Adaptée d'un webtoon célèbre en Corée, cette série alterne le très bon (la première partie) avec, malheureusement, le très mauvais (la seconde). Ne connaissant pas l'œuvre originale, je ne jugerai que ce que la série propose. Ce mélange de survival post-apocalyptique alien puise ses références dans divers dramas dont l'influence saute aux yeux, tels que Sweet Home, All of Us Are Dead, Night Has Come ou encore Weak Hero Class. On pourrait même y ajouter des aspects de Starship Troopers. Le point commun de toutes ces œuvres réside dans la menace visuelle et la tension omniprésente. Ce qui est intéressant, ce sont les différents degrés de lecture. Certains n'y ont rien compris par méconnaissance de la culture coréenne et de l'importance capitale du Suneung (CSAT) dans la vie d'un étudiant. Avant de critiquer, il convient donc de se renseigner : c'est précisément l'absurdité de ce schéma de vie qui est ici dénoncée avec virulence.
L'histoire est simple mais originale : depuis plus d'un an, des milliers de sphères extraterrestres stationnent en position géostationnaire, principalement au-dessus des zones les plus peuplées. Invulnérables, elles ont forcé l'arrêt du trafic aérien et le monde a dû s'adapter. Le jour où certaines s'écrasent, des créatures de tailles diverses s'en échappent et commencent à massacrer la population. Très rapides et mobiles, ces entités sont difficiles à éliminer ; seules les balles à uranium appauvri ou le froid extrême en viennent à bout. L'armée coréenne étant rapidement dépassée, les autorités lancent un plan de recrutement auprès des lycéens. On ne valorise pas le patriotisme, mais on leur promet des points bonus pour l'examen final et l'accès aux meilleures universités. Affectés à la réserve, nous suivons une classe de terminale confrontée brutalement à la réalité. Entre crise d'adolescence et crise existentielle, il n'est plus question de diplômes, mais de survie.
Sur l'ensemble, saluons d'abord une mise en scène et une réalisation exemplaires malgré un budget que l'on devine réduit. Techniquement et esthétiquement, les créatures sont réalistes et bien intégrées aux décors. Si le scénario est basique (survivre en milieu hostile), c'est l'évolution des personnages qui captive. Durant les six premiers épisodes, rien à redire. Sous l'encadrement de deux soldats aguerris, les élèves apprennent dans l'urgence, notamment le maniement du fusil-mitrailleur. On leur ment sciemment et ils doivent grandir trop vite. Ces jeunes sont traumatisés à divers degrés, et les acteurs — dont beaucoup ont vu leur carrière décoller depuis — sont convaincants. On s'attache à ceux qui sont mis en avant, tout en sachant que ce n'est pas une colonie de vacances : certains disparaîtront. L'équilibre entre l'action violente et les moments d'intimité de la bande est très bien dosé. Cette première partie est réaliste, cohérente et plaisante à suivre.
Ici, les adultes sont dépassés et la conscription des lycéens marque le désespoir d'une nation au bord de l'effondrement. Pour justifier leur maintien au front, plusieurs pistes sont exploitées : absence de communication, peur de l'inconnu et l'obsession des points bonus (reflet de l'endoctrinement scolaire coréen). Si l'atmosphère est excellente au début, mêlant thèmes de société (cohésion sociale, vision du futur) et problématiques adolescentes, le ton change radicalement des épisodes 7 à 10. On dirait une autre série. Adieu logique narrative, comportements crédibles et rythme effréné. On passe d'un survival-horror militaire à un psychodrame adolescent confiné. La menace des sphères, moteur de l'intrigue, est reléguée au second plan. La transition est bancale et le groupe perd toute sa cohésion. c'est un peu un naufrage.
Le gros point noir est de les faire se retrouver sans guide puisque le lieutenant s'est sacrifié à la fin du 6eme épisode pour les sauver
La menace existentielle alien s'efface au profit de conflits internes inintéressants. Leurs réactions face à l'adversité deviennent stupides, notamment lors de la scène dans la prison face aux condamnés à mort. Le scénario semble meubler le vide. Le plus risible reste leur soudaine expertise : ils deviennent des tireurs d'élite ne ratant jamais des cibles petites et mobiles, tout en trouvant miraculeusement des caisses de munitions rares. Le manque de moyens devient flagrant : dans une agglomération de 15 millions d'habitants, on ne croise personne, pas même des cadavres. Statistiquement, c'est impossible. Cela devient frustrant, surtout quand, vers la fin, un élève secondaire "pète un câble" et passe en mode sauvage. L'intention de dénoncer l'absurdité du système est là, mais c'est très mal amené. Nos "experts" oublient leurs fondamentaux et restent passifs, ce qui est d'un ridicule dépassant l'entendement.
Malheureusement la conclusion vient encore un peu plus enfoncer le clou. On se dit, "vous êtes sérieux? Tout ça pour çà?" Personne ne semble tirer de leçon et la vie reprend comme si de rien n'était, alors que les sphères géantes menacent toujours dans le ciel. Le message est que certes, le monstre ne vient pas forcement de l'espace, et il est déjà sur terre avec l'espèce humaine, mais il est tellement mal envoyé qu'il en devient contre-productif. Montrer les horreurs de la guerre et les réactions face à des situations imprévus font ressortir des émotions et des comportements psychologiques inattendus. Ne vous attachez pas trop aux personnages sinon vous serez déçu. Passionnant et palpitant au début, la seconde partir s'effondre pue à peu parce qu'il n'y a plus personne aux commandes du navire. A regarder au moins pour la première partie. Un dernier mot pour les critiques acerbes qui jugent le comportement émotionnel des personnages ou l'importance du CSAT : 1/ Vous n'avez jamais été en zone de guerre. 2/Vous ne connaissez manifestement rien à la société coréenne pour porter de tels jugements de valeur.
PS: Ne zappez pas la scène post générique, elle est assez drôle et décalée.
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