Dear X semble vouloir dépasser le thriller psychologique pour interroger les mécanismes qui transforment une victime en bourreau. Le parcours de Baek Ah-jin pourrait ainsi se lire comme une critique des défaillances de la protection sociale et judiciaire : lorsque la famille, l’école et les institutions échouent à protéger les plus vulnérables, elles contribuent à produire les violences qu’elles devront ensuite sanctionner. Pourtant, la série paraît davantage intéressée par les conséquences psychologiques de cet abandon que par ses causes structurelles. Elle montre un système défaillant sans vraiment explorer les alternatives qui auraient pu empêcher cette trajectoire.
La critique de l’industrie du divertissement, fondée sur la manipulation des images, la marchandisation des individus et le pouvoir des apparences, est quant à elle pertinente, mais peu originale. Surtout, l’accumulation de personnages dangereux, d’obsessions et de retournements finit par rendre l’univers d’Ah-jin presque artificiel : tout semble conspirer contre elle, ou se transformer en occasion de manipulation. À force de multiplier les situations extrêmes, la série risque de sacrifier la cohérence psychologique à l’efficacité dramatique.
Sa dimension féministe est plus ambivalente encore. En faisant d’Ah-jin une femme ambitieuse, stratège et capable de résister aux hommes qui prétendent la protéger pour mieux la contrôler, *Dear X* rompt avec le modèle de l’héroïne passive. Mais cette émancipation passe par une prise de pouvoir fondée sur la domination, tandis que les personnages féminins apparaissent souvent toxiques, rivaux ou dépourvus de solidarité. La série semble ainsi peiner à imaginer une alternative à l’ordre patriarcal : plutôt que de s’en libérer collectivement, les femmes doivent apprendre à en maîtriser les codes, au risque de devenir à leur tour destructrices.
Au fond, *Dear X* pose une question intéressante sans toujours parvenir à lui donner une réponse convaincante : comment comprendre la violence sans la justifier ? Le traumatisme d’Ah-jin éclaire ses comportements, mais ne saurait effacer sa responsabilité. Une victime peut devenir bourreau sans que son passé rende cette évolution inévitable. C’est dans cette tension que réside l’intérêt de la série, mais aussi sa limite : fascinée par la figure spectaculaire de la femme monstrueuse, elle semble parfois moins capable d’imaginer les conditions sociales, judiciaires et collectives qui permettraient de briser véritablement les cycles de violence.