• SAISON 3 (7/10)

[Critique du 8 septembre 2026]


En suspens d’un finale de saison 2 avorté pour raison budgétaire, le retour d’House of the Dragon promettait de récompenser cette attente en offrant les scènes de bataille les plus épiques de l’univers de George R. R. Martin. À la fois dans les airs et sur terre, les dragons s’imposent dans des séquences renversantes, parmi les plus belles que l’on ait pu voir, tous écrans confondus. L’affrontement maritime en ouverture de saison offre ainsi un spectacle intense, à la logistique dantesque. Pour autant, la mise en scène semble parfois manquer de grandeur, de son brutalisme initial qui aurait pu rendre des sections majeures, comme le siège de Tumbleton, incontournables. Si le spectacle reste de mise, en grande partie grâce aux décors naturels et une réalisation qui maintient un ton dramatique, avec des compositions de plans cendrées, on a un peu plus le sentiment d’assister à la complétion d’un cahier des charges. Ramin Djawadi s’est aligné à cette austérité en abandonnant ses thèmes usuels pour une musique plus sinistre, tirant sur les textures dronesques bourdonnantes et poisseuses, et souvent en retrait.


En dépit du plaisir de retrouver Emma d’Arcy ou Matt Smith en pleine conquête de Westeros, le scénario boitille pas mal sur les manigances et stratagèmes contre les Targaryens. Chacun des camps s’illustre avec de glorieuses réussites, et on en vient à les soutenir à tour de rôle selon le contexte et les épreuves subies. Toutefois, l’intrigue stagne un long moment à King's Landing, sans trop d’éclat, et renvoie alors aux débuts plus précaires de Game of Thrones. On supporte Rhaenyra qui titube face à la charge de la régence et dévoile une personnalité hésitante difficile à suivre, au point d’en être insupportable à l’épisode 3. Il y a vraiment un ventre mou redondant, sur 5-6 épisodes, qui s’apparente davantage à The Crown. Si l’on pouvait être indulgent avec le rythme plus bavard de la saison précédente, force est de constater que l’échiquier peine ici à captiver, en dehors des prouesses visuels, et que l’on ressent l’étirement du matériau d’origine. Heureusement, la conclusion viendra assurément avec les prochains épisodes ; dommage que la série ne se soit pas contentée d’une adaptation plus concise et efficace.


• SAISON 2 (8.5/10)

[Critique du 23 août 2024]

Pour un préquel annoncé sur deux saison et désormais prévu sur quatre, on ne peut qu'émettre des réserves sur l'étalage de l'intrigue reculant toujours plus l'apothéose conflictuelle. Néanmoins, on aurait tort de bouder cette deuxième saison tant elle continue de proposer une écriture fine et un contenu soigné. Dans la lignée des 10 premiers épisodes, elle offre des compositions scéniques haut-de-gamme, enrichies de décors naturels et architectures royales au sein d'un cadre ample très cinématographique. La minutie des costumes et beauté des scènes ajoutent également à cette impression de grandeur, et d'austérité. Il se dégage effectivement une froideur dramatique, à la fois de par la direction de l'histoire, mais aussi dans cette identité visuelle qui se démarque subtilement de Game of Thrones par davantage d'élégance et réflexions classieuses. Les scènes picturales côtoient la démesure évocatrice des décors et confèrent à chaque épisode une ambiance épique soulignée par un superbe mariage de percussions et voix liturgiques chorales, tendant à la ré-imagination élégiaque des thèmes majeurs de Djawadi.

On peut également louer le travail opératique derrière la caméra, optant pour des placements propices à transmettre toute l'intensité recherchée par les plans. Le spectateur est littéralement propulsé dans cet environnement du fait d'une mise en scène immersive, que l'on soit à dos de dragon ou sous son poitrail, dans les couloirs des châteaux, parmi le petit peuple jonchant les rues, ou que l'on découvre un campement de soldats derrière des arbres déchus. Pour ce qui est des batailles armées, afin de pallier à une certaine redondance devant leur multiplication, cette saison propose plutôt de poser un œil sur leurs conséquences tragiques, à l'instar de ces villages incinérés ou de l'utilisation stratégique de la forêt. Côté effets spéciaux, le rendu des créatures ailées est sensationnel, et bluffe à plus d'une occasion, notamment lors des combats aériens dignes d'un blockbuster sur grand écran.

L'acting aide également à consolider l'extrême rigueur et dramaturgie demandées par l'incarnation des figures imaginées par George R. R. Martin. On remarque qu'il y a une attention particulière portée aux regards très expressifs de tous ces personnages charismatiques. Ce sont essentiellement Emma D'Arcy en une Rhaenyra impériale, Matt Smith au parcours psychologique engageant, Ewan Mitchell et son allure de Sephiroth croisé avec Albator, Tom Glynn-Carney en un roi Aegon II pas si éloigné que ça de Joffrey Baratheon, Fabien Frankel qui révèle une loyauté à toute épreuve, ou l'émérite Rhys Ifans laissant ses cadets briller, qui marquent le plus par leurs prestations puissantes. Il n'en faut pas moins pour équilibrer cet échiquier géant pour la régence, où l'importance des dragons est bien appuyée dans la redistribution perpétuelle des cartes. L'écriture des différents personnages et de leurs desseins rend le récit grisant à suivre grâce à la brillance du jeu d'acteur et à la haute qualité de production, au-dessus de la majorité des séries, même celles avec des budgets supérieurs. L'absence de séquence guerrière maîtresse n'est donc qu'un maigre regret tant on se délecte de voir nourri ce brasier prêt à consumer Westeros.



• SAISON 1 (8.5/10)

[Critique du 09 novembre 2022]

Comme beaucoup de spectateurs, je faisais partie de ceux qui ne trouvaient pas forcément ce prequel nécessaire, mais qui ont fini par être comblés par la qualité supérieure de cette première saison. En dépit d'une production bien plus haut-de-gamme, l'identité de Game Of Thrones est totalement respectée, notamment en accordant une place prépondérante aux quêtes de pouvoir au sein de la Maison Targaryen. C'est une valse d'hypocrisie, de mensonges et de manipulations, où les réunions de famille créent une tension oppressante, voire claustrophobe puisqu'ils sont tous sous le même toit. C'est une belle partie d'échec pour la succession au trône, sans grande bataille, mais une multitude d’alliances insidieuses et stratégiques. Ce jeu de pouvoir est grisant, même si on constate quelques reprises de points qui avaient fonctionné dans la série mère.

La série nous met dans une situation délicate en faisant l'apologie de personnages que l'on sait moralement reprochables. Cette ambivalence des figures targaryennes donne lieu à des interprétations qui, en quelques épisodes, rivalisent avec les meilleures de Game Of Thrones. Le charisme présent au sein du casting est fou, notamment Matt Smith, Milly Alcock, Rhys Ifans et, surtout, la performance poignante de Paddy Considine. D'ailleurs, à l'image de ce dernier, les producteurs auraient pu éviter le changement des deux actrices principales à mi-saison avec un peu de maquillage et de suspension d'incrédulité. C'est un petit reproche qui va de paire avec les saut temporels bien mal indiqués ; ce qui ne fait qu'ajouter volontairement de la confusion au visionnage.

On sent qu'il y a une certaine prestance à laquelle faire hommage, une stature de production à l'esthétique classieuse et la mise en scène travaillée. En dépit de quelques plans numériques grossiers, tantôt sur les dragons, les décors, ou la foule, House Of The Dragon est un régal visuel. La seconde moitié propose un rythme plus contemplatif qui fait briller la réalisation. Par ailleurs, Ramin Djawadi répond de nouveau présent avec une bande-son pleine de grâce qui s'élève régulière au-dessus de ses œuvres précédentes. On y retrouve la fibre épique de Game Of Thrones, mais aussi des mouvements qui rappellent Westworld (les progressions de cordes pianotées) ; le tout empreint d'une certaine solennité. De quoi concrétiser la série la plus aboutie et soignée de l'année. J'espère que ce spin-off ne s'étendra pas plus qu'il ne faut, car on sent déjà quelques étirements superflus. Deux ou trois saisons semblent un bon compromis pour un préquel retraçant les évènements majeurs de la chute des Targaryens.

AntoineRA
8
Écrit par

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Créée

le 9 nov. 2022

Modifiée

il y a 3 jours

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