Si vous comptiez voir une série adaptant l’une des plus grande épopée de SF de tous les temps, passez votre chemin.
Il semblerait que pour créer sa série, Apple ait fait appel à des scénaristes qui ont seulement lu le quatrième de couverture de chaque tome de la saga, conserver quelques grands principes et se sont dit ensuite que ça n’était pas la peine d’aller plus loin parce qu’ils avaient sûrement tellement de talent qu’ils pourraient forcément faire mieux qu’Asimov.
Cette série n’a de Fondation que le nom, il pourrait s’agir d’une série de SF portant un tout autre nom sans que ça ne chose grand chose tant la trahison du matériau de base est totale.
On a beaucoup critiqué les anneaux de pouvoir pour leur manque de respect envers les écrits de Tolkien, mais je vous assure que là on est encore un grand au dessus.
Attention je vais spoiler :
La série a pris la décision d’ériger Gaal Dornick, personnage tout à fait secondaire du premier roman, comme protagoniste principal.
Un choix tout bonnement catastrophique pour la bonne et simple raison que la saison 2 nous fait bien comprendre que c’est elle, et Salvor Hardin (un personnage incroyable totalement anéanti et qui passe d’un habile politicien roublard à la fille forte et indépendante de Gaal Dornick), qui feront le lien entre les différentes époques de l’œuvre.
C’est grave parce qu’on constate déjà que ces deux personnages vont en faire disparaître beaucoup d’autres, j’en veux pour preuve que dès l’épisode 2 de la saison 2, on nous introduit l’existence du Mulet (qui n’a absolument aucun rapport avec ce qu’il est dans les romans et apparaît bien plus tard), sa recherche de la Seconde Fondation (qui est normalement un secret absolu mais révélé ici entre la poire et le fromage), et le fait que ce soit Gaal Dornick qui s’opposera à lui dans le futur.
Exit donc les personnages de Bayta Darell, sa relation avec le Mulet, la quête de Star’s End, la découverte de la Seconde Fondation, de sa mission et des particularismes de ses membres.
Exit également les pouvoirs du Mulet, ici présenté comme une boule de haine génocidaire et ultra violente, ce qu’il n’est pas dans les livres puisqu’il parvient à conquérir presque sans combattre en raison de ses capacités.
Je vous ai parlé du futur ? Et bien dans la série c’est normal puisque nos deux héroïnes ont des super pouvoirs ! Gaal est capable de projeter son esprit dans son « moi futur », c’est pratique hein ? Et Salvor peut accéder au passé mais attention à celui d’autres personnes, c’est pratique hein ?
Mais c’est surtout ubuesque et totalement inexistant dans les romans.
Il y a certes des êtres ayant des capacités psychiques dans l’œuvre, mais ils ne « se projettent pas dans l’avenir », leurs capacités ont des limites qui restent cohérentes et abondamment expliqués.
Que dire de l’Empire si ce n’est que c’est aussi une vraie catastrophe, la saison 2 nous introduit l’idée d’un mariage entre l’empereur et la prétendue dirigeante du « Dominion », une entité inexistante des romans puisque l’Empire avant sa chute règne sur la galaxie, avec un bémol pour les spires extérieures.
Il ne peut donc y avoir de pouvoir ou d’entité politique concurrente.
Cette union n’a pas le moindre sens et vient vider de sa substance la seule idée à peu près potable de la série avec l’idée des empereurs génétiques.
Parlons également de Demerzel dont la véritable nature est normalement LE secret ultime que le lecteur n’apprend qu’à la fin de l’œuvre et qui est ici éventé dès la saison 1 sans la moindre conséquence et qui se permet au passage de violer sans vergogne les lois de la robotique d’Asimov (qui sont capitales) auxquelles elle (enfin « il » normalement) est soumise et ne peut déroger puisqu’elles sont ancrées au plus profond de sa programmation.
J’ai lu par ci par là que l’œuvre n’était pas adaptable en l’état en raison de trop nombreux sauts temporels, mais je ne suis pas d’accord.
On est sur un format sériel, qui aurait dû permettre entre chaque saison de faire des changements d’époque, d’introduire habilement de nouveaux personnages.
Là ils inventent l’idée du sommeil cryogénique pour maintenir en vie des protagonistes qui dans les romans jouent un rôle puis disparaissent de l’histoire, et même si Salvor Hardin ne figurait que dans une partie d’un roman, je peux vous dire que le personnage est infiniment plus marquant en quelques chapitres que ce qu’ils en font et en feront à l’écran.
Je pourrai lister inlassablement les trahisons envers les romans, les incohérences, les idées absurdes qui viennent anéantir une œuvre majeure de la SF, tellement grandiose qu’elle reçut le prix Hugo du meilleur récit de SF de tous les temps, excusez du peu !
Mais non ils préfèrent tout jeter à la poubelle, trahir les concepts, trahir les personnages, trahir l’univers, sa cohérence, la temporalité de l’histoire, bref absolument tout à l’exception du titre qui doit être là pour rameuter ceux qui connaissent l’œuvre mais ceux là, sauf s’ils ont une extrême tolérance au massacre ou s’ils sont masochistes, sont comme moi sur le départ.
On en vient justement au public qui ne connaît pas le matériau de base, même pour eux c’est tellement mal écrit, mal rythmé, avec une tonne de personnages qui déboulent de nulle part, des concepts sortis du chapeau sans explication, qu’ils doivent se demander à la fin d’un épisode « bon sang mais qu’est ce que je viens de voir ? ».
Je suis curieux de savoir si le grand public qui regarde la série arrive à suivre et à comprendre ce qui se passe à l’écran, parce que même moi en connaissant les romans sur le bout des doigts, je suis perdu bien souvent (cela dit vu qu’ils ne les respectent pas ça se tient….).
La série n’a pour elle que de beaux visuels, et… c’est tout !
Je crois pouvoir dire que c’est sans doute la pire adaptation que j’ai jamais vu, et pourtant j’en ai vu des adaptations décevantes, mais là on bat des records alors que pourtant elle était terriblement attendue cette série, depuis des années voire des décennies depuis les premières rumeurs.
Vous voulez vivre une grande aventure de SF ? Lisez les romans, ils sont très accessibles, rien à voir avec Dune qui est assez complexe à lire.
Le style est simple, concis, agréable, et je crois n’avoir jamais été autant émerveillé en lisant de la SF, mon genre de prédilection.
Sinon si vous voulez une adaptation assez qualitative d’un autre roman de SF, regardez SILO, toujours chez Apple, ou la série The Expanse.
Mais ne perdez pas votre temps avec Fondation, parce que si je comprends parfaitement le concept d’adaptation pour transposez une œuvre sur un autre medium, je ne comprend pas celui qui consiste à massacrer celle-ci sur tous les points imaginables.
C’est une insulte envers Asimov et tout ce qu’il a pu créer, et je maudis les scénaristes de la série qui dans leur égo surdimensionné se sont dit qu’ils allaient mettre les romans de côté pour écrire ce qui leur passait par la tête. Ils ne doivent plus jamais travailler sur une série ou un film….
Au final des livres la série je conserve que :
- Le concept de la psycho histoire, mais dénaturé
- Le concept de la Fondation, dénaturé
- Les sauts dans le temps, dénaturés
- Les noms de quelques personnages, en trahison avec ce qu’ils sont dans les romans
Et c’est à peu près tout, le reste on aurait pu demander à Chat GPT d’écrire un script sur la base des romans pour une série télévisuelle, je suis persuadé que l’IA aurait fait bien mieux.