Frontera Verde est clairement atypique au sein du catalogue Netflix. Produite en Colombie, la série embrasse totalement la culture de sa zone géographique en racontant une enquête autour de meurtres dans la jungle amazonienne. La jeune femme policière (Juana del Río - envoûtante) se heurte alors aux coutumes des peuples indigènes, leur folklore et traditions, dont des rituels morbides.
Il y a vraiment une ambiance particulière qui s'en dégage. En premier lieu, la mise en scène de la nature sauvage est captivante ; on reconnaît la patte du réalisateur de L'Étreinte du Serpent. La composition des plans, pigmentant le vert végétal d'un rouge tribal, met en exergue la beauté faste et millénaire de la forêt, l'appréhendant comme une entité divine. Et ce n'est pas peu dire puisque l'intrigue surprend en distillant des éléments surnaturels (très présents sur la 2ème moitié), symbolisant la communion spirituelle avec la Nature. Le mysticisme de la forêt est un personnage à part entière, qui se mêle à une trame puisant dans la mythologie mésoaméricaine et oscillant autour de l'Arbre de vie.
Ainsi, le rythme est régulièrement contemplatif et évocateur, agrémenté de musiques traditionnelles et indigènes (chants ritualistes, percussions, flûte). C'est surtout l'environnement sonore de la forêt tropical qui oppresse dans sa cacophonie constante de la vie sauvage invisible qui entoure l'action. La construction bi-temporelle du scénario, alternant entre l'investigation actuelle et les évènements qui y ont mené, rend le suivi un peu confus, mais offre une belle immersion totalement dépaysante. Le finale abrupt n'offre, cependant, pas une conclusion appropriée à tout le développement soigné. On retrouve, au casting, Antonio Bolívar, un des derniers représentants de sa tribu, ainsi que d'autres indigènes de l'Amazonie. Il y a un vrai respect de leur culture, ainsi que des pays frontaliers à travers le scénario et la caméra, et c'est surtout l'image qu'on retient de ces huit épisodes.