Une série française située dans le Nord et focalisée sur des problématiques sociétales, ça pourrait ressembler à l'excellent Cheyenne et Lola. Mais c'est tout à fait différent, plus proche de l'ambiance de Roubaix, une lumière, c'est dire si vous pouvez vous attendre à vous marrer. Malgré tout, ça s'éloigne beaucoup du sujet de ces deux ancêtres en traçant son sillon propre, façon film noir, puisque la voix du narrateur nous prend par la main dès le début en nous annonçant qu'il nous parle d'outre-tombe. Pas gai, et ça ne prend pas le chemin de s'arranger quand il met en place l'intrigue qui l'a mené à sa perte, et à celle de toute sa famille. Pourtant, tout aurait pu bien aller dans la famille Leprieur. Le père est un syndicaliste respecté dans le milieu des dockers, la fille est avocate, l'aîné a une concession de voitures de luxe, la maison de famille est grande et ses fenêtre donnent sur la mer... on aurait pu tourner là les nouvelles aventures des Durrell, mais au Groenland ou presque. C'est pas qu'il pleuve tout le temps ou qu'on se gèle particulièrement, mais plutôt que les relations humaines dans ce milieu un peu endogène ne brillent pas par leur cordialité ou leur décontraction. Il faut dire que la drogue a méchamment gangrené le port et que les conteneurs regorgent de saloperies sur lesquelles veillent jalousement tout un catalogue de sales types dotés du quotient d'humanité d'un varan. Les liens familiaux servent comme souvent à aggraver une situation déjà bien pourrie de base, et nous voilà partis pour 6 épisodes bien déprimants qui ne font que nous acheminer vers une collection de drames plus flippants les uns que les autres. C'est le défaut principal (voire unique) de cette série : ça creuse la tombe des protagonistes à la petite cuillère, mais avec la férocité d'un fauve menacé de noyade. Et vas-y que tout le monde se prend des coups de griffes en pleine face et en sort passablement amoché. Enfin, en sort, façon de parler. Je vous laisse découvrir les ficelles barbelées qui ligotent cette intrigue décapante pour me concentrer sur les points positifs, tous étrangers à la narration en elle-même. Les acteurs sont excellents. Tous. Mais la palme va à Pierre Lottin, sorti providentiellement de ses rôles décalqués les uns sur les autres pour montrer toute l'étendue de son talent quand on lui propose autre chose qu'une caricature de lui-même. Impressionnant. Et l'image met à profit les incomparables contrastes du Nord et les lumières douces dont des peintres pourraient s'emparer avec gourmandise pour créer des tableaux mélancoliques ou menaçants qui créent un cadre propice à ces drames individuels quasiment cornéliens. Bref, de la bonne série, qui mérite le détour quand on n'est pas déjà sous Prozac.

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il y a 7 jours

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