Il fallait bien trois épisodes pour venir à bout du plus gros de l'affaire Elf. Du scandale d'état Elf, en fait. On se souvient tous des rebondissements de cette rocambolesque affaire, pleine de barbouzeries, d'abus de biens sociaux, de luttes d'influence, de morgue caractérisée, de requins et de poules, de coups bas à l'encontre des trois juges admirables qui ont tenu le cap contre vents et marées et font l'honneur de notre nation de droit... Les noms des acteurs sont restés dans notre mémoire, mais qui peut se vanter de pouvoir rendre vraiment à César ce qui était à Jules dans cet imbroglio qu'on a découvert épisode par épisode. Heureusement, les documentaristes sont là pour, à leur tour, fourrer leur nez dans les milliers de pages du dossier, qui commence un peu banalement par de sérieux doutes sur la provenance de certains patrimoines plutôt tapageurs. Ils ont bien du mérite. Et du talent pour rendre ce sac de nœuds compréhensible. Je vous laisse vous y plonger à votre tour, en précisant seulement qu'il n'y a rien d'indigeste dans cette soupe-là. Les auteurs font œuvre de pédagogie et de clarté, se gardant de tout commentaire : les faits se suffisent à eux-mêmes. Alfred Sirven, braqueur amateur dans sa jeunesse et propulsé au sommet d'une pyramide hiérarchique fantaisiste chez Elf, a avalé sa carte Sim au terme d'une cavale qui l'a mené aux Philippines en compagnie de sa domestique à la poitrine refaite. Tout est dit. Voilà le genre de serviteur de la République qu'on aimerait voir disparaitre à tout jamais, et il fallait bien une juge opiniâtre d'origine norvégienne pour s'indigner d'un système que tous, en France, s'accordaient à trouver, sinon inévitable, au moins profitable. Pour le plus grand bien de tous, aurait-on argué, à l'époque. Sauf du contribuable, pourrait-on rétorquer aujourd'hui, quand les Le Pen, Dati ou Sarkozy ont à leur tour un pied sur le seuil d'une cellule et l'autre sur une peau de banane. Les temps auraient-ils changé ? On se surprend à le souhaiter en découvrant les rouages de l'affaire Elf, 'la mère de toutes les affaires', symptomatique et accablante. Mais cet espoir est un peu terni par plusieurs considérations : par crainte pour leur vie, les juges sont restés en marge du volet vente d'armes, par exemple. Et par souci d'efficacité, pour parvenir à clore le dossier et faire condamner les principaux coupables, ils n'ont pas tiré toutes les ficelles. Et personne après eux n'a rouvert d'instruction. Personnellement, je serais pour établir un programme Erasmus de la Justice et importer massivement des magistrats nordiques, biberonnés à autre chose que la barbouzerie crasse, pour redresser un peu les comptes publics. Merci aux fonctionnaires courageux qui s'opposent à une corruption à peine dissimulée plaçant la France de fait au niveau de la Colombie dans bien des classements internationaux.

Créée

le 20 mars 2026

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