Culte
6.8
Culte

Série Prime Video (2024)

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Autopsie d’un phénomène… sans assumer le cadavre

Avec Culte, la télévision française se regarde dans le miroir, mais comme souvent dans cet exercice, le reflet est à la fois éclairant et malicieusement édulcoré.

En revenant sur la genèse de Loft Story et de la télé-poubelle, la série s’attaque à un moment de bascule : celui où la télévision cessa d’être un simple divertissement pour devenir un dispositif pervers d’exposition du réel façon Strip tease en 24/7.

Sur ce point, Culte reste efficace.

La série restitue bien l’emballement médiatique, la sidération collective et cette sensation très particulière que quelque chose d’inédit est en train de se produire sans que personne ne sache encore exactement quoi en faire. Enfin si, certains ont bien compris que ça pouvait être très juteux et qu'il fallait plonger dedans quoi qu'il en coûte.


Cette efficacité repose aussi sur une simplification un peu hasardeuse. Je m'explique: la série choisit de rendre lisible un système qui, dans la réalité, était diffus, fragmenté et largement industriel. Les décisions apparaissent souvent incarnées par quelques figures clés, là où elles relevaient, en réalité, d’un enchevêtrement de responsabilités entre chaîne, production et contraintes économiques.

Ce choix narratif se comprend, mais la conséquence est qu'il tend à donner à ce système une cohérence, une intention, une personnification qu’il n’avait peut-être pas totalement.

Cette tension est particulièrement visible dans le traitement d'Alexia Laroche-Joubert. Le personnage qui lui correspond occupe une place centrale, à la fois moteur et conscience relative du récit. Or, le fait que la véritable productrice soit également impliquée dans la série introduit un biais qu'on peut difficilement ignorer.

Sans tomber dans l’autojustification, la série propose une vision du système médiatico financier où les tensions sont trop incarnées, les dilemmes soulignés comme si on vous tapait sur l'épaule, et les responsabilités en partie redistribuées au risque d’atténuer la dimension plus froide et plus structurelle du phénomène.


Au centre, la trajectoire de Loana Petrucciani est abordée avec une certaine justesse dans sa phase initiale. La série montre bien ce moment où une personne devient une image, puis un symbole. Elle capte la violence de cette transformation, son absence de contrôle et la manière dont une individualité est absorbée par une narration collective et digérée par une mécanique glaçante.

C’est précisément là que Culte atteint sa limite, car en s’arrêtant essentiellement au moment de la fabrication, elle laisse hors champ ce qui en constitue pourtant le prolongement logique : les conséquences humaines de cette exposition.

La série suggère la fragilité, mais ne l’explore pas réellement dans le temps. Or, c’est dans cet après que se dessine un motif plus large et visible dans d’autres trajectoires comme celle de Mallaury Nataf : celui d’une exposition intense suivie d’un décrochage que le système ne sait ni prévenir ni accompagner.

Ce choix n’est pas neutre. Il permet à la série de rester sur un terrain maîtrisé, là où le sujet deviendrait autrement plus inconfortable.


À l’inverse, Culte est parfois plus pertinente lorsqu’elle s’attarde sur des figures périphériques : cadres de chaîne, techniciens, journalistes, assistants. Tous ces personnages ont en commun de ne pas contrôler le système, mais de le faire fonctionner. Ils donnent à voir un phénomène qui ne repose pas sur une volonté unique, mais sur une accumulation de rôles partiels, chacun apportant sa contribution sans en maîtriser pleinement les effets.

C’est dans ces moments que la série s’approche d’une forme de justesse : lorsqu’elle montre que le phénomène Loft Story n’est pas le produit d’une vision claire, mais d’un enchaînement de décisions, de contraintes et d’opportunités.


Un autre élément mérite d’être souligné : le personnage du jeune assistant, en retrait, observant les candidats derrière un moniteur de retour ou d'un miroir sans teint (jusqu'au pire, sans divulgâcher). Là où la plupart des personnages appartiennent encore à une logique télévisuelle classique, lui introduit autre chose: il incarne un regard solitaire, continu et sans réciprocité qui dépasse largement le cadre de l’époque.

Car à travers lui, la série esquisse un lien avec notre temps. Car ce que Loft Story expérimentait de manière encore limitée, à savoir l’accès illimité à l’intimité d’autrui et la construction d’une relation unilatérale, s’est aujourd’hui généralisé avec des plateformes comme Instagram ou TikTok, la télé-réalité n’a pas disparu, elle est maintenant dans notre poche, elle s’est diffusée dans ses usages, transformant chacun en potentiel objet d’exposition.

C’est probablement l’intuition la plus intéressante de la série, mais reste à l'état d'esquisse métaphorique surement mal comprise.


Au final, Culte apparaît comme une œuvre solide dans sa reconstitution et pertinente dans ses intentions, mais très limitée dans sa portée critique.

Elle éclaire un phénomène sans en explorer pleinement les zones les plus problématiques et propose une lecture partiellement influencée par ceux qui en furent les acteurs.

Elle regarde le passé avec lucidité, mais garde une certaine distance avec ses conséquences et elle est efficace et souvent juste dans son observation de la machine médiatique, mais reste bien en dessous de son sujet en évitant d’en assumer pleinement les implications humaines et contemporaines.

Miserylord
4
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le 27 mars 2026

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Miserylord

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