Pour une série qui prétend dénoncer les dangers d'une vision binaire du monde, à savoir l'idée que les personnes incarcérées seraient toutes des criminelles et que les personnes libres seraient toutes des personnes irréprochables, je trouve qu'un effort aurait pu être fait pour donner une approche plus réaliste à la situation. Car on reste paradoxalement dans une histoire assez binaire : jamais la question des détenus qui seraient condamnés à tort n'est mentionnée, par exemple. On reste dans une vision assez universaliste : tuer sans être légalement autorisé, c'est mal.
L'idée de faire soi-même la justice face à un système jugé inefficace pour cet objectif est pourtant intéressante, mais il aurait été bien, à mon sens, de plus ancrer la série sur cette motivation, sur cette insatisfaction et cette envie de créer un monde plus juste. Car au final, on reste surtout sur la conclusion que le personnage principal est un narcissique qui ne cherchait qu'à devenir une idole auprès d'un nouveau monde de fidèles lâches et égoïstes. Si je me souviens bien, Light avait tué les personnes qui avaient tué les parents de Misa, donc on a bien, à certains moments, cette idée d'une insatisfaction avec le système judiciaire. Mais cela reste assez implicite, assez dans l'ombre alors que c'est ce qui aurait dû être à mon sens sous les projecteurs.
Au final, l'histoire est paradoxalement assez binaire alors même qu'elle cherche à dénoncer une vision binaire du monde et les dangers auxquels une telle vision peut mener. Le personnage principal avait tort sur tous les points, la police et leurs alliés avait raison sur tous les points. L'auteur aurait dit qu'il pensait que L n'était pas plus bon moralement que Light. D'accord, mais peut-être aurait-il fallu le montrer dans son histoire au lieu de nous le dire ? Car, à ma connaissance, L n'a jamais sacrificié une de ses collaboratrices pour se débarrasser d'un ennemi.
Il y avait probablement une volonté de la part de l'auteur de questionner les limites morales des deux camps, et de remettre en cause une opposition simple entre le bien incarné par le système légal, pénal et tout le tralala, et de l'autre le mal incarné par ceux qui se font justice eux-mêmes, mais cette idée reste toujours dans l'ombre et n'est pas assez explicitement exploité.
En bref, une oeuvre qui veut nous faire réfléchir sur le monde mais qui ne décrit pas ce monde. Décevant.