À l’occasion de l’arrivée de la saison 2, j’ai revu toute la première. Parfait prétexte pour en tirer une vraie critique. Et honnêtement, deux visionnages ne sont pas de trop pour saisir toute la portée presque philosophique de cette œuvre… étonnamment tirée d’un jeu vidéo. Ce qui frappe d’abord, c’est ce décor néo-rétro post-apocalyptique, puis cette galerie de personnages aux réactions aussi improbables que fascinantes.
Lucy, d’abord. Une sorte de première de la classe façon oie blanche qui perd sa candeur au fil d’un road-trip halluciné. Puis la Goule (formidable Walton Goggins), pont vivant entre deux époques : une Amérique parallèle à la nôtre, puis un futur dévasté plus de deux siècles plus tard. Leurs trajectoires se croisent dans des scènes parfois franchement horrifiques, jusqu’à une révélation finale totalement folle (vraiment ?…), celle d’une humanité sacrifiée par les géants du capitalisme pour mener à terme leur fantasme d’un monde parfait ; et donc monstrueux.
Ça, c’est la première lecture. Déjà solide. Mais au second passage, la série lâche d’autres couches, bien plus profondes, qui prouvent que rien ; ni décor, ni choix scénaristiques ; n’est laissé au hasard d'un cabinet d'écriture de scénarios faciles. L’esthétique 50/60 n’est pas un gadget : c’est le moment où l’Amérique a rêvé d’un monde parfait, propre, rationnel, protégé ; mais bâti sur la peur (crise des missiles de Cuba), la paranoïa nucléaire et la croyance aveugle dans la technologie salvatrice. C’est aussi le moment où le capitalisme se met à promettre le bonheur en kit. Fallout pousse juste le curseur à fond : Vault-Tec n’est que la version débridée de nos systèmes soft-totalitaires actuels, ceux où le contrôle social se fait sous couvert de confort, de sécurité et de “solution technologique”. Encore une fiction visionnaire, donc, qui aborde aussi la question rarement posée du transhumanisme.
Petit rappel des forces en présence. La Confrérie de l’Acier incarne un militarisme technophile aussi dogmatique que borné ; la République de Nouvelle-Californie, l’échec démocrate à stabiliser un système ; Vault-Tec, un capitalisme prédateur difficile à ne pas relier aux GAFAM et à un certain Elon Musk… Et pourtant le pire n’est peut-être même pas là : c’est cette société sous Abris, figée dans un contrôle social si parfait qu’il en devient glaçant. Dans Fallout, la menace n’est pas l’extérieur : c’est l’inhumanité soigneusement planifiée par une élite. Et ça pose des questions vertigineuses sur ce qui, au fond, mérite d’être sauvé dans l’humanité.
La série brasse alors plusieurs thèmes : la rédemption individuelle, l’éthique du pouvoir, le futur de l’espèce, sa capacité de résilience… L’univers de Fallout fonctionne presque comme une mythologie nouvelle, où chaque groupe invente son récit fondateur pour donner du sens à son propre naufrage. Et au milieu de ce chaos, la créature la plus repoussante ; la Goule ; est peut-être la seule à encore comprendre le monde et à savoir pourquoi elle continue à avancer.
Fallout a déjà raflé pas mal de récompenses, mais pas encore les plus prestigieuses. La saison 2 pourrait bien remettre les pendules à l’heure.