Entre les lignes
8.6
Entre les lignes

Anime (mangas) TV Asahi (2026)

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Tes sentiments ne regardent personne, mais chacun peut contempler leurs fleurissements sur ton âme

Ce début d’année 2026 a été marqué par un bonheur immense à attendre chaque dimanche la sortie d’un nouvel épisode de Journal With Witch, bien mieux traduit en français avec « Entre les lignes ». Un bonheur immense à se plonger, s’oublier pour mieux se retrouver et à terme en sortir grandi. Je ne cherche pas à vous imposer par cette critique la vision de mon voyage de cette œuvre alors que j’espère que chacun y trouvera ce qu’il y cherche. J’aimerais juste vous conduire sur les chemins d’une œuvre dont je pense être tombé amoureux.


La première chose qui frappe avec entre les lignes est sans doute sa pudeur. On ne sait jamais réellement comment nos personnages fonctionnent, de quelle manière. Le spectateur n’est pas omniscient, et pire encore on se rend compte que la narration elle-même est soumise à certains biais, qu’on nous laisse entrevoir notamment autour des révélations sur le personnage d’Emiri qui met en perspective les comportements autour du personnage d’Asa. C’est très important pour la thématique centrale de l’œuvre qui nous parle de la place de nos sentiments dans nos rapports avec les autres mais aussi pour l’approchabilité de l’œuvre qui laisse ses spectateurs combler les trous avec leurs propres expériences et ainsi s’approprier le récit.


Cette pudeur est d’autant plus impressionnante que les personnages sont extrêmement bien écrits. Comme on peut le retrouver dans d’autres univers artistiques culturels, il y a dans les œuvres japonaises toute une liste de défauts et de qualités qui orientent l’appréciation des spectateurs. Ils peuvent être genrés (exemple de la timidité chez les femmes ou l’acharnement au travail chez les hommes) ou non (la haine viscérale des animaux). Cette construction de personnages par archétypes (la kuudéré, le protagoniste de shonen, le sombre ténébreux…) ne semble pas avoir été mise en place dans la construction de l’univers. On retrouve chez chacun des personnages un certain nombre de qualités et de défauts qui les humanisent voire les « égalisent », empêchant l’apparition d’un véritable antagoniste ou protagoniste. C’est notamment le cas d’Asa qui est assombrie par le comportement colérique, arrogant voir juste méchant quant elle essaie de se protéger, ce qui la rend beaucoup plus vraie quelque part, et finalement beaucoup appréciable dans sa quête personnelle. A l’inverse sa mère qui est au début montrée comme quelqu’un d’antipathique révèle petit à petit une facette anxieuse, piégée dans un mariage avec un homme tellement peu intéressé que sa fille elle-même peine à remarquer l’absence ; mais aussi à ses à ses espoirs, ses doutes, ses peurs. Ces éléments ne visent pas à faire d’Asa la méchante de l’histoire, et sa mère n’est jamais réellement pardonnée de ses actions et commentaires désobligeants. J’y vois plutôt l’idée que peu de personnes sont foncièrement méchantes, que le manichéisme dans la fiction est une impasse car ce n’est pas parce que nos personnages sont contraires au protagoniste, même jusque dans ses valeurs, qu’il est foncièrement mauvais.


Parmi les points réussis de ce travail de pudeur et de construction de personnages est la gestion du deuil. On ne reste pas ici dans les sentiers battus, à se construire autour de différentes « phases » déjà considérées comme caduques il y a 35 ans ou même à représenter la survie sous forme d’une épreuve. Ici la mort y est brutale, sans au revoir digne de ce nom. En ne nous imposant pas la tristesse mais en créant le vide qu’elle devrait occuper, en nous laissant comprendre la détresse du personnage principal qui essaie de faire dans un premier temps comme si de rien était. On vit avec Asa ses fuites en avant, ses colères, ses inquiétudes et incompréhensions face à la fatalité. Si bien que quand la tristesse, le constat du réel arrive avec les larmes, on est enclin à ressentir la tristesse d’une situation dont on a vu suffisamment les répercussions pour se laisser submerger.


Cette manière de présenter le cheminement de la protagoniste est liée à la manière dont se structure l’histoire ; qui s’émancipe du deuil pour parler du soi et de sa place dans le rapport aux autres. C’est un thème qu’on explore de plein de façons différentes. On le voit avec l’amour, le cercle amical, l’art (journal et chant) mais également les sujets de sociétés, l’histoire des baisses des scores des femmes dans les universités de médecine étant une réelle polémique. La multiplicité du soi, représentée par ses personnages aux trajectoires et philosophies variées diminue finalement Asa et incarne l’idée que le drame aussi traumatique soit-il n’arrête pas la vie, que chacun vit ses drames à échelle personnelle et qu’il faut continuer à vivre sans non plus faire de vagues qui sont cependant compréhensibles. On le voit très bien avec nos deux personnages principaux qui via la métaphore du désert tire des conclusions complétement opposées.


En conclusion, la fresque naturaliste offerte par « Entre les lignes » se montre pour le spectateur comme un vrai lieu de repos, où les sentiments sont acceptés mais pas non plus mis sur un piédestal qui amènerait à la souffrance d’autrui. Une thématique finalement rare au sein de la culture japonaise qui tend plutôt à l’uniformisation. « Entre les lignes » est une œuvre exceptionnelle qui ne vous place pas en spectateur passif mais au contraire vous oblige à prendre part au tableau qui se construit et à en dessiner librement les parties manquantes. J’espère que si un jour vous avez la chance de vous faire pousser dans l’eau par une telle œuvre, vous ne vous débattrez pas inutilement mais au contraire accepteriez de plonger, toujours plus profond de vous-mêmes, et ainsi peut-être pouvoir remonter, inhalant un air nouveau.


« Nous nous montrons indulgents envers nos propres contradictions, sans pour autant tolérer celles des autres. Mais ce n’est que bien plus tard que je m’en suis rendu compte, et je crois bien que c’est la racine de la souffrance. Et que moi et tous les autres endurons chacun dans notre coin. Cependant quelque part ce n’est pas une si mauvaise chose que ça »

Créée

le 21 mars 2026

Critique lue 159 fois

Lordlyonor

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6

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