé de Lana (un peu trop en retrait) est animé par le "Plus Jamais Ça" très en vogue après de grandes catastrophes anthropocènes.


Terriblement optimiste, cette série amorce un véritable jeu de piste pour les œuvres suivantes de Miyazaki en semant ici ou là des graines, des éléments narratifs, des idées picturales ainsi disséminées. En regardant cette série, je me suis demandé pourquoi elle n'était pas plus connue et surtout pourquoi elle ne sert pas plus d'exemple de création. La leçon qu'on tire de ces 26 épisodes donne du courage et de l'espoir pour l'avenir. Miyazaki transmet un modèle de savoir-vivre et d'appréhension du passé comme de l'avenir : ne jamais oublier les erreurs pour savoir comment reconstruire. Sur ce chemin, il n'ignore jamais les cupides et les amnésies volontaires mais finit par leur pardonner à tous, sans vengeance.

Andy-Capet
8
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le 8 juil. 2026

Modifiée

le 8 juil. 2026

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Andy Capet

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