Du révisionnisme à la gloire d'Alexia Laroche Joubert, de Loana et de la téléréalité en général

Cette mini-série retrace les coulisses de la genèse de la première émission de télé réalité en France : le premier Loft Story dans les années 2000. On suit les aventures de l'équipe de production qui va porter ce projet, depuis sa préparation (négo des contrats avec les diffuseurs, les choix des candidats, la préparation du loft....) jusqu'à sa diffusion en réel. Les personnages sont très fortement inspirés des "vraies" personnes impliquées dans la production.


D'un point de vue de la réalisation pure, la série est excellente. C'est une série qui se binge watch, avec plein de rebondissements, de la tension, du suspense, plein d'obstacles à surmonter, des personnages très bien construits. C'est une prouesse en soi d'avoir réalisé une série aussi bien foutue sur un sujet un peu trivial. Les acteurs sont également excellents, notamment Anaïde Rozam qui est parfaite en meuf carriériste du XVIème. Le seul bémol sur la forme est celui du personnage de l'assistant rebeu qui vrille complètement après avoir fantasmé sur Loana : c'était inutile dans le scénario et juste gênant en fait.


Pourquoi 5/10 alors ? Tout simplement car la série pratique une forme de révisionnisme historique particulièrement insidieuse, celle qui consiste à dire 80% de choses vraies pour faire passer comme une lettre à la poste les 20% de choses fausses (imprécises, partielles, biaisées...).


La série étant produite par Alexia Laroche-Joubert qui se met elle-même en scène, son propre portrait et celui de Loana (son amie dans la vie réelle) sont à décharge totale. Elles ne sont en rien coupables, tout est de la faute des autres.


On voit ainsi Alexia Laroche Joubert présentée avec des qualités professionnelles indéniables et des petits défauts finalement acceptables car compensés par des qualités (chiante mais dynamique, carriériste mais philanthrope envers le grand public, bourrine mais humaine avec Loana).


De même le portrait qui est fait de Loana est une sorte de tentative de réhabilition absolue du personnage, présenté comme une victime absolue des autres. Elle a choisi son métier parce que son père la maltraite, elle a abandonné son gosse mais a pas eu le choix parce que X ou Y, elle saute sur Jean-Edouard mais c'est lui le salaud parce qu'il assume pas avoir baisé avec elle....).


Ce traitement m'a semblé problématique car il est faussement nuancé et à charge de certains personnages, notamment Jean-Edouard, qui je le rappelle était un jeune de 20 ans dont le "crime" est de ne pas assumé avoir couché avec une meuf bonne (mais vulgaire) qui lui avait sauté dessus. S'il faut buter tous les gens qui regrettent d'avoir couché avec quelqu'un dans leur jeunesse, il ne restera malheureusement plus grand monde en France.


Les autres lofteurs en prennent également pour leur grade, mais de manière plus diffuse car ils sont très peu présents à l'écran . Ils sont présentés comme une bande d'abrutis de richous qui passent leur temps à picoler et qui sont passivement méchants avec la pauvre Loana parce qu'elle est vulgos et pas eux.


Enfin le deuxième point problématique de la série est son parti pris de ne jamais remettre en question le concept de téléréalité. Les "opposants" à Loft Story sont les vieux réacs à la tête de TF1 et du CSA ou encore ces salauds de l'URSSAF qui ont le crime d'essayer d'empêcher que des gens se fassent exploiter ; alors que les "adjuvants" sont les jeunes loups d'Endemol qui sont les seuls à avoir compris l'envie profonde de la jeunesse de regarder des programmes de téléréalité. Les ravages de la téléréalité sur les participants (comme cette pauvre Loana) est uniquement le fait de méchants tabloïds ou de méchants co-participants, c'est jamais la faute de l'émission elle-même.


On va pas se mentir : on a tous regardé de la téléréalité. Quand j'étais ado, évidemment que j'ai suivi Loft Story, Secret Story et toutes les conneries du genre. Tout le monde regardait, et on en parlait à l'école. On savait que c'était naze mais on s'identifiait aux personnages : c'était des vrais gens comme nous ! Ils étaient confiants en eux, plutôt beaux, assez vulgaires faut avouer, mais bref, des sortes de modèles. C'était bien mieux que des personnages de série ABC production !


La série oublie que le rôle des adultes et des "vieux" c'est aussi de savoir poser des barrières. C'est pas parce qu'on est jeune qu'on a forcément raison. Beaucoup de jeunes sont bien cons. Rappelez-vous quand vous étiez ado.... Petite comparaison un peu malhonnête : si on vous donne de la drogue, vous allez kiffer. Mais est-ce bien pour vous?


Avec le recul de 20 années depuis le Loft, je ne suis pas persuadé que la téléréalité ait apporté beaucoup de choses positives. Au contraire il me semble que cela a contribué à un abaissement du niveau général des programmes de la TV via la mise en avant de personnages souvent un peu cons et sans réel talent, mais auxquels on s'identifie.

Ce besoin d'identification révèle peut-être un mal-être assez profond de nos générations, en mal de héros inspirants et qui au contraire ont besoin d'être rassurés. Finalement, les influenceurs, les youtubeurs et les humoristes de one-man show se sont tous lancés depuis 20 ans dans ce créneau : montrez aux gens que vous êtes comme eux, parlez des petites choses du quotidien, ça va les rassurer.


A t'on besoin de gens médiocres dans lesquels on se reconnaît ou au contraire de modèles qui vont nous inspirer ?

Vous avez 4 heures.


Avec le recul de 20 années, on voit finalement que les émissions de téléréalité se sont divisées en deux grands blocs disparates :

- les émissions "spécialisées" : la détresse sentimentale en milieu rural (l'Amour est dans le Pré), le sport/la survie (Koh Lanta), la cuisine (Meilleur Pâtissier etc...). Ces émissions ont trouvé leurs publics dédiés et certaines se laissent regarder. Elles sont finalement plutôt héritières des jeux TV classiques que de la téléréalité elle-même.

- les émissions "débilo-sentimentales" : Anges de la Téléréalité, les Marseillais, 4 mariages pour une lune de miel etc.... qui sont restées fidèles aux principes fondateurs de la téléréalité en poussant à fond le concept des participants vulgaires avec 2 de QI qui passent leur temps à se clasher. On peut dire merci à Loft Story d'avoir ouvert la voie à ces programmes de grande qualité.


Bref cet avis est un peu long car cette série m'a beaucoup fait réfléchir et réagir ; il est vrai qu'on peut lui reconnaître aussi cette qualité. Cette série est un bon rappel qu'il ne faut pas se fier aux apparences et que n'importe quelle propagande peut être joliment emballée.

Créée

le 6 févr. 2025

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