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Down Cemetery Road nous a été vendue comme une nouvelle adaptation d’une oeuvre de Mick Herron, le romancier responsable de Slow Horses : de quoi nous faire saliver, vue la qualité de la série tirée des "aventures de Jackson Lamb" . Sauf que, bien sûr, ce n’est pas aussi simple (et c’est d’ailleurs tant mieux, parce que nul n’a besoin d’une copie de Slow Horses).

Certes, la thématique de « l’espionnage » – et de ses rapports avec le pouvoir politique – est présente, à travers les manigances de l’impressionnant et absolument détestable C. (Darren Boyd, grandiose !) et de son acolyte souffre-douleur Hamza (le toujours intéressant Adeel Akhtar, que l’on hésitera toujours à haïr tant il est pathétique). Certes, on retrouve ce goût de Herron pour des personnages déglingués, des situations embarrassantes, des moments de jolie trivialité tranchant avec l’atmosphère d’un thriller. Avec également ce mélange d’humour noir et de profond désespoir, qui fait le charme de Slow Horses. Et surtout, inévitablement, cette merveilleuse élégance d’un humour anglais qui permet finalement de faire passer à peu près tout en termes d’invraisemblances scénaristiques : car, tant qu’on sourit, voire qu’on rit, on peut être assez indulgent par rapport à ce que nous raconte Down Cemetery Road

… c’est -à-dire l’enquête d’une « amateur », Sarah (Ruth Wilson, bien, mais dont on craint qu’elle ne retrouvera jamais la magie de son interprétation dans Luther), et de Zoë, une détective privée cynique et tout aussi perdue (Emma Thompson, le gros atout de la série, incontestablement), qui tentent ensemble de résoudre le mystère de la disparition d’une petite fille lors de l’explosion d’une maison à Oxford. Une enquête qui va les amener à affronter des tueurs extrêmement dangereux, et à traverser une bonne partie de l’Ecosse à la recherche de la disparue.

Down Cemetery Road démarre très joliment, dans le cadre somptueux de la ville d’Oxford, sous la forme d’un thriller paranoïaque classique : personne ne veut écouter notre héroïne qui soupçonne que quelque chose d’anormal s’est joué en face de chez elle, et les autorités semblent même complices dans l’effacement des preuves éventuelles, alors que des personnes menaçantes rôdent… La série adopte ensuite une trajectoire inattendue, qui évoquera immanquablement la fuite à travers le pays du héros des 39 marches de John Buchan, au long de plusieurs épisodes à l’intérêt pour le moins variable. On appréciera la très belle scène « hitchcockienne » du jeu du chat et de la souris dans le train, mais beaucoup moins les longs affrontements – manquant vraiment d’originalité – dans la campagne écossaise ou sur une île isolée, entre le duo féminin Sarah et Zoe et le tueur lancé à leur poursuite.

On pourra critiquer les défauts d’écriture sur certains épisodes par trop délayés, et surtout la faiblesse et le manque de crédibilité « politique » du complot dévoilé, qui semble littéralement se dissoudre dans l’air. On appréciera néanmoins la conclusion douce-amère, refusant les facilités du « buddy movie » qui se profilait, et préférant reconnaître que la vie ne sourit pas non particulièrement à ces deux femmes : elles ont peut-être « résolu » une énigme, mais leur vie n’en est pas devenue meilleure pour autant. Au contraire même.

Ce serait là une belle fin dépressive, non-conventionnelle, donc appréciable, à une mini-série… Mais il est plus que probable que le plan d’Apple TV+ soit de remplacer Slow Horses, qui touche à sa fin, par une nouvelle série adaptant la saga Zoë Boehm de Herron. Avec quatre autres romans – et un bon nombre de nouvelles – publiés, on peut s’attendre à une série au long cours…

[Critique écrite en 2025]




Eric-Jubilado
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le 3 janv. 2026

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