Into the Ring
7.2
Into the Ring

Drama KBS2 (2020)

Entre le Père Ubu et Oui-Oui, mon cœur balance

Memorials est un drama expérimental qui ne dit pas son nom. Entre une réalisation qui utilise des objectifs grand-angle et des effets fisheye à outrance, et des messages contradictoires qui finissent par devenir contre-productifs, je comprends mieux le succès d'estime qu'il a reçu du public. J'ajouterai, pour être précis, que le public visé est d'abord féminin, jeune, urbain et actif sur le web. Alors, quand on veut taper sur des hommes vils ou sur la classe politique en choisissant l'absurde, encore faut-il avoir du talent. Malheureusement, le talent ici se résume à Nana, qui porte à bout de bras le drama avec l'énergie et la fougue qu'on lui connaît, et c'est bien trop faible pour me transporter d'un bout à l'autre. Car si on gratte un peu la surface brillante, le contenu est soporifique, surtout au début. Je ne suis pas contre le "girl power", à partir du moment où il est probant, comme par exemple dans Strong Girl Bong-Soon, Salon de Holmes et la référence ultime : Mr. Queen.


Koo Se-Ra(Nana) est issue d'un milieu modeste, mais elle a un caractère bien trempé. Elle subvient à ses besoins grâce à des emplois à temps partiel. Elle est connue dans son quartier pour recueillir régulièrement les plaintes des citoyens. C'est une emmerdeuse procédurière de l'administration, connue de tous. Seo Kong-Myung(Park Sung-Hoon) est un fonctionnaire public de cinquième classe. Fidèle à ses principes, il accomplit son travail avec diligence. Son caractère peu sociable le rend impopulaire. Fils d'un haut dirigeant local, il est intègre mais coincé. Lors d'une élection de quartier anticipée suite au décès mystérieux d'un politicien local, il va être amené à se rapprocher de Se-ra, qu'il a connue à l'école primaire. En effet, il agit comme une sorte d'agent de liaison entre les administrés et les élus locaux et va essayer de la conseiller au mieux de ses intérêts. Voilà, au moins, le décor est planté.


Au départ, il faut garder en perspective que tout cela est une fable. C'est très joli, ça brosse dans le sens du poil, mais c'est totalement fantaisiste. Pas la peine non plus d'être un pro de la politique, parce que ça brasse de l'air. Il faut noter que, dès le départ, le drama renvoie des messages contradictoires, et le premier visuel évident est tout simplement l'affiche choisie, qui n'est absolument pas anodine : soit on pense au tampon de validation (l'Institution) qui symbolise l'administration psychorigide avec sa hiérarchisation des normes ; soit on pense au logo anarchiste (la rébellion). Le clin d'œil est si évident que je suis étonné que personne ne l'ait remarqué. Into the Ring nous vend une héroïne qui vient briser les codes, un électron libre qui s'introduit dans un système verrouillé pour y foutre le bordel. Pourtant, le message est évident non? L'emballage romantique vient heureusement combler un pan entier du scénario complètement à la ramasse. Mais il arrive trop tard. Si le but était de réaliser une comédie satirique sous couvert d'absurde, c'est en partie raté parce qu'on navigue à vue, avec des raccourcis éculés et faciles. La faute à une écriture bancale et caricaturale : elle ne fait pas mal parce qu'elle rate sa cible.


Alors, pour être honnête, il y a quelques passages croustillants, mais ils sont tellement peu nombreux que cela n'a aucune incidence sur l'ensemble. C'est surtout creux, parce que les séquences sont souvent banales et soporifiques. En ce qui concerne les enjeux ou la finalité, je cherche encore. Quant à la romance, totalement téléphonée, on va dire que c'est marrant vu que c'est totalement décalé. Kong-Myung avec sa coupe au bol et son comportement psychorigide, détonne avec Se-Ra la foldingue "ado attardée" . J'ai trouvé le drama un peu prétentieux, condescendant, donneur de leçons, et cela a donc eu un effet repoussoir sur moi. En réalité, l'héroïne, tout droit sortie d'un manhwa, ne veut pas aller contre le système: elle veut en faire partie pour jouir aussi des privilèges que cela pourrait lui octroyer, même si d'une manière naïve et maladroite, elle essaie de résoudre les problèmes du quartier. Elle a besoin des autres car elle est incapable de s'assumer. Elle veut accéder à un poste à responsabilités tout en étant elle-même irresponsable et immature; un très beau paradoxe en effet. On nous vend une icône de l'émancipation, mais elle est en réalité incapable de gérer sa propre vie sans ses parents et ses deux amies, ou sans Kong-Myung qui lui sert de filet de sécurité permanent.


Alors, c'est un drama qui m'a rendu perplexe et m'a laissé un goût amer. Pourquoi? Parce que pendant la première partie, on fait tout pour te dégoûter de regarder tellement c'est chiant comme pas possible. La corruption est universelle, mais rendez-la intéressante à observer, puis à dénoncer, nom de Dieu! Jo Maeng-Duk, l'antagoniste de l'histoire, se sert de l'incompétence de Koo Se-ra pour avancer masqué. Mais il est très mal employé parce qu'il y a une pléthore de rôles secondaires totalement inutiles qui ralentissent le rythme pour rien. On a du mal à cerner ses objectifs. À l'autre bout de l'échiquier, Se-Ra a deux amies fidèles ainsi que le petit garçon dont on aurait pu étoffer les histoires, mais là encore, cette piste est trop timide et pas assez approfondie. Et c'est vraiment con, parce qu'en fait, ce sont ces deux femmes qui sont libres, fortes, indépendantes et qui bossent vraiment. Heureusement que Nana et Park Sung-Hoon sauvent le navire du naufrage total et arrivent, dans la seconde partie, à nous émouvoir un peu. Ils nous font partager des moments appréciables de légèreté ou de dramaturgie. Ça comble partiellement le vide, car du remplissage, il va falloir s'en accommoder: c'est soporifique et surtout interminable!


Bref, un format de 10 ou 12 épisodes aurait été préférable pour fluidifier l'ensemble. Ce qui frappe dans le drama, c'est avant tout un manque de moyens et de crédibilité. Des manifs de 15 personnes, des rues désertes, même l'amourette n'est pas ouf...C'est moyennement convaincant au global. C'est un récit qui rate partiellement sa cible parce qu'il est hésitant. Il a le cul entre deux chaises: la comédie dramatique et la satire politique locale, mais il a du mal à nous intéresser aux deux, car le ton employé est discordant entre un humour absurde ou enfantin et le sérieux de circonstance qui devrait s'imposer durant certaines séquences plus dramatiques, surtout vers la fin. C'est beaucoup trop tendre car, sous couvert de fraîcheur et de spontanéité, le drama renforce l'idée dangereuse que la politique locale est à la portée de n'importe quel idiot, incarné en l'espèce par la gentille Se-Ra. Into the Ring traite la gestion de la cité comme un terrain de jeu pour ados en quête de sens. Ça s'écoute parler, se regarde filmer, et il est l'image de son héroïne: bruyant, désordonné, et beaucoup trop dépendant de son emballage pour masquer son manque de substance. Dommage !


Main Theme: Kick Off feat. Yoon Ha-Young

Additionnel OST1: Chuu - Spring Flower

Additionnel OST2: Siyeon (Dreamcatcher) - Good Sera

Kim-Kaphwan
5
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Mes K-dramas justes passables (5 / 10) et Playlist K-dramas

Créée

il y a 5 jours

Critique lue 10 fois

Critique lue 10 fois

2
2

D'autres avis sur Into the Ring

Into the Ring

Into the Ring

9

Tawny10Years

29 critiques

Critique de Into the Ring par Tawny10Years

Dernier coup de cœur en date. J’ai dévoré cette série. C’est un drama vraiment frais, léger et drôle. L’héroïne a une personnalité complètement barge, presque caricaturale. Je pense que soit on...

le 2 mars 2022

Into the Ring

Into the Ring

Entre le Père Ubu et Oui-Oui, mon cœur balance

Memorials est un drama expérimental qui ne dit pas son nom. Entre une réalisation qui utilise des objectifs grand-angle et des effets fisheye à outrance, et des messages contradictoires qui finissent...

il y a 5 jours

Into the Ring

Into the Ring

6

Presque

189 critiques

T'as de beaux "fisheyes"

Je mets un 6 pour le casting (mention particulière aux 2 acteurs principaux), les décors, le sujet inhabituel (la politique locale vue par une citoyenne lambda) dans les kdrama, mais franchement on...

le 10 mai 2022

Du même critique

La vie portera ses fruits

La vie portera ses fruits

Une histoire de famille au gout doux-amer

Avec un budget de plus 42 millions de dollars(le plus gros après Squid Game 2 et 3 pour un drama coréen), avec Kim Won-Suk à la réalisation (Misaeng: Incomplete Life, Signal et My Mister entre...

le 28 mars 2025

Last Samurai Standing

Last Samurai Standing

Le dernier des Samouraïs

"Last Samurai Standing", avait été présenté en avant première mondiale en septembre 2025 au 30eme Festival International du Film de Busan en Corée du Sud. Notamment adapté en Manga à partir des...

le 13 nov. 2025

Mr. Plankton

Mr. Plankton

Un road movie tragique mais poignant

Mr. Plankton est un superbe série tragique, et non pas dramatique.Le début est la fin, et la fin est le début. Vous comprendrez cette phrase dès les premières secondes de cette série.Lui : bébé...

le 10 nov. 2024