Adapté de la série galloise Keeping Faith (Sous la surface), Hide est un thriller psychologique qui n'en a malheureusement que le nom. À cause d'un scénario alambiqué et d'une atmosphère quasi inexistante, le récit va se saborder dès la fin du 2e épisode. J'ai même failli arrêter à mi-parcours. Je me suis encore fait avoir comme un bleu à cause de ces notes dithyrambiques. À se demander si on a regardé la même série. On va rester sérieux : c'est l'un des plus mauvais thrillers que j'ai vus en K-dramas, et j'en ai vu beaucoup. Comme il me plaît de le rappeler, je peux laisser couler dans une rom-com ou une comédie si l'ensemble des stupidités présentes à l'écran est inférieur à l'intérêt du scénario ou de l'interprétation. Mais dans un polar ou un thriller, tel un chien renifleur de type K9, je ne laisse rien passer, ou presque. Ici, seul le postulat de départ est intéressant, mais il va vite montrer ses limites : entre incohérences du scénario et agissements incompréhensibles des personnages, Hide va rapidement devenir ennuyeux. Il a été survendu à l'époque, et les audiences de Coupang Play ont été cumulées avec celles de JTBC, les épisodes étant diffusés simultanément sur les deux supports. Ma critique comportera quelques spoilers, mais à vrai dire… On s'en tape vu qu'on voit venir le principal à des kilomètres !
Na Moon-Young(Lee Bo-Young) et Cha Seong-Jae(Lee Mu-Saeng) se connaissent depuis l'adolescence. Mais à cause d'un drame qui a profondément touché Moon-Young, ils vont être liés pour la vie. Mariés depuis des années, leur vie professionnelle tourne autour de leur cabinet d'avocats et de leur petite fille, Bom. Ancienne procureure, Moon-Young est compétente dans son travail, tout en étant une épouse et une mère exemplaire. Son beau-père est un ancien avocat qui aspire à devenir maire de la petite ville où ils résident. Mais un jour, Seong-Jae disparaît sans laisser de traces. Elle se lance à sa recherche avec pugnacité, sans succès, et fait la connaissance d'un jeune homme mystérieux, Do Jin-Woo(Lee Min-Jae), qui semble être lié à cette disparition. La voisine directe de Moon-Young, une certaine Ha Yeon-Ju(Lee Chung-Ah), est une femme qui travaille pour le groupe Geumshin, spécialisé dans l'immobilier, la promotion foncière et le développement urbain. Quelques jours plus tard, le choc : un corps qui semble être celui de Seong-Jae est retrouvé carbonisé dans une voiture au fond d'un précipice. La vie de Moon-Young et celle de sa famille volent en éclats… sauf que, dès la fin du 2e épisode, on apprend que Seong-Jae a falsifié sa mort en prenant l'identité d'un autre. L'histoire peut commencer.
Ça partait pourtant bien. Les deux premiers épisodes installent correctement ce mystère, avec notamment le décalage intéressant entre ce que sait le spectateur et ce que croit Moon-Young. Mais très vite, le scénario s'enlise dans un faux slow burn particulièrement laborieux : la série confond mystère et rétention d'informations, multiplie les ellipses et laisse tellement de trous que le spectateur doit lui-même reconstituer les motivations et les enchaînements. Les relations entre les personnages ne sont jamais expliquées, ou alors sommairement. Les véritables réponses ne sont jamais données et on préfère nous laisser combler les blancs. Le plus gênant est que cette accumulation de zones d'ombre ne débouche même pas sur un grand mystère particulièrement sophistiqué. À partir du 9e épisode, on fait tapis en nous balançant tout comme ça : tout finit par s'emboîter, mais beaucoup trop tard. On comprend alors que l'essentiel de cette intrigue aurait pu être exposé plusieurs épisodes auparavant. C'est d'autant plus flagrant que, vers la fin, les personnages retrouvent soudainement toute la logique et la lucidité qui leur faisaient défaut jusque-là. Moon-Young, censée être une ancienne procureure particulièrement retorse, passe une grande partie du drama à subir les événements, à prendre des décisions incohérentes, à dissimuler des preuves et à couvrir des actes graves, avant de retrouver miraculeusement ses réflexes professionnels quand le scénario doit enfin avancer.
Le problème fondamental de Hide reste cependant celui d'un thriller qui n'en a que le nom : on ne doute jamais vraiment de la bonne manière à adopter selon les situations. Tout est prévisible, ou bien on ne comprend plus rien, parce qu'il n'y a aucune colonne vertébrale dans cette histoire qui a, par moments, des relents de makjang. On montre trop souvent les réponses au lieu de construire une véritable ambiguïté, puis on compense en ajoutant de nouveaux secrets. Les énigmes ne font donc pas progresser le puzzle, elles déplacent constamment les pièces. Et lorsque tout commence enfin à converger, les rebondissements deviennent tellement nombreux qu'ils perdent leur effet de surprise. Le spectateur passe de " je ne comprends pas ce qui se passe " à " je comprends, mais pourquoi avez-vous attendu aussi longtemps pour me le dire ? ". On s'attarde souvent sur des éléments inutiles et on utilise les personnages au gré des besoins du scénario. Autre souci : l'atmosphère censée être pesante, mystérieuse ou anxiogène, pourquoi pas, est inexistante. C'est embêtant pour un thriller. Cerise sur le gâteau, on dirait que, telle une Madone, Moon-Young semble être protégée par l'esprit divin : combien de fois aurait-elle dû être tuée par l'un ou l'autre des antagonistes ou leurs sbires ? Mais non, tel Moïse, elle écarte les menaces avec ses bras. On se demande ce qui les retient : leur stupidité sur l'instant T, imposée par le scénario, sans doute.
Le plus marquant, finalement, c'est que, pour un drama court, plus d'un tiers des épisodes ne servent à rien. C'est tellement décousu que ça en devient soporifique. Hide est surtout un cas d'école de mauvaise gestion de l'information et de causalité narrative. Il y avait suffisamment de matière pour un thriller efficace, mais probablement pas sous cette forme, parce que l'idée de départ est très mal sculptée : le matériau est bon, mais le résultat de l'œuvre finale est raté dans l'ensemble. En expliquant progressivement les motivations, en supprimant les fausses pistes et en laissant réellement le spectateur douter, on aurait pu obtenir quelque chose de beaucoup plus tendu. La mise en scène, digne d'un peintre (si quelqu'un a revu Kim Dong-Hwi depuis, merci d'appeler le poste de police le plus proche), l'absence totale de tonalité et, pire, de musique au début, laissent à penser que ce drama a été réalisé à la va-vite, sans ambitions particulières. Et paradoxalement, ce qui est frustrant en plus, c'est qu'on dispose de comédiens talentueux sous la main, notamment Lee Moo-Saeng dans ce rôle de mari ignoble, une raclure de bidet comme on en fait plus, et Lee Chung-Ah dans le rôle de cette femme revancharde et manipulatrice. Lee Min-Jae est utilisé au gré du vent, utile au début du drama, totalement useless vers la fin. Quant à Lee Bo-Young, je l'ai trouvée très moyenne : à part dans Agency et Mother, elle ne m'a jamais vraiment convaincu dans ses prestations.
Pour conclure, je dirais que Hide est une grosse déception. Ne perdez pas de temps avec cette histoire rocambolesque, dans laquelle on vous demande constamment de laisser la logique, le bon sens et votre intelligence au vestiaire. Beaucoup d'esbroufe et de gesticulations pour rien. Non seulement le scénario est mal foutu, mais je ne me suis jamais senti invité ni concerné. Pire, je n'ai jamais eu aucune empathie envers aucun personnage, sauf peut-être Do Jin-Woo. Na Moon-Young est une héroïne lâche, à côté de ses pompes et, pire, irresponsable, à se demander si elle pense vraiment à sa gosse ! Cette femme n'a des principes que quand ça l'arrange et la conclusion de cette série, en plus d'être banale, la fait s'en tirer presque avec les honneurs : quelle bonne blague. On nous a vendu un thriller, mais entre l'absence totale de tension, une atmosphère inexistante, les incohérences à répétition et cette façon de nous cacher des informations pendant des épisodes avant de tout balancer en cascade, on est surtout face à un scénario qui ne sait jamais vraiment quoi faire de ses propres idées. Je voulais mettre la moyenne pour le boulot des comédiens, mais on va arrêter de mettre des bons points par pitié pour justifier l'injustifiable. On n'est ni à The Voice Kids, ni à L'École des fans (référence de vieux). Je troque ma robe d'avocat de la défense pour celle de procureur et je donne une sanction méritée pour ce drama.
Main Theme : GYUNA - LAVA
Additionnel OST : LunarTrain -On My Way