Saison 1
Sally Wainwright, la show-runneuse, a cette réputation de transformer un territoire en personnage, et un personnage en champ de bataille dévasté. Happy Valley, saison 1, c’est son laboratoire : un Yorkshire (la région, pas le chien) cabossé, des vies qui boîteuses, et une dramaturgie implacable.
Tous les personnages portent une croix, mais Wainwright ne dit jamais laquelle trop vite. La maladie qui ronge, l'enfant perdu, le trafic minable, la pauvreté qui colle aux doigts. Et l'alcool qui aide à supporter ça, croit-on. Chacun avance avec son fardeau, parfois visible, souvent enfoui. Même la vallée porte son poids : elle s’appelle « Happy », mais tout semble lutter contre la promesse du nom. Ce territoire n’a pas été épargné par la crise, et il se venge sur les êtres humains.
L’image suit : gris, triste, sale, miteux. La lumière a renoncé. On a l’impression que le soir apaise un peu les choses : la lumière, fut-elle artificielle, revient. Et dans ce crépuscule, la famille, parfois, devient refuge : un salon modeste, un enfant qui boude pour ne pas manger, un peu de tendresse, d'affection. Rien de spectaculaire, mais l'humanité n'est pas complètement vaincue.
La vallée, surtout, fonctionne comme un huis clos. On n’y entre pas, on n’en sort pas. Les routes tournent en rond, les destins aussi. Il va falloir se débrouiller seul, ou presque. Et ce sont les plus solides, les plus solidaires, ceux qui savent encore tendre la main, souvent les femmes, quand même, qui parviennent à respirer dans cet étau.
On peut croire à un énième polar social. Ça l’est. Mais Wainwright y glisse assez de rebondissements, de documentation de la misère ordinaire, et de moments de grâce arrachés au quotidien pour happer complètement (tu l'as ?). Happy Valley raconte la violence, oui, mais surtout la capacité des gens simples à tenir ensemble, malgré la vallée, malgré tout.