J'avais entendu beaucoup de bien de "El Inocente", du coup j'achève le visionnage avec une certaine déception, même si cette nouvelle adaptation d'un roman d'Harlan Coben reste un divertissement efficace.
Il s'agit de la première création télévisuelle du réalisateur Oriol Paulo, le nouveau prodige espagnol, devenu en quelques années le spécialiste du thriller à rebondissements.
On ne sera donc pas surpris de voir Paulo s'intéresser à l'univers d'Harlan Coben, lui-même réputé pour ses polars riches en twists - "Innocent" faisant d'ailleurs partie de ses meilleurs romans.
Le problème, c'est que j'ai retrouvé (fort logiquement) dans l'adaptation de Paulo les caractéristiques qui m'ont fait arrêter de lire Coben : ce genre d'intrigues hyper alambiquées multipliant les hasards et les coïncidences, dans laquelle chaque élément vient s'imbriquer au millimètre dans la trame générale - dont je raffolais étant plus jeune - ont fini par me fatiguer.
Lorsqu'on multiplie ainsi les retournements de situation, le procédé devient contre-productif puisqu'on les anticipe, en finissant par s'attendre à tout et à ne plus être surpris de rien.
De plus, "El Inocente" comprend de très nombreux personnages, et plusieurs arcs narratifs fort éloignés au départ (qui finiront bien sûr par se rejoindre), de sorte que les 3-4 premiers épisodes s'apparentent à une très longue présentation, dans laquelle le spectateur est noyé d'informations, ramant pour tenter d'assimiler les tenants et aboutissants du récit.
Et je dis ça en ayant lu le bouquin de Coben - il y a au moins dix ans, cela dit.
Il faut dire, et c'est tout à son honneur, qu'Oriol Paulo a effectué un gros travail d'adaptation, choisissant d'ancrer l'intrigue originale dans l'Espagne contemporaine, de sorte qu'on ne retrouve pas les éléments du bouquin tels quels.
C'est d'ailleurs l'arrière-plan social dramatique qui constitue la meilleur part de la série, Paulo posant un regard lucide et pessimiste sur la situation des femmes issues de l'immigration sud-américaine, victimes notamment des réseaux de prostitution, de la misère et de la brutalité des hommes.
"El Inocente" présente ainsi plusieurs cas de figures terribles, des portraits de femmes authentiques et bouleversantes, incarnées par des comédiennes de talent telles que Martina Gusman, Juana Acosta ou encore Aura Garrido..
Cette dernière apparaît assez quelconque en call-girl blonde, mais devient irrésistible en brunette au look d'étudiante, avec son carré sage et ses immense lunettes, constamment moulée dans un jean délavé taille haute qui lui dessine un cul d'enfer.
Au sein d'une distribution remarquable, tant en nombre qu'en qualité, mentionnons encore José Coronado (un fidèle de Paulo) en grand méchant terrifiant, Alexandra Jimenez en fliquette déterminée, et surtout le talentueux Mario Casas dans la peau du héros en quête de rédemption.
"El Inocente" ne manque donc pas d'atouts, mais ne m'aura pas complètement séduit, en raison notamment de sa mécanique narrative artificielle.