Il y a des séries qui reposent sur une histoire, et d’autres sur une tension. Fake It Till You Make It appartient clairement à la seconde catégorie.
Dès les premiers épisodes, quelque chose s’installe entre Tang Ying et Xu Zi Quan : ce n’est pas une romance évidente, mais un jeu de regards, de silences, de distances. Une danse presque. Par moments, la mise en scène s’approche du tango : un pas vers l’autre, puis un retrait, des gestes suspendus, des corps qui se frôlent sans jamais se toucher. Une pause café devient un duel. Un escalier plongé dans l’ombre devient le lieu où l’on tombe amoureux sans un mot.
La série excelle dans ces instants-là. Elle filme l’attirance comme quelque chose de discret, d’intelligent, presque stratégique. Rien n’est dit frontalement, tout passe par les regards, les micro-mouvements, les silences. Et c’est précisément cette retenue qui rend la relation si crédible.
J'ai aimé la manière dont le personnage de Xu Zi Quan se dévoile peu à peu. Derrière l’image du séducteur sûr de lui apparaît un homme souvent seul, fatigué, presque mélancolique. Ses scènes dans son appartement, son appel tardif où il demande simplement à entendre une voix, disent beaucoup plus que ses paroles. Et peut-être que Tang Ying tombe amoureuse à cet endroit précis : là où le masque tombe, dans l’obscurité, dans un sourire à peine esquissé.
La sœur de Tang Ying, en quête d’un homme séduisant et riche sans vraiment savoir ce qu’elle cherche au fond, est en miroir de Tang Ying qui elle, choisit d’avancer avec prudence et lucidité. D’autres personnages, hommes comme femmes, semblent davantage guidés par des attentes sociales : le statut, la réussite, l’image du couple idéal. Les personnages secondaires ne sont pas toujours développés pour eux-mêmes, mais ils dessinent en creux une galerie de projections contemporaines sur le statut, la réussite, l’image du couple idéal et le mariage.
Cependant, à partir de la seconde moitié, la tension qui faisait toute sa force s’atténue. La relation devient plus lisible, plus stable… et paradoxalement moins intéressante. Le flirt, qui était au départ un langage subtil et chargé de sens, devient plus répétitif. J’attendais une évolution plus profonde, plus mature, une véritable confrontation émotionnelle entre deux adultes qui se comprennent. Mais la série reste en surface.
Cai Wen Jing compose une Tang Ying tout en retenue, où chaque regard, chaque silence semble pesé. Face à elle, Han Dong Jun joue sur une palette plus discrète qu’il n’y paraît : derrière l’assurance, il laisse affleurer une fatigue, une solitude, parfois même une mélancolie. Tous deux construisent une relation qui passe moins par les mots que par les micro-gestes, les hésitations, les regards et c’est sans doute là que la série est la plus juste.
Il n’en reste pas moins une œuvre élégante et moderne, qui capte avec finesse les codes des relations dans les grandes villes contemporaines : l’apparence, le statut, les jeux de pouvoir, et cette manière que nous avons tous, plus ou moins, de “faire semblant” jusqu’à devenir ce que nous prétendons être. Une belle réussite dans sa première partie, plus fragile dans sa conclusion, mais portée par une justesse rare dans la manière de filmer l’attirance.