Avant de commencer, une petite mise au point s’impose, parce qu’apparemment il faut encore l’expliquer : un zombie et un infecté, ce n’est pas la même chose. Un zombie est un mort qui revient à la vie. Il est mort. Son organisme ne fonctionne plus normalement et, selon l’univers concerné, il revient sous une forme réanimée avec généralement une envie assez limitée : bouffer les vivants. Un infecté, lui, est vivant. Il a été contaminé par un agent pathogène qui modifie son comportement ou ses capacités. Il peut être agressif, perdre le contrôle, avoir des symptômes particuliers, mais il n’est pas mort et ne ressuscite pas après sa mort. Et c’est précisément le cas dans Happiness. Les personnes contaminées par le virus sont des infectés, pas des zombies. Elles restent biologiquement vivantes, peuvent retrouver temporairement un comportement normal et leur état est lié à l’évolution de l’infection. Donc non, dès qu’un type court après quelqu’un en montrant les dents, ce n’est pas automatiquement un zombie. Voilà. Maintenant qu’on a réglé ce petit problème de vocabulaire, on peut à présent rentrer dans le vif du sujet.
Happiness est une série vraiment atypique dans le monde du K-drama : en effet, diffuser ce genre-là en pleine pandémie de Covid-19 en 2021, il fallait oser et en avoir dans le pantalon. On aurait pu la garder au placard et la diffuser quelques années plus tard, mais non. À se demander qui étaient les plus schizophrènes entre les producteurs, le diffuseur ou les spectateurs. Sincèrement, il y avait un potentiel énorme dans ce huis clos, opposant différentes classes sociales. L’idée du microcosme social est bonne sur le papier. Malheureusement, elle restera lettre morte parce que le scénariste et le réalisateur sont deux tanches. Tout est à jeter ou presque à la benne, sauf quelques moments comiques involontaires. Oui, parce que c’est tellement con qu’à un moment, on va en rire. Cette série surfe sur le fantastique ? Non. Sur un thriller ? Une vaste fumisterie. Alors un drame ? Tout à fait Thierry, c’est vraiment dramatique, non, pathétique en fait : rien que le titre qui est un non sens.
Dans un futur proche, quelques années après la pandémie de Covid-19, Yoon Sae-Bom(Han Hyo-Joo), membre d’une unité d’élite de la police, emménage dans un nouvel immeuble résidentiel en formant un faux couple marié avec son ami de lycée Jung Yi-Hyun(Park Hyung-Sik). Celui-ci, lieutenant de police à la criminelle, est son ami fidèle et dévoué depuis 12 ans. Plus tôt, ils avaient été confrontés à des personnes contaminées par un mystérieux virus, qui les métamorphose momentanément en monstres assoiffés de sang avant qu’elles ne retrouvent temporairement un état normal. Le point de départ est un médicament frauduleux distribué comme une drogue. Rapidement, l’immeuble de 15 étages, qui ne compte encore que peu de résidents, est placé en quarantaine, puis toute la résidence. La crise sanitaire est gérée par le lieutenant-colonel Han Tae-Seok(Jo Woo-Jin), qui appartient au commandement des services de santé. Plusieurs classes sociales habitent dans cet immeuble : des propriétaires et des locataires de logements sociaux. Des divergences vont apparaître et les conflits se multiplier quand le nombre d’infectés et de morts va augmenter. Cela montrera au grand jour le vrai visage de tous ces protagonistes qui sont souvent des êtres vils et fourbes.
Les points névralgiques du drama reposent sur un nombre incalculable d'incohérences et de stupidités qui dépassent l'entendement. Le concept, pourtant prometteur, est complètement saboté par son exécution. Le problème est que la série semble constamment avoir une bonne idée qu'elle ne sait pas quoi en faire. Elle pose une question, commence à l'explorer, puis abandonne dès qu'elle devient réellement intéressante. Elle introduit un conflit, puis fait agir les personnages de manière tellement artificielle que le conflit perd toute crédibilité. Elle veut nous montrer la noirceur de l'être humain, mais écrit régulièrement des personnages dont les réactions sont tellement absurdes qu'ils deviennent eux-mêmes comiques. Ainsi, les personnages prennent des décisions interchangeables et négociables : leur comportement n'est pas logique, si bien qu'on en vient à se demander si on n'est pas chez les fous. Le principe du huis clos aurait dû être le cœur de Happiness. Mais pour que cela fonctionne, il faut que les habitants aient peur, qu'on ressente réellement la menace sur eux. Or ici, la menace est dictée selon les impératifs du scénario, ce qui rend la plupart des situations fictives, ubuesques et fantaisistes. Et le manque de population achève le peu de sincérité, surtout qu'elle est stéréotypée et manichéenne : on est censé observer la complexité du comportement humain, mais c'est raté.
La question du pouvoir est aussi intéressante mais la série ne fait que l'effleurer : que peut-on se permettre de faire lorsque l'on possède suffisamment de pouvoir pour décider qui doit être protégé, qui doit être sacrifié et jusqu'où on peut aller au nom de la survie collective ? Tae-Seok aurait alors pu devenir un personnage réellement fascinant. Au lieu de cela, on passe une grande partie de la série à essayer de comprendre qui lui donne réellement le droit de faire ce qu'il fait. Parce que Tae-Seok n'est pas simplement un militaire qui agit dans une situation d'urgence. C'est un pragmatique qui semble disposer de compétences, d'informations et d'une autorité qui dépassent largement ce que son grade permet de comprendre. Et surtout, le reste de la hiérarchie militaire semble avoir été placé en congé sans solde pendant onze épisodes. Le dernier épisode, tel une tornade, viendra tout balayer en quelques minutes. Enfin, cette espèce de consortium composé de notables est là juste parce que le scénario a besoin de sa présence. Il y avait aussi une potentielle réflexion philosophique à développer avec cette série. Derrière l'infection, il y avait une question autrement plus intéressante : jusqu'où peut-on aller au nom d'un objectif présenté comme supérieur ? Mais la série avance constamment vers cette question pour ensuite faire marche arrière. Elle aurait pu laisser le spectateur décider, mais préfère finalement lui expliquer ce qu'il doit retenir.
Ce qui est dommage aussi, c'est qu'on dispose d'un bon casting sous la main, mais il en est réduit à déblatérer un tas de conneries, ce qui a le don d'agacer rapidement. On a envie de fumer 80 % des habitants de l'immeuble, pas pour ce qu'ils sont, mais pour ce qu'ils représentent. La mise en scène est à la ramasse et la réalisation d'ensemble est une vraie catastrophe. Il n'y a absolument aucun rythme et pourtant le format est bon. Mais la moitié des épisodes ne sont pas exploités et ne sont que de simples remplissages sans intérêt. Les quelques rares scènes d'action ne peuvent sauver le drama du naufrage. C'est beaucoup trop caricatural et l'écriture est digne d'une classe de SEGPA. Paradoxalement, le dernier épisode est pour moi l'un des meilleurs, sans doute réalisé et monté à la va-vite, ce qui vient démontrer l'amateurisme structurel de l'ensemble. La meilleure punchline est balancée par Yi-Hyun à une résidente et résume ce qu'aurait dû être le vecteur de la série : « Les vrais monstres ne sont pas les contaminés, mais vous. » C'est même probablement l'une des idées centrales que la série voulait développer depuis le départ : la contamination n'empêche pas l'humanité de certains, et l'absence de contamination ne garantit absolument pas leur humanité. Et pourquoi nous coller une romance débile qui ne sert à rien à la fin ? C'est complètement contre-productif et hors sujet.
Au final, Happiness est surtout une énorme occasion manquée. Ce n’est même pas le fait que la série soit mauvaise qui est le plus regrettable, c’est de voir à quel point elle aurait pu être bonne avec un minimum de rigueur dans l’écriture. Le danger est là, mais il est tellement mal exposé qu’on ne ressent rien. Pire, c’est rapidement chiant. C’est une juxtaposition de scènes qui sont collées les unes aux autres, sans saveur, avec un ton monocorde qui fait qu’on ne s’attache à personne dans le récit. Le huis clos, le contexte épidémique, les rapports de classe, la question du pouvoir et cette idée intéressante de monstres qui ne sont pas forcément ceux que l’on croit : tout était réuni. Mais à force de décisions absurdes, de personnages qui semblent parfois écrire eux-mêmes le scénario tellement leurs réactions sont improbables et de situations qui ne tiennent debout que parce que le scénariste en a décidé ainsi, le drama finit par devenir une expérience assez particulière : on ne se demande plus ce qui va arriver, mais quelle sera la prochaine connerie. Et c’est finalement presque dommage d’avoir autant ri devant une série qui ne cherchait absolument pas à être drôle… Enfin, je crois ?! Et cette fin expédiée à vitesse grand V résume la détresse narrative. Quant au titre… Happiness ? Alors il est dans le pré plus qu’ici, c’est une certitude !
Main Theme : Joe Layne - What Lies Ahead
Additionnel OST : Isaac Hong - Pain