Chez les italiens il y a une recherche artistique toujours évidente, une mise en scène qui joue de son ambiance, de ses décors et de ses dialogues, sans oublier une musique ici, particulièrement choisie pour ses envolées mystiques, comme sait le faire Paolo Sorrentino, expert en la matière et saupoudrée de grande passion et d'envolées sentimentales pour ancrer le récit dans le drame et le fantasme, l'absurde, la satire et le cynisme.
Marco Bellocchio revient sur l'enlèvement d'Aldo Moro et s'attache à chaque épisode à reprendre le point de vue de certains personnages : le président de la démocratie chrétienne Moro, le ministre de l’Intérieur Francesco Cossiga, le pape Paul VI, la terroriste Adriana Faranda au combat illusoire et l’épouse d’Aldo Moro, Eleonora Chiavarelli dépassée par les événements.
Le premier épisode tentera alors de déjouer la réalité pour un épisode final où la fiction disparaîtra.
Moro (Fabrizio Gifuni) homme politique investi à faire alliance avec les communistes pour contrer les années de plomb est entouré de pantins à l'identique. A la manière de Il Divo de Sorrentino, on retrouve une étude de cas fracassante sur les hommes politiques et leur décalage, ici tout autant responsables que les brigades rouges (tuer Moro ou le libérer) et où les Etats Unis s'invitent pour contrer la volonté de Moro. Manipuler sa destinée pour en vérifier les réactions des Italiens, le traiter de fou, mettant en cause ses lettres. Moro qui luttera contre l'abandon et le sort qu'on lui impose dira presque pour lui même "Qu’y a-t-il de si fou dans le fait de ne pas vouloir mourir ?"
De quelques mots, le cinéaste touche au drame humain et à l'universalité. Un homme croyant, attaché à sa famille et plus particulièrement son petit fils, qu'il ira chercher en nuit d'orage dans sa chambre pour éviter les réveils cauchemardesques, obsédé par la propreté, souhaitant réunir toute sa famille par la construction d'une chapelle où les corps morts pourront se retrouver. Qu'on y adhère ou pas, l'humanisme que Bellochio lui apporte, nous rapproche de ce personnage empathique et d'une droiture qui fait tâche dans une Italie délétère pas si lointaine.
Pour marquer le bouleversement du kidnapping, ce sera le personnage de Francesco Cossiga (excellent Fausto Russo Alesi) ami de Moro qui en deviendra dépressif et paranoïaque, le regard vague, obsédé par les écoutes, s'enfermant dans un sas, flottant dans les couloirs aux visions sanglantes, rêvant d'un sauvetage hallucinatoire où son ami ne manquera pas de les récuser du regard.
Et bien sûr Toni Servillo en Pape téméraire mais vieillissant, ne pouvant plus porter sa croix, se flagellant à la limite de l'infection, prêt à tout pour sauver son ami, tentant de négocier, pour se perdre lui-même dans le peu de cas de sa fonction et le peu de foi de tous.
6 épisodes immersifs d'une heure pour un plaisir de visionnage même si les transactions ne sont pas toujours très claires, mais surtout, mention à la sobriété et au talent de tous les acteurs, -et à certaines ressemblances frappantes - qui bénéficient d'une direction sans faille.