Cry Wolf
7.5
Cry Wolf

Série DR1 (2020)

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Et si crier au loup était parfois nécessaire ? La série danoise Cry Wolf (Arte), créée par Maja Jul Larsen (Borgen), explore avec une tension palpable les zones troubles des violences familiales et la parole vacillante des enfants. Entre procédure sociale méticuleuse et suspense psychologique, la fiction danse avec grande maîtrise sur la ligne de crête du doute : Holly, 14 ans, accuse son beau-père. Dit-elle la vérité ou fabrique-t-elle un récit ? À travers le regard d’un assistant social zélé et les silences d’une mère déchirée, Cry Wolf interroge notre capacité à croire — ou non — à la souffrance de l’enfance. Une plongée vertigineuse dans l’indécidable, où chaque plan, chaque mot pèse comme une preuve contradictoire.


La série danoise Cry Wolf, créée par Maja Jul Larsen (co-scénariste de Borgen), actuellement rediffusée sur Arte, interroge avec acuité, trouble et puissance les ambivalences des violences intrafamiliales tout en scrutant la vérité de la parole des enfants.



Cry Wolf, crier au loup : Lancer de fausses alertes et ses conséquences.


La série examine avec brio dans sa narration l’ambiguïté de son titre.


Crier au loup : Lancer de fausses alertes et quand l’alerte véritable se produit, n’être plus écouté !


Avertir d’un danger inexistant ou dont on a exagéré l’importance avec pour conséquence le risque de ne pas être écouté.


Dans une dissertation, Holly, une adolescente de 14 ans, dénonce les maltraitances de son beau-père. Les services sociaux alertés, c’est Lars, un assistant social (expérimenté mais trop zélé), qui décide un placement d’office d’Holly et de son frère Théo.


Le temps de l’indécidable


La série se construit sur un régime temporel et de regard très particuliers : elle observe, regarde (beaucoup à travers les regards de Lars et surtout d’Holly), écoute, régule, montre les enjeux des conflits et procédures déclenchés par cette décision. Cette lenteur du réel de la procédure peut déconcerter, mais elle épouse le réel de l’indécidable.


Une enquête notamment est ouverte — sur la foi des paroles de l’adolescente et la présomption d’abus de Lars — contre le père Simon (homme fermé et inhibé dont on peut pressentir des ressorts de violence refoulée).


Cry Wolf est passionnante à un double niveau : d’abord, suivre le protocole des services dédiés à la protection de l’enfance, voir comment tout s’élabore, la patience infinie des uns et des autres, la partialité peut-être des décisions (ici Lars attend que la mère Dea rejoigne l’accusation de sa fille et quitte son mari, or elle ne le fait pas. Dea défend Simon, Théo, leur fils de 7 ans, défend son père, Holly observe), les doutes inhérents à l’enquête sociale et, sur un autre registre, interroger le regard porté sur la parole des enfants.


Réminiscence de la leçon du procès d’Outreau : L’enfance n’est pas forcément le lieu de la vérité.


Forte de l’expérience française du procès d’Outreau (scandale juridique ayant entraîné une réforme du statut du juge d’instruction pour avoir trop fait confiance à la parole des enfants-accusateurs qui se sont avérés fabulateurs), le spectateur averti sait que l’enfance peut constituer cette zone intense de fabulation et de mensonges.

Installation du doute narratif


Cry Wolf nous mène d’abord dans cette direction, distillant avec minutie un doute sur la valeur de fiabilité des accusations de l’adolescente. Le visage de l’actrice incarnant l’adolescente est à cet égard extraordinaire, à la fois intense et tête à claque, contemplative ou sceptique. Sa performance est telle que l’on ignore s’il faut la croire, comme Lars l’a fait instantanément, ou si elle traduit au contraire, comme semble l’insinuer sa mère, une propension pathologique à la mythomanie.


Dans cette lisière, la série trouve sa force inquiète et sa tension intrigante. Son suspense est tangible sur le visage et les yeux d’Holly, dans les temps morts de la procédure.


La beauté de l’écriture de Cry Wolf est d’instaurer avec intelligence le doute sur ce qui est dit et de proposer ce doute comme un élément de suspense. Le scénario habile crée ce suspense psychologique et nous fait basculer d’abord du côté du scepticisme (Holly ment-elle ?), puis vers une remise en question (et si elle disait vrai ?), pour finalement révéler des vérités plus complexes. Puis la série se renverse et rejoint le point de vue de Lars.


Sans divulgâcher, il y a cette phrase très belle de cet assistant social au père :


— On a tous eu des enfances de merde. Mais cela ne nous empêche pas de choisir d’être un père bien !


Avec psychologie et sens de la dramaturgie, Cry Wolf force le respect, s’inscrivant dans un réalisme fort et bousculant nos convictions, en avançant avec prudence, humanité et luminosité que le choix est toujours possible, même si les situations semblent irrécupérables.


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VioletteVillard1
8

Créée

le 12 août 2025

Critique lue 130 fois

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