Dear Hyeri
6.7
Dear Hyeri

Drama ENA (2024)

Un asile de fous (ou de cons) à ciel ouvert

Dear Hyeri devait être un drame psychologique de haute intensité, émotionnellement vibrant et touchant. Malheureusement, c'est tout le contraire qui va apparaître ici : on va accoucher d'un mélo de piètre qualité, mal écrit, mal réalisé, souvent malsain et qui va dégager davantage de dégoût et de gêne, mélangés à de l'incompréhension. Ceux qui se sont contentés de regarder superficiellement le drama n'y auront vu que du feu, pourtant je considère cette série comme une atteinte à l'intelligence, au bon sens et à la réalité. C'est tout simplement honteux de proposer un spectacle aussi insipide. Cerise sur le gâteau, hormis Shin Hae-sun qui surnage, l'ensemble des acteurs sont mauvais ou ne servent à rien. Les deux derniers épisodes enterrent totalement la narration, c'est lunaire. À se demander s'il y avait un pilote dans l'avion. L'héroïne est traitée en paillasson et elle en redemande en plus. C'est vraiment dommage, car il y avait quand même de bonnes idées à développer.


Joo Eun-ho(Shin Hae-sun) est une présentatrice de journal TV depuis des années, mais elle est peu connue car elle occupe la tranche matinale. Elle était en couple avec Jung Hyun-o(Lee Jin-uk) pendant huit ans, avant que celui-ci ne la plante du jour au lendemain après l'avoir brisée mentalement. Lui aussi travaille sur la même chaîne. Ils s'accordent sur le plan professionnel, mais cela s'arrête là. Pour cacher sa douleur qui se rajoute à la disparition, il y a quelques années, de sa petite sœur Hye-ri dont elle se sent responsable, Eun-ho a fait un transfert pour se protéger : elle a ainsi développé un trouble dissociatif de l'identité (TDI). Elle s'approprie la personnalité de sa sœur en mimant son caractère et sa gestuelle. En étant Hye-ri, elle occupe le poste de gardienne de parking à côté de son travail. Elle va ainsi rencontrer Kang Ju-yeon(Kang Hoon), un homme énigmatique qui cache un lourd secret. Ce drama s'appuie sur des ruptures émotionnelles diverses pour développer son narratif psychologique.


Ici, ce sont des relations toxiques et malaisantes qui nous attendent. Après un début prometteur, quoique un peu tiré par les cheveux (il faudra oublier une certaine logique), couplé à un rythme et un ton probants, dès le 5e épisode, le drama va se suicider comme un grand. Le concept et l'originalité étaient pourtant bons, avec le fait que l'existence de Hye-ri soit une zone de confort nécessaire pour que Eun-ho puisse continuer à vivre. La prestation de Shin Hae-sun est d'ailleurs remarquable, car elle joue de manière nuancée ce double personnage sans tomber dans la caricature. Si Kang Hoon vient apporter la touche réconfortante et chaleureuse nécessaire, je n'ai pas trouvé Lee Jin-uk très bon, la faute sans doute à son personnage torturé qui navigue à vue. Le fait aussi de mettre en concurrence très tard dans le drama ces deux hommes (vers le 7e épisode) est la fausse bonne idée. Ce triangle amoureux (quatuor, en fait) est tiré par les cheveux puisqu'il amène d'abord à une destruction, suivie d'une autoguérison qui ne repose sur rien. Le scénario part en sucette rapidement et ce n'est pas la réalisation qui peut sauver l'ensemble.


Et puis, il y a plein de facilités et d'absurdités qui dépassent l'entendement. On nous fait gober que Ju-yeon, à 30 ans, est encore puceau, ou qu'Eun-ho n'a pas conscience de l'existence de Hye-ri alors que celle-ci écrit tout sur un carnet posé sur son bureau dans la maison. Il lui faudra trois ans pour s'en rendre compte ? Elle jongle avec cette double identité avec un cycle de récupération physique hallucinant. Le pire est que personne ne se rend compte que c'est la même personne alors que le parking où Hye-ri bosse est commun aux entreprises PPS et Media N Seoul. C'est du grand n'importe quoi. Pour arranger le scénario "romantique", on prend de grandes libertés concernant le suivi psychiatrique d'Eun-ho. Non seulement la clinicienne qui la suit mériterait la prison pour non-assistance à personne en danger, mais la patiente aurait dû, a minima, suivre un traitement à défaut d'un internement. C'est totalement ubuesque comme situation : on crée des zones de "non-rencontre" artificielles qui ne riment à rien. Le comble de la connerie arrive avec le miracle de l'autoguérison amoureuse quand elle retombe en 30 secondes dans les bras de son ex. On touche le fond.


Non seulement c'est incohérent, mais c'est malsain. Où sont passées sa souffrance et sa colère? Envolées comme par magie. Eun-ho n'a aucune dignité ou quoi? Son comportement est totalement erratique et c'est le gentil gars qui va en faire les frais, d'autant qu'il n'est pas vif d'esprit. Mais on retiendra surtout l'égoïsme de ces deux hommes qui ne pensent qu'à eux. Hyun-o est toxique, il ne s'excusera jamais de son attitude passée. C'est là que la paresse d'écriture est flagrante. C'est une déconnexion totale avec le réel et cette maladie est balayée d'un simple revers de main. On nous prend pour des cons. Mais le pire est que, très vite, on s'aperçoit de la vacuité du drama puisque, dès le 7e épisode, il n'y a plus rien à raconter. On meuble avec de longs flashbacks inutiles, on passe 15 minutes sur une séance de ballon prisonnier débile (?), on fait intervenir des personnages secondaires qui ne servent à rien. On passe de blagues puériles à des moments sombres en un claquement de doigts. Les explications données pour justifier certaines situations ne reposent sur rien de tangible. On s'ennuie beaucoup et, sur une série de 12 épisodes, ce n'est pas normal.


Au final, ce drama laisse un goût amer. Entre incohérences scénaristiques et acting très moyen en dehors de Shin Hae-sun, on est dans un récit de déni absurde,"lazy" et une enquête autour du personnage de Hye-ri inexistante; alors que tout le monde passe devant elle tous les jours depuis trois ans! De ce fait, on nous fait avaler des couleuvres en nous demandant de mettre notre intelligence en mode veille. La pathologie d'Eun-ho, qui devait être au centre du sujet, est transformée en accessoire; sa souffrance réelle est progressivement occultée, puis effacée d'un coup de crayon magique. Dear Hyeri est un emballage vide qui privilégie l'esthétisme à la logique, tout ça pour nous vendre du mauvais romantisme au lieu de parler d'une pathologie lourde et de ses conséquences. La réalité étant aux fraises, on nous vend une folie douce-amère qui se résout par la résilience du héros masculin, lequel mériterait plutôt l'émasculation de par son attitude de bourreau/sauveur. Ici, les traumatismes des protagonistes principaux se résolvent comme par magie; on est vraiment dans un multivers de la béatitude. Ce drama adopte une philosophie New Age complètement à la ramasse et dangereuse en validant le mythe de la "guérison par l'amour"(et de surcroit malaisant)


Main Theme: Lee Hi - Our Timeless Moments

Additionnel OST: Paul Blanco - Coming To You

Créée

le 23 avr. 2026

Critique lue 60 fois

Critique lue 60 fois

1
4

D'autres avis sur Dear Hyeri

Dear Hyeri

Dear Hyeri

Un asile de fous (ou de cons) à ciel ouvert

Dear Hyeri devait être un drame psychologique de haute intensité, émotionnellement vibrant et touchant. Malheureusement, c'est tout le contraire qui va apparaître ici : on va accoucher d'un mélo de...

le 23 avr. 2026

Dear Hyeri

Dear Hyeri

5

Minhator

16 critiques

Quel gâchis

Les 4 premiers épisodes sont super.Mais après quel gâchis. Je ne comprends pas le choix de s'acharner dans un relation où l'on est dépendant et où l'on se fait du mal.Encore que l'autre relation soit...

le 29 oct. 2024

Dear Hyeri

Dear Hyeri

5

Kdramaaddict

90 critiques

A ça du kdrama de l’année … mais non.

Les 10 premiers épisodes :J’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire, j’ai trouvé le 1er ép. un peu confus et l’installation des personnages un peu laborieuse, mais ensuite j’ai été emportée...

le 9 nov. 2024

Du même critique

La vie portera ses fruits

La vie portera ses fruits

Une histoire de famille au gout doux-amer

Avec un budget de plus 42 millions de dollars(le plus gros après Squid Game 2 et 3 pour un drama coréen), avec Kim Won-Suk à la réalisation (Misaeng: Incomplete Life, Signal et My Mister entre...

le 28 mars 2025

Mr. Plankton

Mr. Plankton

Un road movie tragique mais poignant

Mr. Plankton est un superbe série tragique, et non pas dramatique.Le début est la fin, et la fin est le début. Vous comprendrez cette phrase dès les premières secondes de cette série.Lui : bébé...

le 10 nov. 2024

Last Samurai Standing

Last Samurai Standing

Le dernier des Samouraïs

"Last Samurai Standing", avait été présenté en avant première mondiale en septembre 2025 au 30eme Festival International du Film de Busan en Corée du Sud. Notamment adapté en Manga à partir des...

le 13 nov. 2025