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le 18 juin 2023
Suivretrès bonne analyse
Enfin quelques vérités commencent à sortir, oui Jean Moulin a bel et bien été balancé de manière subtile, usage de boite aux lettres connues, message de rendez vous en clair, emploi de resistants...
(Vu entre le 04/08/26 et le 05/08/26)
Le Jean Moulin d'Yves Boisset, réalisé pour la télévision, s'inscrit dans une période de contrition et de repentance vis-à-vis d'une période trouble, qui, après les travaux de Robert Paxton et Marcel Ophuls, a démontré que tous n'étaient pas résistants et que la Résistance était loin d'être unie. Cela se lie bien au style de Boisset puisqu’il n'aura de cesse de vouloir dénoncer les tabous refoulés de la société française à travers une œuvre fonceuse et brûlante. Il est ainsi logique également que le film porte son regard sur Jean Moulin, figure héroïque de la Résistance française. Typique également du genre de personne dont aime traiter le cinéaste. La figure d'un homme cherchant la vérité derrière l'hypocrisie, l'injustice, la corruption et le mensonge, seul contre tous, et qui se verra périr par cette quête courageuse et sans compromis. À l'image du juge Fayard, Jean Moulin paraît être un homme ordinaire, simple préfet d’Eure-et-Loir, un dandy artiste, aimant les femmes et la bonne lecture. Mais finalement, par la situation urgente, par sa force calme et par une abnégation admirable, l'homme s'avère quelqu'un d'extraordinaire.
Pour autant, le film refuse la hagiographie car il a à cœur de reconstituer les événements de façon chronologique et précise, allant de son refus de partir lors de l'armistice de 1940 à son arrestation par Klaus Barbie en 1943. En trois heures, le réalisateur et ses scénaristes condensent de façon fouillée le destin du personnage avec une sobriété marquante et un caractère à la fois succinct et efficace. À cela se rajoute un aspect plus romanesque en détaillant la vie sentimentale du protagoniste. Il peut y avoir par moments, surtout dans la première partie, l'académisme d'une production télévisuelle et ses maladresses, mais dans l'ensemble, le diptyque se tient avec une rigueur et une reconstitution soignée qui est composée de nombreux décors et de multiples personnages. Boisset ne faiblit jamais dans son rythme et enchaîne les scènes avec une aisance permanente.
Même s'il n'atteint pas le caractère méthodique et qu'il n'est pas aussi sec que L'Armée des Ombres, nous retrouvons dans Jean Moulin cette forme sans emphase et sans lyrisme de la chronique résistante et ses ambiguïtés sur la liberté individuelle, la compromission et l'engagement en temps de guerre. Il faut voir cette fin qui refuse toute complaisance en n'exposant pas la torture qu'a subie Jean Moulin. Le cinéaste filme dans un champ-contrechamp glaçant le cri de Klaus Barbie lançant une première frappe à la gorge du héros. Ce dernier, sans flancher, absorbe le coup en restant muet. Le coup à la gorge et le sang qui en coule deviennent le symbole d'un refus de compromis face à l'ennemi. Il renvoie surtout à la séquence initiale où Moulin s'égorge afin de ne pas dénoncer des tirailleurs sénégalais accusés d'un crime qu'ils n'ont pas commis. Le silence pour ne pas dénoncer devient un réel sacrifice auquel le héros n'a pas cédé. Et c'est ce que montre l'œuvre, les résistants pouvaient se dénoncer afin d'avoir la vie sauve.
C'est d'ailleurs l'un des points forts, celui de montrer l'organisation difficile, les rouages complexes et les luttes intestines d'une Résistance fracturée et malade, n'ayant pas le même point de vue politique et la même notion de destin pour la France. Moulin combattait contre l'invasion nazie évidemment, mais pensait aussi au sort de la France après la guerre et à son indépendance vis-à-vis des autres nations puissantes. La difficulté d'unir la Résistance, les collègues qui tombent un à un et l'impossibilité de pouvoir se fixer et vivre avec celle qu'il aime, attestent de la solitude qui entoure progressivement l'homme. D'où cet ultime plan du personnage, couché, ensanglanté et mort sur la paille d'un wagon en direction de l'Allemagne. Des choix qui démontrent que même avec un téléfilm au début des années 2000, Boisset n'avait pas perdu de son savoir-faire.
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il y a 6 jours
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