Half Man
7.3
Half Man

Série HBO Max (2026)

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HALF MAN une série ou un mélange d’ingrédients qui en font un met délicieux

Par où commencer ? Je dirais par Richard Gadd (j'avoue, j'ai un crush sur lui depuis un moment... loveuse). Dans Half Man, il est TE-RRI-FIANT. Cette mini-série est tellement prenante, car tu as littéralement une relation toxique avec les deux personnages principaux : ils te font peur, tu t'y attaches et tu les trouves vraiment stupides (man).

Cette série aborde parfaitement le sujet de « C'est quoi, la masculinité ? » dans un contexte de fratrie de cœur, avec un parfait mélange de loyauté, de jalousie, d'admiration et surtout de DÉPENDANCE, car monsieur Gadd est trop fort sur le sujet. C'est le mec qui a produit, réalisé, joué et vécu en vrai Mon petit renne... Rien que ça.

Là, il revient avec cette série où l'on pense, au début, que ce ne sont que des ados qui essaient de gérer leurs hormones, qui font leurs premières expériences, leurs premières amourettes, qui découvrent le respect, cherchent à trouver leur place et pensent qu'il faut « être un homme »

Puis la série bascule très rapidement, la dépendance à l'autre et l'image que l'on donne percutent notre réelle personnalité. Au début, ils essaient de se persuader, puis patatras, car oui, ça ne marche pas. La fameuse expression « Les masques finissent toujours par tomber » n'est pas si nulle.

Tout au long de la série, il va y avoir une sorte de relation bourreau-victime entre les personnages principaux, mais aussi avec les personnages secondaires. Comme si l'on ne pouvait pas faire de petits compromis : c'est soit « tu me donnes tout », soit « je te détruis ». Et même si tu me donnes tout, je te détruirai quand même. Donc tu choisis l'agneau ou le loup ? Ou l'on peut dire le loup-garou - Half Man, d'ailleurs.

Les comparer aux loups serait faux. En effet, il existe des loups solitaires, oui, mais là, on parle d'hommes qui veulent le monopole. Or, les loups en meute n'ont pas vraiment de loup dominant.

Par contre, chez le gorille, il existe bien un mâle dominant appelé le « dos argenté », le silverback. Il dirige, protège le groupe et maintient sa cohésion et en plus, il s'accouple avec LES femelleS. Si l'on rajoute à ça la nature humaine, aussi crasse soit-elle dans la série, on obtient alors un Half Man (on descend des singes, non ?). Un autre mâle peut être à ses côtés : on l'appelle le subordonné.

Half Man, c'est une bataille pour savoir qui sera le silverback et qui sera le subordonné. Même si les deux se disputent cette bataille argentée, il y en a un qui sort du lot : une montagne de muscles, un regard perçant, un sens aigu de l'aventure, mais également de la manipulation. Non, je ne parle pas d'un gorille, mais bien de Ruben (Richar Gadd-Stuart Campbell). Niall (Jamie Bell-Mitchell Robertson), lui, est certes intelligent et méthodique, mais il n'arrive pas à prendre le dessus.

Mini-spoil ----- La scène qui démontre le mieux ce point dans leur relation est celle où Niall, rempli de jalousie et d'envie, vole un morceau de la voiture de Ruben. Il va sur son territoire, le vole, et s'ensuit une course-poursuite s’en suit. Quand Niall pense s'en être sorti, que voit-on ? Perché en hauteur, torse nu, sur un fond de verdure : Ruben, LE silverback.

Gros spoil---- Le fait que la scène finale se passe lors d'un mariage est très intéressant. Cette cérémonie devrait être une sorte d'aboutissement, de réflexion, d'amour, de choix et de stabilité : ne plus penser en solo, mais à deux ; se lier à un autre être et accepter cette perte de contrôle, du moins sur ses émotions.

Et là, bim : la série s'arrête. Car non, une vie bien rangée, ça n'existe pas pour eux. Ils ont été trop bousillés sans que personne ne les aide.

On remarque également que la séparation est plus que totale entre les deux. Niall retrouve sa peur d'antan, car le loup est dans la bergerie - ou du moins, le gorille est dans la jungle. Quant à Ruben, nous savons qu'il va exploser. Où ? Quand ? Comment ? On ne le sait pas. La seule chose que l'on sait, c'est que ça va être violent.

La séparation entre eux se voit bien lorsque Niall va au parloir pour voir Ruben. Une vitre les sépare, mais cette vitre montre la fin. On comprend que cette scène va être déterminante : Niall est du côté de la liberté ; Ruben n'a plus sa seule arme, qui est la violence physique. Les deux ne sont plus du tout dans leur zone de confort. Niall n'est plus contrôlé il ne sait pas gérer la liberté et on enlève, à Ruben la possession de son corps ile ne sait pas gérer.

On sait qu'une fracture va arriver, car les deux ne savent pas gérer leurs émotions et on leur enlève la seule chose qu'ils savent gérer. Et ça arrive, au cours d'une discussion où ils se remémorent leurs souvenirs d'antan et s'avouent toutes leurs petites et grosses bêtises en rigolant.

On se rend compte qu'en fait, ils ne se sont fait que des crasses. Cette petite discussion légère se transforme en aveux, car oui, les deux ne font rien comme tout le monde. Même un bon moment devient glauque : les rires de joie se révèlent être des rires nerveux. Là, une bombe tombe et la boum !

La vitre devient alors un fossé, un creux si grand qu'ils en deviennent deux montagnes qui ne vont plus jamais se croiser. Du moins, sur le plan des émotions. Ils remarquent enfin qu'ils ne se sont jamais compris et qu'ils ne sont pas les mêmes. Ils ne sont plus frères de cœur : ils sont ennemis de cœur et de corps.

Cette série raconte aussi un dysfonctionnement plus que total : l'inceste. Elle montre comment des enfants évoluent avec ce bagage et comment la phrase « Sois un homme » peut détruire physiquement et psychologiquement l'être le plus innocent qui soit.

Pourtant, ce petit enfant, qui n'avait rien demandé et à qui l'on a enlevé toute décision et toute possession de son corps et de son esprit, devient par la suite le pire des connards. Du coup, on est là : « Ouais, mais c'est grave. - Ouais, mais bon, t'as vu dans quelle ambiance il a grandi ? - Ouais, mais chaud quand même. - Ouais, mais... ARRGH, le système ! »

Je ne manque jamais une occasion de critiquer le capitalisme et cette série s'ajoute à mon argumentaire. Elle met tellement bien en images la problématique du « être un homme, un vrai, un bonhomme », « ouh ouh ouh, homme Cro-Magnon, moi pas pleurer, moi fort ».

Cette fausse force qui, au final, ne relève que de la faiblesse : de la peur des autres, de soi, de cette fausse assurance qui ne cache qu'une mauvaise gestion des émotions et une telle colère envers soi qu'on en vient à faire du mal à tout ce qui nous entoure. Car on ne nous a jamais protégés ni aimés, mais utilisés et souillés.

DONC OUI, le fait de vivre dans ce climat te transforme en une moitié d'être, mi-animal, mi-humain. Alors oui, je pourrais reprendre toute ma tirade sur le gorille, mais un animal, ça protège, ça équilibre. Dans cette série, ça n'existe pas. Rajoutez à ça la nature humaine ignoble, les traumatismes, les règles... et on se retrouve avec un être mi-enfant, mi-cocotte-minute.

Car une cocotte, ça contient la vapeur (=l'eau du corps) pour que ce qui se trouve à l'intérieur cuise plus vite (=les émotions, nos agissements... ) Puis, passé un certain seuil, ça explose. Ça ne s'évapore pas. Ça ne s'échappe pas petit à petit : ça explose.

ET c'est ce qui se passe dans Half Man. Les personnages explosent dans tous les sens, sans sang-froid, sans contrôle. Eux qui cherchent perpétuellement à l'avoir sur les autres, on se rend compte qu'ils n'en ont finalement aucun sur eux-mêmes.

Vous ajoutez à ça un très bon jeu d'acteurs, une belle écriture et une belle réalisation. Sans que vous voyiez le temps passer, soudain, tout s'accélère et ding, ding : le bouchon saute, la vapeur s'échappe, le plat est prêt et vous obtenez la série HALF MAN.

Bon appétit !


Je n’ai pas tout abordé, bien sûr il y a la thématique de l’homosexualité qui est également très intéressante et le fait que chacun des deux souhaite ce que l’autre a et la relation ambiguë entre les deux. Amour, fratrie, appartenance, partage ?


Marellee
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à sa liste Les meilleures séries de 2026

Créée

le 14 août 2026

Critique lue 3 fois

Marellee

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