Pour aimer la saison 1, il ne faut jamais avoir joué aux jeux.
Pour aimer la saison 2, il faut ne pas avoir vu la saison 1.
Parce que la saison 2, c’est la saison 1… mais en mode tapis roulant.
Ça court, ça transpire, ça agite les bras —
mais scénaristiquement, on reste au même point GPS.
Fallout, c’est un décor en or massif : une Amérique réduite en cendres, un gouvernement fascisant et eugéniste, une méga-corporation qui transforme des abris anti-atomiques en laboratoires de sociologie sadique, un Empire romain version esclavage post-nucléaire, des ordres militaro-religieux en armure assistée et des cités-États déglinguées où la loi est un souvenir VHS.
C’est riche, satirique, grotesque, violent, absurde.
Et la série ?
Elle prend cet univers gigantesque et grotesque…
…pour raconter trois intrigues qui tournent en rond comme une tourelle automatique qui a perdu sa cible.
On suit donc :
🟡 Lucy
L’optimiste d’abri.
La morale ambulante.
La preuve vivante qu’une éducation sous terre rend naïf au point de croire qu’un raider a “peut-être juste besoin d’un câlin”.
Son arc narratif :
➡️ “Le monde est horrible”
➡️ “Oh non le monde est horrible”
➡️ “Je continue quand même”
Deux saisons. Même conclusion. Toujours surprise. Incroyable.
🤠 Howard (la goule cow-boy)
Il tire sur tout ce qui bouge, marmonne des vérités cyniques et cherche sa femme et sa fille depuis plus longtemps que la série ne cherche un scénario.
Son rôle :
– faire des punchlines
– rappeler que “le monde est dur”
– suivre Lucy comme un oncle traumatisé dans un road trip existentiel qui n’arrive jamais à destination
Il n’évolue pas.
Il s’use. Comme une vieille cassette qu’on rembobine.
🛡 Maximus
Le soldat qui découvre que son ordre militaro-fanatique… est militaro-fanatique.
Révélation après révélation :
“Attendez… vous êtes violents ?”
“Attendez… vous mentez ?”
“Attendez… vous êtes des fascistes en armure ??”
Oui Maximus.
C’était littéralement écrit sur le casque.
Son arc tient en une phrase répétée pendant 16 épisodes :
“Je suis pas sûr que ce soient les gentils.”
Merci champion.
Le plus fou, c’est que Fallout le jeu, c’est :
des luttes géopolitiques
des factions rivales
des équilibres de pouvoir instables
des choix moraux tordus
des conséquences
La série, elle, fait quoi ?
Elle enlève presque toutes les factions majeures, puis les réintroduit plus tard comme des figurants qui passent dire bonjour avant de repartir hors-champ.
République de Nouvelle Californie ?
La Légion ?
New Vegas ?
L’Enclave ?
Ils apparaissent comme des DLC narratifs jamais installés.
On aurait pu avoir Game of Thrones avec des radiations.
On a Le Seigneur des Anneaux, mais sans l’anneau, sans la guerre, et avec trois hobbits qui débattent de leurs émotions dans le désert.
Et à coté de ces voyages en plein désert pour remplir leurs quetes qui n'avancent pas. Il y a le faux mystère permanent: Vault-Tec, le gouvernement, Robert House, les expériences, les complots.
La série empile les mystères comme si la confusion était une profondeur narrative.
Mais un mystère, c’est censé éclairer le monde. Là, ça fait juste : intrigue floue, motivations vagues et révélation molle. À force de vouloir être complexe, la série devient brouillonne. À force de vouloir être profonde, elle devient lente. À force de vouloir être épique, elle devient répétitive.
Fallout devrait être un échiquier géant. Des factions qui avancent. Des territoires qui changent. Des alliances qui explosent. Mais la série refuse de déplacer les pièces importantes.
Elle préfère :
✔ du développement de personnage qui stagne
✔ des voyages qui n’aboutissent pas
✔ des révélations qui ne changent rien
✔ des conflits qui ne redessinent jamais le monde
Résultat :
Deux saisons.
Des milliers de kilomètres parcourus.
Zéro bascule géopolitique majeure.
C’est du post-apo… sans conséquences. Raconter une histoire, ce n’est pas juste promener des personnages dans un univers cool comme des touristes dans un parc à thème radioactif. Et à ce rythme-là, la saison 3 commencera probablement par :
“Lucy cherche toujours son père.”
“Howard cherche toujours sa famille.”
“Maximus se demande encore si les chevaliers en armure sont méchants.”
Spoiler :
oui.
Toujours.