Le sommet de la fiction mafieuse... jusqu’à l’overdose de préquels opportunistes

S'il est un monument de la télévision européenne du XXIe siècle qu'il faut ériger au sommet du genre, c'est bien Gomorra. Adaptée du livre-enquête de Roberto Saviano, la série de Stefano Sollima et Claudio Cupellini a réussi le tour de force d'offrir une immersion d'une noirceur absolue dans les entrailles de la Camorra napolitaine, sans jamais tomber dans l'esthétisation ni la complaisance.


La grande réussite de Gomorra réside dans son réalisme quasi-documentaire. La mise en scène, nerveuse et poisseuse, refuse systématiquement le glamour hollywoodien pour coller au plus près du béton des banlieues de Naples. Le scénario, d'une précision chirurgicale, dépeint un engrenage impitoyable où les loyautés se font et se défont au gré d'une stratégie militaire. Mais la vraie force de la série repose sur la complexité de ses figures tragiques : de la chute de la dynastie Savastano à la trajectoire sinueuse du charismatique Ciro Di Marzio, chaque personnage est sculpté avec une profondeur saisissante. Mention spéciale au personnage de Patrizia, chef-d'œuvre d'écriture et d'interprétation, qui s'impose comme l'une des stratèges les plus fascinantes de l'histoire moderne du crime. Portée par un casting impeccable et une réalisation sans faille, la série originale frôle la perfection.


C'est précisément parce que l'œuvre initiale est si monumentale que le récent préquel suscite une telle frustration. En cherchant à exploiter la franchise jusqu'à la corde, cette nouvelle proposition s'avère cruellement en deçà des attentes. Le récit retombe dans les travers d'un recyclage paresseux, sans l'étincelle ni l'audace narrative de son aînée.


Cette dérive soulève une vraie question sur les pratiques actuelles de l'industrie : pourquoi vouloir à tout prix vampiriser des chefs-d'œuvre clos pour répondre à des impératifs de rentabilité ? Une grande série devient aussi mythique par la part d'ombre et de mystère qu'elle laisse derrière elle. En vouloir toujours plus, c'est prendre le risque d'abîmer le souvenir d'une fin magistrale.


En résumé : Gomorra, la série originale, reste une expérience sérielle indispensable, intemporelle et brillante. Le préquel, quant à lui, confirme qu'il est parfois préférable de laisser les chefs-d'œuvre reposer en paix.

QuEstCeQuOnMate
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