Episode 1

Ça commence plutôt bien, même si très classiquement. Ce qui est classique, c'est le montage alterné entre les deux héros qui vont s'affronter la série durant : Chloé Fisher, la célèbre criminologue, et Paul Brodsky, le tueur en série. Alors qu'on suit Chloé qui quitte son appartement parisien, Paul s'introduit dans celui de sa future victime. Salle de bains, tiroirs qu'on ouvre, plan sur la déco dans les deux cas. Le commandant Fisher est dépêchée à Lyon pour assister l'équipe locale s'agissant de l'assassinat d'Alice Moreau, la bru d'un potentat local (détail sympathique : le policier chargé de l'accueillir qui l'attend à Perrache brandit une pancarte "Fisher" au lieu de "Mme Fisher", convaincu qu'un commandant est forcément un homme). Brodsky, lui, est tout à son prochain meurtre, celui d'une avocate qu'on a vue courir au Parc de la Tête d'or en discutant sexualité avec un copain.

Comme on pouvait le craindre, tout est conventionnel dans cet Insoupçonnable. A commencer par la double vie de Brodsky, en couple avec une blonde bien jolie et bien gentille, père attentionné d'un garçon et d'une fille (manque le chien et la cheminée). La couverture de ce psy, ce sont ces séances d'écoutes téléphoniques nocturnes : elles lui permettent de perpétrer ses forfaits tranquillement et de rentrer à la maison au petit matin comme une fleur. Il dissimule ses affaires compromettantes (sac, carnet de croquis, photos) au-dessus d'une trappe dans la chambre de sa fille. Il y a quelques moments de suspense : celui où sa femme le rejoint inopinément dans la chambre de leur fille où Paul feuilletait son carnet maléfique (sous l'oreiller, il touche quasiment le visage de sa femme), celui où Paul raccompagne la jeune fille au pair qui se montre un peu aguicheuse.

Dans le rôle de Brodksy, Melvil Poupaud en fait un peu des tonnes. On le verra plus subtil en pervers harceleur dans L'Amour et les forêts de Valérie Donzelli. Regards sombres, mâle assurance, muscles saillants, jusqu'à une scène qui flirte avec le ridicule, celle où, se préparant pour un nouveau meurtre, il est filmé nu de dos dans une posture de bodybuilder. Ah, et barbe de trois jours comme quasiment TOUS les hommes dans cette série. Une mode un peu exaspérante, non ?

Du côté de Chloé, on assiste à ses relations avec la police locale, plutôt détendues - ce qui est pour le coup pas trop convenu -, et avec le préfet (Jean-Hugues Anglade), vieil ami avec qui les relations se tendent dès qu'on sort un peu des clous et surtout dès qu'on s'attaque au très influent Damien Moreau (Patrick Chesnais). Son fils Arhur a une boîte d'événementiels, il est arrogant et cocaïnomane. Emmanuelle Seigner, pour incarner Chloé, est un choix étrange. J'aurais plus aisément pensé à une Léa Drucker, à une Mélanie Thierry ou à une Isabelle Huppert pour un tel rôle (mais l'auraient-elles accepté ?). Des profils moins lisses. Quelque peine, à ce stade, à croire au personnage. La blondeur décolorée de sa chevelure n'arrange rien.

Une série conventionnelle donc, on va le constater probablement dans les épisodes suivants, mais aussi datée : tous les déplacements dans Lyon se font en voiture, c'est so XXème siècle ! (On se demande, d'ailleurs, pourquoi Chloé Fisher loge au Sofitel alors que les budgets dans la police sont réputés serrés ?) En revanche, à mettre à l'actif de la série, presque personne ne tire sur des clopes. Ça, c'est plutôt moderne.

Episode 2

Tombée sur un barrage policier lié à un règlement de comptes entre bandes du narcotrafic, Chloé remarque Costa, l'un des chefs du service à la mâchoire dûment carrée, et lui file direct le numéro de sa chambre. C'est ça, le cinéma. Un coup d'un soir, car il faut montrer que Chloé Fisher est une femme moderne, c'est-à-dire capable de singer les comportements masculins. Scène de sexe, en alternance avec l'agression de Brodsky sur sa nouvelle victime, Sarah Collet : la bonne idée de l'incipit de l'épisode 1 tourne à la recette. Léger suspense quand les deux flics qui avaient rappliqué suite à l'appel de Sarah reviennent chez elle, sonnent à sa porte, téléphonent, alors que la jeune femme est en train de se faire étrangler. La jeune fonctionnaire, plus clairvoyante que son balourd de collègue, prend de l'importance : elle sera recrutée par Chloé Fisher lorsque celle-ci aura pris les rênes de l'enquête.

Sarah est donc mortellement prise dans le collet de Paul. S'ensuit tout un cérémonial : laver le corps et les draps, vernir les ongles de cette femme allergique à la chose, la disposer sur le lit comme si elle dormait, exactement comme pour Alice Moreau. Le meurtrier appose clairement sa signature, excité par le jeu du chat et de de la souris avec la police. Classique, encore. Pendant ce temps, on suit Muriel, la tendre épouse au doux sourire, qui s'occupe de nouveau-nés à la maternité dans des scènes gnangnan.

Cet épisode nous vaut, comme le premier, quelques scènes ridicules, comme celle où Paul, nu dans son bureau, se repaît du parfum de la touffe de cheveu prélevée sur sa récente victime ; ou celle avec la babysitter qui ne craint pas de se comporter comme une stripteaseuse face à Paul. Celui-ci prépare déjà son prochain coup : une fille repérée dans un bar, à qui il a subtilisé son permis de conduire vu que son sac traînait sur le comptoir - ce que personne ne fait dans la vraie vie, mais bon...

Comme il faut nourrir l'intrigue pour tenir 10 épisodes, la scénariste Virginie Brac (sœur de Guillaume Brac ?) a imaginé en parallèle une histoire de ripoux, assez nébuleuse, dans le milieu du narcotrafic. Les grands vilains viennent des pays de l'Est. Le fils Moreau, classiquement méprisé par son père, y joue un rôle. Costa visiblement aussi puisqu'il se fait flinguer, après avoir arrêté un malfrat qui lui a lancé "je sais où t'habites". Chloé, au flair infaillible, avait dû le sentir puisqu'elle n'a pas donné suite au premier rendez-vous sexuel. Trop forte.

Au titre des pistes à suivre en parallèle, il y a aussi une histoire avec les Lafarge, ce couple que Paul suit dans son activité de psy, ayant perdu un enfant. Le mari est un ex-taulard impulsif et violent.

Classiquement encore (enfin, je pense, car je regarde très peu de séries), des petits cailloux sont semés pour la suite. Il s'agit ici essentiellement de la fille des Brodsky, qui inquiète ses parents par les cauchemars qu'elle fait et les dessins torturés qu'elle produit à l'école. Léa aurait-elle l'intuition de la perversion de son père ? Dommage que la gamine joue affreusement mal car la piste est intéressante.

Episode 3

Hélas, cette piste devient moins subtile lorsque l'enfant est réveillée par des cris, ceux de Julie, la babysitter, qui se fait violenter à l'étage. Paul, en effet, entend récupérer sa touffe de cheveu. Chose faite, il s'excuse (ah bon ? c'est pas plutôt à la gamine de s'excuser d'avoir volé ?) et demande comment il peut "se faire pardonner". La jeunette, qu'on croirait sortie d'American Beauty, n'a décidément pas froid aux yeux et fait preuve de suite dans les idées puisqu'elle réclame un baiser. Le lendemain matin, Léa, faisant semblant de dormir, verra son père ranger des affaires dans sa cachette juste au-dessus du mobile. Exit la subtilité.

Alors que Chloé constitue son équipe et donne ses instructions, Paul part en repérage, pièce d'identité de sa future victime en mains (pas compris en quoi le permis est utile puisqu'il n’y a pas l’adresse dessus, mais bon). Une bande de jeunes lui cherche des crosses, avec à sa tête un Arabe ayant l'accent qui va bien. Paul a un argument tout trouvé, puisque apparemment il est tenu de se justifier : Myriam Lafarge, la cliente qui a perdu un enfant, habite tout près. Quelle heureuse coïncidence. Paul, en la prenant dans ses bras, remarque un bleu sur son épaule. Il va "faire une bonne action", ainsi qu'il le dira, en la sauvant des griffes de son ex-taulard récidiviste de mari. Le but ici est de complexifier le personnage de Paul, en montrant qu'il a une sensibilité. Il en sera de même lorsqu'il apprendra que Sarah Collet était enceinte : geste de fureur car notre tueur aime les enfants. De quoi envoyer un message à la sœur de Sarah pour exprimer ses regrets par rapport au fœtus victime de son acte.

Cette nouvelle, Brodsky l’entend à la radio alors qu’il quittait son nouveau QG, une grange en ruine à proximité de la maison de sa belle-famille Le lieu se charge de mauvaises ondes, comme l'indique la musique dès que la bâtisse apparaît. Car Insoupçonnable baigne constamment, hélas, dans de la musique. Le spectateur ne prend pas une part active au visionnage : il se laisse porter puisqu'on lui indique où il faut avoir peur.

Selon le principe de la double-vie, Paul, juste avant, avait emmené ses enfants chez leur grand-mère. Plaisir de retrouver une amie, Christine Brotons, dans le rôle de cette dernière, qui rehausse un peu l’intérêt de ces images de bonheur familial intergénérationnel qu'on croirait tirées d'une pub pour une assurance-vie. Muriel est toujours aussi gentille.

Du côté de Chloé, on apprend qu'elle a eu, il y a longtemps, une histoire avec le préfet. Une sacrée pétroleuse, décidément, que notre criminologue, et qui s'assume comme telle : lorsque le commissaire lui demande ce qu'elle a fait avec feu Costa la nuit précédant sa mort, elle ne cache pas qu'elle a eu avec lui un rapport sexuel et qu'ils n'ont "pas parlé". L'idée de Virginie Brac est de mettre en scène une power girl, qui revendique les mêmes droits que les hommes en matière de comportement sexuel. C'est d'ailleurs dit explicitement dans une réplique, si le spectateur n'avait pas compris. "Tu ne te rends pas compte de l'effet que tu fais aux hommes", lui lancera plus tard le préfet. C'est là que je bloque un peu, étant très peu séduit par Emmanuelle Seigner, d'autant qu'elle est vilainement filmée, très souvent en gros plan. La part masculine de la PJ lyonnaise commence en tout cas à fantasmer et Simon, leur chef, tente timidement sa chance. En vain - pour le moment du moins : il lui reste six épisodes.

Pour conclure ce troisième épisode, Paul Brodsky entame un nouvel assassinat. Première visite de reconnaissance, où l'on voit qu'il flirte de plus en plus avec le danger : il se montre même face au miroir de la salle de bains derrière la jeune femme. Emporte des sous-vêtements, subtilise le mug posé sur une table, qu'il laisse devant la maison. Le but est clairement d'épouvanter sa victime avant de passer à l'acte. Seul hic scénaristique, on ne comprend pas pourquoi cette Céline n'appelle pas la police, comme avait fait Sarah. A ce stade de l'enquête, une surveillance policière lui aurait été accordée. Par ailleurs, fallait-il faire de cette Céline une adepte des pratiques sado-maso qui racolait sur Internet ? Non.

Episode 4

Costa, en étant exécuté, a entraîné dans sa chute son collègue, le capitaine Juteau. Ce dernier couchait avec la femme de son pote, histoire de charger la barque d’un scénario déjà bien lesté. Lorsque le commissaire lui annonce sa mise à pied et lui enjoint de rendre son arme de service, Juteau la retourne contre lui. La scène est assez forte, grâce au jeu intense de Cédric Weber juste avant l'acte fatal, et à celui de Gérard Laroche, qui campe un commissaire en état de choc juste après.

Remis de ses émotions, notre homme entend coffrer Arthur Moreau, au-dessus duquel les nuages s'accumulent. Le préfet, sous la coupe du très influent père du cocaïnomane, s'arrange pour reporter l'arrestation d'Arthur de 24h, après les funérailles de son ex-femme. De quoi laisser le temps au potentat local d'arranger la fuite de son fils en Suisse. "Vous êtes un minable" lance le commissaire au préfet. Ah bon, un commissaire peut dire ça à un préfet ?

Autre point : la fonctionnaire de la morgue parle à Chloé de Florence Teppaz, une copine de fac qui avait failli être étranglée par son petit ami lors d’une nuit d’amour. Son nom d'alors ? Marc. Un étudiant en psycho. En interrogeant cette Florence, Chloé, on le sent, est troublée, notamment en entendant qu'avec ce gars ce fut un "feu d'artifice". On sent venir la suite : la confrontation physique entre les deux personnages principaux, d'autant que Chloé a noté que le tueur est attiré par des femmes en position de pouvoir.

Paul, lui, a quelques ennuis du côté de sa "couverture": son boss a appris qu'il s'était déplacé chez les Lafarge, ce qui est une faute professionnelle. Pour rattraper le coup, Brodsky invente un rendez-vous fixé le jour-même avec Myriam. Reste à la convaincre de venir. Elle fait bien de se décider car notre tueur soudainement transformé en bon samaritain la convainc de se faire prendre en charge par une association d'aide aux victimes de violence conjugale. "Vous n'avez pas à laisser qui que ce soit vous dominer", lance très ironiquement celui dont c'est la source de jouissance principale.

Sa tendre épouse est toujours aussi sensible : contrainte de débrancher un bébé qui n'était pas viable, elle s'offusque de la réaction indifférente de son mari. Qui a autre chose en tête : la seconde visite à Céline, sa nouvelle proie. A force d'audace, ça finit par mal tourner : la présence d'un homme dans la maison ne décourage pas Paul, qui étrangle à l'étage la jeune femme. Le type, c'était son frère, apprendrons-nous. Combat, qui s'achève par le meurtre dudit frère, un tournevis planté dans le ventre. Mais ce n'est pas fini car une bande d'amis débarque alors que Paul fuit. Ils donnent l'alarme, cette fois la police parvient à suivre Brodsky grâce aux caméras de surveillance. Le tueur est obligé de se jeter à l'eau pour sortir du périmètre urbain couvert par les caméras. De retour dans sa grange, il passe ses nerfs sur le mannequin à perruque qu'il y avait installé.

Pour ne rien arranger, Céline, sortie du comas, produit un portrait-robot. L'étau se resserre, alors que retentit la musique du générique - une chanson qui fait très James Bond, Skyfall en particulier. Normal, cette série est un remake de la série Fall...

Episode 5

Images des caméras de vidéosurveillance, portrait-robot, témoin ayant connu le meurtrier : vraiment, l'étau se resserre, et l'on se demande un peu comment la série va encore tenir cinq épisodes. 10 pour un tel sujet, c'était sans doute deux fois trop. Résultat, Virginie Brac est contrainte de multiplier les intrigues secondaires, diluant le propos. La musique reste omniprésente, regorgeant d'intervalles de quintes diminuées et de secondes mineures, sur fond de basses boostées. Et le montage alterné est systématique.

Chloé, qui a noté la redondance du parc de la Tête d'Or, lance à la téle un appel à toute personne ayant été en contact avec Sarah, images de vidéosurveillance à l’appui. Sur le canapé du salon, toute la famille Brodsky constate qu'on voit Sarah remettre un ballon à Paul. "Tu es obligé d'y aller", lui lance Muriel. Voilà Paul dans la gueule du loup - ce qui, sans doute, doit l'exciter. Avant d'entrer chez le flics, il balance dans la Saône le collier offert à sa fille dont on pensait qu'il le trahirait. Fausse piste.

Ayant déclaré qu'il était chez lui l'une des nuits de crime, Paul demande à sa femme un faux témoignage. Le voilà contraint de s'expliquer avec elle. Le tueur lâche donc sa couverture, s'invente une liaison avec la première fille qu'il a sous la main : notre ado de Julie. Là, quand même, la douce Muriel le prend mal, annonce qu'elle va le quitter.

Sur cet épisode la série va cocher tous les poncifs : la question "qu'est-ce qu'elle te fait que je ne te fais pas", la réponse sur le mode "on a perdu le désir en ayant des enfants", les demandes de pardon de monsieur qui jure que c'est la dernière fois, ses déclarations d'amour, madame qui se radoucit et, le pire, un petit coït dans une cabane près de la rive. Pour charger une nouvelle fois le scénario, Muriel lui annonce qu'elle est enceinte. Juste après l'amour, elle le repousse de nouveau. Ah, l'inconstance féminine...

Paul décide de brûler des preuves - carnets, sous-vêtements, photos - en y mettant le feu. OK, mais pourquoi faire aussi brûler la voiture ? Au cinéma, les questions d'argent sont subalternes, alors qu'un psy et une infirmière ne doivent pas forcément rouler sur l'or... Notre assassin va-t-il raccrocher ? Peut-être, mais pas avant d'avoir eu une conversation "privée" avec Chloé. La commandante le lui a proposé à la télé, en mettant toutes les chances de son côté : chemisier blanc laissant voir son soutien-gorge noir (une scène de conférence de presse l'avait renseignée sur le pouvoir magique de ce détail), rouge à lèvre agressif (de toute façon présent en permanence) et vernis à ongle de la couleur exacte de celui utilisé sur Sarah (dégoté, à 7h du matin, par Marion, sa très zélée adjointe, dont on apprend qu’elle est lesbienne, tiens, encore un détail inutile). Il n'y a, à cela, qu'une condition : qu'il apporte la preuve qu'il est bien le tueur. Facile, un détail de l'appartement de Sarah fait l'affaire.

A mi-temps de la série, Chloé et sa proie se parlent donc. Brodsky se décrit comme un "artiste" et comme un être qui a su se libérer des injonction morales. Chloé lui demande d'arrêter de la "bassiner avec [ses] gros clichés", mais elle lui a balancé, elle aussi, de gros clichés : Paul aurait peur des femmes, serait impuissant, etc. Trop tard pour l'arrêter, lui affirme le tueur : il s'en va. Aurait-il réussi à convaincre Muriel de "repartir à zéro" (cliché) en déménageant loin ?

Episode 6

Non : seul Paul s'est mis au vert car Muriel s'est souvenue qu'elle était fâchée. Lorsque Julie, croisée dans la rue, soutient que c'est Paul qui l’a agressée, sa cote ne remonte pas : le voilà interdit de mettre les pieds à la maison. On voit la douce Muriel lire une histoire à sa fille avant de dormir, c'est charmant. Le petit frère, lui, n'existe pas dans la série, il doit avoir deux répliques. Peut-être un bon choix si l’enfant qui l’incarne ânonne ses répliques comme celle qui joue sa sœur...

Léa ne retrouve plus ses poupées Barbie. C'est son père qui les lui avait piquées, pour les bâillonner, les ligoter et fantasmer dessus. Et hop, une scène ridicule de plus. Paul a dû le sentir puisqu'il décide de les replacer dans le cartable de sa fille. Il a réussi à lui faire parvenir une lettre, que Léa cache... au-dessus de la trappe qu'utilisait son père. Ainsi la scène où elle l'avait vu en faisant semblant de dormir se concrétise-t-elle d'un façon inattendue. Intéressant.

On pensait qu'il allait se calmer mais non : il se rend d'abord chez Julie pour la menacer, puis se met en quête de Florence, à qui il attribue le portrait-robot paru dans la presse. Le mari de Florence est fâché car il a appris que la liaison avec "Marc" avait eu lieu lors qu'il était déjà avec elle. Il dort donc sur le canapé, casque sur les oreilles. Voilà qui arrange Paul, qui s'introduit dans la maison. La petite fille venait de réveiller Florence qui l'a renvoyée sur son père. Elle voulait faire pipi. On ne peut pas se débrouiller seule à 6-7 ans ?... En tout cas, elle tombe sur Paul qui sait immédiatement la rassurer de son doux sourire (Melvil Poupaud passe superbement du tueur glaçant au monsieur chaleureux). "Marco Polo", comme il se dénomme, lui chante à l'oreille "dans la maison un grand cerf" avant d'aller la recoucher et de s'attaquer à celle qu'il est venu chercher. La scène n'est pas très réaliste (l'enfant n'a absolument pas peur d'un inconnu en pleine nuit ?) mais elle a de la gueule.

Paul a kidnappé Florence, non sans avoir croisé une voiture de flics. Il l'enferme dans sa grange maléfique.

C'est un cliché, le préfet s'impatiente : il veut des "résultats". Nous aussi. A cette occasion, on apprend que Chloé avait une jumelle, décédée. Encore une piste scénaristique. On l'a vue aussi discuter avec Céline, sortie du coma. En cas de nervosité, tripoter un bracelet en élastique aide, lui assure-t-elle. Ainsi verra-t-on la jeune femme y aller à fond. Un peu ridicule de nouveau.

Episode 7

"On y est presque" a lancé Chloé au préfet. Pas faux. Chloé a découvert que le psy qui suivait Alice et Arthur Moreau se nommait Paul Brodsky. De retour sur la scène de crime, elle remarque une tache de sang sur un mur. L'analyse ADN fera sortir le nom de Paul Brodsky. Bingo. Enfin, la petite fille de Florence a évoqué le passage, de nuit, d'un "amie de maman", un certain Marco Polo. Tout se tient.

Lors d'un after, Chloé fait une déclaration d'amour à toute son équipe, avec qui elle est heureuse de travailler. Plutôt une belle scène, même si elle ralentit le rythme qui n'est déjà pas très soutenu. On n'est pas toujours captivé.

Une nouvelle péripétie se présente : Julie a plus ou moins kidnappé Léa. Pourquoi ? On ne sait pas. Peu importe car Paul, qui est vraiment trop fort, la retrouve au Parc de la Tête d'Or. Il la ramène avant de retrouver Julie à sa chambre d'hôtel. Celle-ci a pensé à faire un double des clés avant... Le ton monte, Brodsky l'attache au lit, manque de la violer puisque ce qu'elle veut c'est "se faire dépuceler". Mais il se ravise, abandonne là cette petite peste.

Paul a eu l'occasion d'endosser son costume de gentil puisque une association l'a contacté, en tant que psy d'Alice Moreau, pour aider... Céline qui se trouve en plein syndrome post-traumatique. Au point de ne pas reconnaître son agresseur ? Oui. De nouveau en tout cas, Paul se montre sacrément gonflé. "Ça m'aide énormément ce que vous me dites" lui lance Céline. Avant de triturer son élastique quand même.

Parallèlement à tout cela, il y a le dénigrement de la police par la presse, à travers un personnage de fouille-merde assez peu intéressant. Il réapparaît régulièrement.

Episode 8

En principe, le seul test ADN suffit à arrêter Brodsky. Pourtant, les flics considèrent qu'ils n'ont rien de solide, au grand dam du préfet qui continue à s'impatienter. Le véritable problème, c'est Florence, qu'il faut retrouver avant de pincer le tueur. Tout le monde se mobilise, on truffe la maison des Brodsky de micros et de caméras, et si un plafond s'écroule, pas grave, on percera le ballon d'eau chaude pour noyer le poisson. Constatant ces dégâts, Muriel, affolée, appellera son mari : il est tout à coup le bienvenu, car une femme bien sûr, ne peut se débrouiller face à tel un sinistre.

La police entend, par ailleurs, creuser la piste de la babysitter pour espérer faire tomber l'alibi de Brodsky. Lorsque la police frappe à sa porte, la mère de Julie répond "bien sûr, entrez", comme s'il était tout à fait naturel qu'on veuille interroger sa fille. La gamine n'a décidément pas froid aux yeux : elle ment à la police s'agissant du fameux soir où Paul est rentré tard.

Paul, de son côté, va mal : il est obsédé par Chloé, au point d'avoir des hallucinations. Lorsque la commandante prend la place du mannequin, en imper noir avec sa perruque brune, Emmanuelle Seigner fait penser aux films de Polanski, qui s'y connaissait en matière de perversité. Mais elle n'a plus l'âge de Lunes de fiel...

Visionnant une vidéo de Florence séquestrée qui s'adresse à lui, Paul l'entend lui lancer "t'as dû avoir une enfance horrible pour être comme ça". On le voit écouter et réécouter ce passage d'un air pénétré. Voilà qui sent la révélation à venir. Sinon, nouvelle conversation "privée" avec Chloé qui n'apporte pas grand chose, si ce n'est de le localiser, mais trop tard comme toujours. La voiture carbonisée est retrouvée, ce qui ne permet qu'une chose, confirmer le secteur où agit le tueur. En marchant au hasard, de nuit de surcroît, super Chloé trouve la grange. Coïncidence, Brodsky arrive juste à ce moment-là, mais il recule face au flingue de cette "sale pute" de Fisher. Las, Florence n'y est plus, mais l'endroit évoque à Chloé sa sœur jumelle.

Remise de ses émotions, Chloé retrouve sa collègue de la police scientifique au bar du Sofitel, sur fond très cliché de jazz en musique d'ambiance. Pour écarter un importun, elle l'embrasse et, comme ça lui a plu, propose à ladite collègue de poursuivre dans sa chambre. Lesbianisme pour pimenter un peu la narration. Elle ignore que Paul, qui n'a décidément peur de rien, s'y est introduit et compulse son journal intime, ce qui lui sera très utile pour faire pression sur Chloé une fois arrêté. Là-dessus, le préfet débarque, bourré, lui avoue qu'il a protégé l'assassin de sa sœur, haut fonctionnaire qui coule aujourd'hui des jours heureux. Il tente d'embrasser Chloé. Le temps qu'elle le rejette, le frappe et le soigne, Paul, planqué dans le placard, a eu le temps de s'éclipser.

Episode 9

La police, pas dupe de ses mensonges, focalise sur Julie, qu'elle fait filer. Notre Lolita va d'abord chercher chez les Brodsky la fameuse mèche de cheveux puis, ayant obtenu ce qu'elle demandait (que Paul se masturbe en visio), accepte de lui rendre un service, récupérer une carte SD compromettante que Paul avait plaquée à l'intérieur du haut parleur encastré dans le lit de sa chambre d'hôtel. C'est là qu'elle se fait serrer. La chasse d'eau n'ayant pas fonctionné, Chloé va pouvoir visionner le contenu de cette carte SD : les supplications de Florence, qui la font pleurer. Cette scène est vraiment trop longue. Et on comprend mal comment le mari de Florence peut entrer comme ça dans le bureau de la commandante et regarder ce qu'elle fait. Encore une invraisemblance.

Paul aussi s'est rendu chez lui. Tout est filmé mais heureusement, ce balourd de Jeff n'est pas devant son écran, occupé à draguer une nouvelle collègue. Cerné, notre homme continue pourtant à s'en sortir. C'est de Joël Lafarge que va venir sa chute : l'homme, sorti de prison, entend bien régler son sort à celui dont il est persuadé qu'il a couché avec sa femme - qui, en effet, aurait bien voulu. Il avait déjà jeté Chloé et Simon venus l’interroger, il croise à présent Brodsky dans la rue. Course poursuite, bagarre, coup de feu alors que la police est arrivée sur les lieux. L'un des policiers est touché. Paul manque encore de s'en sortir puisque la police le traite en témoin innocent. Mais Marion a eu l’œil. "Putain, j'ai arrêté Paul Brodsky" murmure-t-elle pas peu fière. Dès le début, on sentait qu'elle jouerait un rôle important.

Episode 10

Joël Lafarge est toujours dans la nature, on ne sait comment puisqu'on l'avait laissé aux mains de la police. Sous la menace, Paul avait été contraint de révéler l'adresse du foyer où Myriam s'est réfugiée. Ce fou furieux s'y introduit de force, bouscule tout le monde, finit par repartir. L'homme est armé et n'entend pas lâcher le morceau : il va se garer devant le siège de la PJ.

Lieu où Paul est interrogé. Mais il reste mutique alors que le temps est compté pour Florence. Il ne veut parler qu'à Chloé, qui lui refuse cet honneur. Elle craque la première puisque, mine de rien, Brodsky est en position de force. Petit couplet sur la jouissance inégalable consistant à ôter la vie de quelqu'un. Le tueur continue à avoir le dessus. Incidemment, des tests ADN révèlent que la touffe de cheveux que notre homme humait voluptueusement appartenait bien à sa mère. Mouais... pas trop crédible.

La bonne idée de Chloé, c'est d'aller rencontrer le père pédophile qu'elle soupçonne d'avoir agressé Paul dans son enfance. Ledit pédophile, nullement rongé par les remords, veut bien coopérer à condition que Chloé lui donne du "mon père". Pas le choix, Chloé s'exécute sur-le-champ - mais hors champ. Elle fait bien car l'arme va s'avérer fatale : si Paul s'obstine à refuser de révéler l'emplacement de Florence, elle le menace de faire sortir dans la presse le témoignage du pédophile, ce qui fera passer le tueur pour une victime. Insupportable pour l'orgueilleux Brodsky. Il va donc parler mais pose encore une condition : voir sa fille.

Muriel, qui a fait une fausse couche en apprenant la vérité sur son mari (voilà à quoi servait cette grossesse), n'est pas trop d'accord pour que Léa voie ce monstre, mais elle cède face aux arguments culpabilisants de Chloé ("vous ne vous pardonnerez jamais la mort de Florence"). C'est sa grand-mère (retour de Christine Brotons, cette fois visage bien fermé) qui l'amène, avec une consigne : "il ne la touche pas". Consigne que Chloé n'aura pas le cœur de faire respecter. Il faut dire que la scène est touchante (en dépit de la jeune actrice toujours insupportable) : on voit enfin la fragilité du monstre, bien traduite par Melvil Poupaud.

La piste Julie, elle, n'a rien donné : la gamine est totalement sous l'emprise de cet homme dont elle est tombée raide dingue. Les menaces d'emprisonnement n'y font rien, ni une discussion avec sa pote - au visage si lisse qu'on se demande si elle n'a pas été fabriquée par l'IA.

Peu importe, Paul est enfin prêt à coopérer. Le convoi s'ébranle vers la forêt de Sathonay, suivi de loin par Joël Lafarge. On n'échappera pas aux plans de drone sur la forêt et au vert flashy. Brodksy continue à jouer avec les nerfs de tout le monde : on se demande pourquoi Chloé ne hausse pas le ton, ressortant la menace de révéler son passé d'enfant abusé... Au lieu de ça, c'est Paul qui jouit de torturer Chloé avec l'histoire de sa sœur : Chloé n'aurait-elle pas couché avec son mari ? D'où sa culpabilité ? Il semble bien qu'il ait touché juste. Il est vraiment temps d'arrêter les frais question rebondissements scénaristiques. On retrouve Florence dans le coffre de la voiture, encore vivante, ouf, mais Joël Lafarge surgit et canarde à tout-va. Brodsky est touché en plein cœur. Dans les bras de Simon, Chloé lève les yeux au ciel, vers le soleil. In extremis, la série s'essaie à la poésie. Avec un ralenti, c'est encore mieux.

Conclusion

On conçoit la note de 4,4 en moyenne, au moment de rédiger cette critique, attribuée à Insoupçonnable, et qu'aucun de mes éclaireurs n'ait daigné se pencher sur la chose : beaucoup de balourdises, de traits appuyés, d'invraisemblances, de rebondissements attendus. Trop d'intrigues d'ailleurs - même si celles-ci sont plutôt habilement tissées. Ainsi, toute l'histoire des ripoux trempant dans le narcotrafic est-elle abandonnée des l'épisode 5, de même que la culpabilité du très louche Arthur Moreau. Diluée en intrigues secondaires, la série perd de sa force.

Je me risque aussi à une hypothèse. Puisque cette série est signée TF1, pas vraiment réputée à gauche, n'y aurait-il pas des choix idéologiques ? Dans Insoupçonnable en effet, les flics, pour une fois, sont plutôt bons (sauf Jeff, le basané...), les caméras de surveillance font la preuve de leur efficacité, la presse ne sert qu'à répandre des rumeurs aux relents people, les individus dangereux sont relâchés et récidivent, les femmes de pouvoir sont "punies" quand les subalternes (Muriel) sont douces et compréhensives... On ne peut pas totalement écarter l'idée de messages insidieux portés par la série. Sans certitude, mais à méditer.

Du côté de la réalisation, c'est soit assez banal comme l'illustre l'omniprésence de la musique, soit assez gratuit lorsque ça ose sortir des clous : pourquoi un plan zénithal par exemple, pour figurer la tasse de thé que Léa apporte à sa mère ? Sans parler de l'utilisation franchement abusive des très gros plans : trop de gros plans tue les gros plans, qui ne signifient plus rien.

Je serai un peu moins sévère, dans ma note, que la "communauté SC". Il faut dire que je n’ai pas vu The Fall, dont cette série est l’adaptation condensée. il semble qu’il s’agisse d’une simple copie, quasi plan par plan, de l’original britannique. En beaucoup moins bien, donc.

Le plus gros travers de cet Insoupçonnable est à mes yeux le choix d'Emmanuelle Seigner. Je ne sais quel filtre Photoshop a été appliqué sur son visage mais celui-ci a une allure très artificielle. Pour la rajeunir sans doute (comme pour Melvil Poupaud et Claire Keim qui, eux, sortent beaucoup mieux à l'écran) ? Résultat : je n'ai jamais pu m'attacher à cette froide créature dont les accès d'humanité (son souci de Florence, sa sympathie pour Simon, ses remords vis-à-vis de sa sœur jumelle) ne passent pas.

Dommage, car la série compte tout de même quelques scènes vraiment réussies, relevées ci-dessus, et elle tient plutôt bien en haleine. Si Emmanuelle Seigner en est le point faible, Melvil Poupaud, même s'il en fait un peu trop, en est l'atout maître. Tout de même, pour celui qui fut l'acteur fétiche du grand Raoul Ruiz, c'est une dégringolade, non ? Ce doit être un tel plaisir de se voir rajeuni à l'écran, en athlète accompli et en séducteur irrésistible : voilà qui vaut bien, sans doute, cet accroc à sa filmographie ?

5,5

Jduvi
5
Écrit par

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le 15 sept. 2026

Modifiée

le 17 sept. 2026

Critique lue 1 fois

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