Eve est le Makjang de vengeance psychologique suprême, avec tout ce que cela implique d'outrances, d'exagérations et d'incohérences. C'est un drama où absolument aucun personnage n'est réel, ou du moins ne possède une part de réalité; on les croirait tous sortis de l'imaginaire d'un romancier borderline. Si vous cherchez une série où l'humiliation, la traîtrise, la violence gratuite, la barbarie et le dégoût sont des thèmes fascinants alors vous êtes au bout endroit. Bref, si l'art du masochisme poussé à son paroxysme vous attire, alors vous trouverez sûrement votre compte ici. Eve est une série souvent malsaine, abjecte, et que, en toute logique, j'aurais dû arrêter de regarder, car ce voyeurisme là m'a profondément dérangé et ennuyé. On est au sommet du manichéisme, avec tous les clichés sur les familles Chaebol activés puissance 100. Et puis franchement, qui pourrait supporter sur la longueur tous ces gens manipulateurs, acariâtres, imbus de leur personne, capricieux, lâches, calculateurs et violents ?
L'histoire est simple et tordue
Quand Lee La-el(Seo Yea-ji) était une jeune ado, son père a été torturé et tué devant elle après avoir été dépossédé de son entreprise et de ses biens. Sa mère, tombée malade, a disparu de la circulation. Traumatisée, livrée à elle-même et chassée, elle fait la rencontre qui va la sauver en la personne d'un jeune avocat nommé Seo Eun-pyeong(Lee Sang-yeob). Il l'exfiltre aux États-Unis où, grâce à ses relations, elle va faire la connaissance de Madame Jang, qui elle aussi a des comptes à régler avec les bourreaux des parents de La-el. Celle-ci va alors grandir sous l'identité de Kim Sun-bin, épouser un veuf lié lui aussi au passé, et se forger un caractère de manipulatrice froide et sans pitié, apprenant le tango comme une arme de séduction. Son unique but : se venger de tous ceux qui ont détruit sa famille et spolié ses biens. Elle sera impitoyable avec ses ennemis, avançant d'abord masquée. Mais elle n'avait pas prévu l'impensable : tomber amoureuse de la mauvaise personne. À moins que cela ne soit juste une ruse ?
Mes impressions et mon ressenti
L'histoire tourne autour du thème de la vengeance, mais aussi de la lutte de pouvoir sous toutes ses formes (argent, physique et psychologique). Elle s'articule autour de trois principaux personnages : l'héroïne fatale La-el, tout droit sortie d'outre-tombe ; la méchante hystérique et caricaturale Han So-ra(Yoo Sun); et enfin le mari de cette dernière, Kang Yoon-kyum(Park Byung-eun), celui qui fera pencher la balance. Rajoutons enfin l'ange protecteur et amoureux transi depuis toujours de La-el, Seo Eun-pyeong, sans qui elle n'aurait pas survécu. C'est un combat entre deux femmes à la vie à la mort, une lutte entre la raison, la passivité et l'agression permanente et la violence ultime. So-ra est une antagoniste qui est devenue psychopathe par la force des choses. Car le point commun des trois principaux personnages remonte à leur enfance, où ils ont tous subi des violences psychologiques involontaires (La-el en assistant à l'agonie de son père) ou des violences physiques et psychologiques volontaires de la part de pères tyranniques (So-ra et Yoon-kyum). Je n'ai pas compris pourquoi le drama avait été interdit aux moins de 16 ans, il n'y a aucune scène de sexe, sauf à considerer un torse ou un dos d'homme étant "sexuel".
Dans Eve, On est continuellement dans la métaphore et la symbolique de la séduction et de la douleur récurrente (le Tango et le Bandoneón), quitte à en devenir pompeux et saoulant. C'est le combat perpétuel de la passion contre la haine ; on n'est jamais dans la nuance, tout est blanc (pur) ou noir (la mort). On est au-delà du drame shakespearien. D'ailleurs, le visuel est très important : les nuances de couleur, le maquillage, les robes, les décors... tout a son importance. Tout est d'une froideur absolue, qui contraste avec la couleur rouge sang rattachée au personnage de So-ra. La référence au soap traditionnel n'est jamais loin, avec des gros plans excessifs sur des visages figés, comme frappés par le regard de Méduse. La partie d'échecs entre La-el et So-ra est arbitrée par Yoon-kyum qui est un personnage neutre/bon, mais qui, comme sa femme, peut être considéré comme mauvais car il a trahi, fut complice en détournant le regard et a fait preuve d'égoïsme par soif de pouvoir. Mais comme dans Star Wars, le mythe du "retour du bon côté de la force" sera mis en avant au fil du drama. Attention à certaines scènes violentes aussi.
Ce qui m'a gêné et dérangé
Cela devient interminable passé la moitié du drama, avec une impression de faire du surplace en permanence. C'est beaucoup trop long pour ce que ça raconte ; on est coincé entre une interminable présentation et un final qui s'éternise. Le personnage de Han So-ra sombre complètement dans l'absurde et la caricature. Elle devient hystérique, hurlant à chaque réplique, et l'entendre déblatérer autant de conneries en agissant de la sorte en toute sérénité, ça dépasse l'entendement. On ne frise plus le ridicule, on y tombe carrément à pieds joints. On est dans le fantasmagorique couplé à du complotisme de bac à sable. Ça se veut subversif, mais ça échoue lamentablement parce qu'on ne croit pas une seconde à ce qu'on voit et entend : c'est "too much". On se croirait dans un vieux soap américain des années 80, genre Dallas ou Dynastie, parce qu'on a coché tous les codes : surjeu, clichés, faux rebondissements. Il n'y a surtout aucun rythme, aucune envie de découvrir les épisodes suivants. Ça aime aussi beaucoup se contempler avec une espèce de référence au miroir de Blanche Neige. Nous ne sommes pas dans un récit de rédemption ou de justice, mais dans le mythe de l'excuse permanente pour s'affranchir de la loi, de la morale et, pire, de sa conscience. Le personnage de La-el n'est pas au final aussi bon que cela, elle fera souvent preuve de désinvolture et d'un détachement hallucinant envers des êtres innocents (les enfants) ou alliés à elle. Son attitude à la fin en dit long sur le personnage, pour qui on finit par n'éprouver plus aucune empathie.
Pourquoi je mets la moyenne quand même ?
Je mets un point de plus pour la perruque de Jeon Kuk-hwan, portée avec classe. Ensuite, les acteurs font malgré tout le job, je leur tire mon chapeau pour raconter n'importe quoi et faire semblant d'y croire, c'est tout un art. Enfin, la garde-robe de ces dames aura été appréciée des connaisseurs (contrairement au maquillage). La fin est interminable, insupportable, mais surtout incompréhensible. Ne cherchez pas de suspense, le scénario se lit à livre ouvert. Le grand final est complètement ratée, pathétique et loin de toute logique. Ce drama est destiné avant tout aux amatrices de sagas "à la française" où le WTF est la marque de fabrique, aux fans de soaps américains des années 80, ou aux adeptes de Makjang pur et dur. Le drama ne cherche pas le réalisme ou à dégager un message particulier, mais à appuyer sur une atmosphère opératique. Tout est "trop": trop de luxe, trop de douleur, trop de musique mélodramatique, trop de dialogues insipides, etc. Certains adorent, moi je déteste. C'est un drama qui vise essentiellement un public féminin et mature, de par son approche et sa façon de traiter le sujet. C'est mon avis en tout cas. Bref, à vous de voir...ou pas.
PS : si le drama s'est fait défoncer à l'époque en Corée, c'est avant tout contre l'actrice Seo Yea-ji. D'ailleurs, depuis 4 ans, elle a totalement disparu des plateaux.
Main Theme: Kim Yeji - Hold Me Tight