Le Joueur du grenier, un youtubeur qui s'est fait connaître en rageant sur des vieux jeux vidéos sous prétexte de les présenter, à moins que ce soit l'inverse. Toujours avec humour, au moyen notamment de petits sketchs de plus en plus mis en scène. Aujourd'hui appelé JDG par la plupart des personnes qui passent un minimum de temps sur YouTube. Précurseur de la plateforme au niveau français. Sorte de mammouth qui a survécu et continue de survivre à toutes les périodes, en gardant une forme d'authenticité.


On sent qu'il aime le sujet dont il parle. Il a une culture assez impressionnante, dans le domaine du jeu vidéo comme dans tout ce qui tient à la culture télévisuelle du dessin animé. Une culture précise et approfondie d'un secteur très particulier de la culture populaire, type de culture que l'on a jadis associée à l'adjectif *geek*, adjectif plus ou moins galvaudé aujourd'hui dans le sens où il est devenu plutôt courant d'oser s'intéresser de manière sérieuse à tous types d'univers, aussi extérieurs soient-ils à une supposée culture légitime.

Et JDG possède tout un trésor : les archives départementales de la ludothèque JDG respire ainsi l'authenticité parce que ça peut pas être un truc que tu t'inventes pour faire une chaîne Youtube. Il était dans les premiers de toute façon, on peut accrocher ou non à ce qu'il fait, mais au moins on a cette sensation de mettre les pieds dans une époque où le contenu YouTube se créait dans l'expérience et la sincérité. Simple sensation peut-être, car évidemment JDG s'est en partie adapté à l'air du temps, mais pas tant que ça, il en parle souvent d'ailleurs en critiquant ce qui se fait ailleurs et qu'il trouve trop calibré, alimentant au passage son côté un peu réac qui participe à sa popularité.

Donc véritable sincérité et passion dans son rapport à l'époque qu'il aborde : pour autant son concept, ou *modus operandi*, pour en parler ça a été au départ de s'énerver contre tout ça, de pointer en long et en large les défauts des jeux vidéos d'une époque qui défrichait le domaine, de souligner aussi la difficulté excessive de la plupart des jeux vidéos d'alors. Difficulté qui pourtant je pense fait toute la saveur de cette époque du jeu vidéo, cette implication que l'on mettait à devenir quasiment virtuose dans des jeux qui n'en demandaient pas moins. Et ce, sans l'émulsion d'Internet et des communautés du jeu vidéo qui encouragent aujourd'hui cette performance (sur des jeux qui par ailleurs pour la plupart en demandent de moins en moins), que ce soit par l'accès que l'on a à des speedruns, et toute la démarche d'optimisation de compréhension et des réflexes qui va avec, ou par le multijoueur massif qui permet de se mesurer à la terre entière. À l'époque à la limite tu te mesurais à la cour de récré, souvent de manière orale et sans partager vraiment l'expérience devant l'écran avec les autres joueurs, sauf avec deux ou trois potes proches qui par ailleurs avaient chacun leurs jeux de prédilection. Ou lors d'événements exceptionnels comme des après-midi d'anniversaire. Par exemple moi mon talent c'était d'être capable de finir Le Roi Lion sur Megadrive, et je me souviens d'en faire démonstration dans le salon d'une vague connaissance devant un public attentif.


Je tiens en effet à souligner - et j'ose croire que JDG est au moins un peu en phase avec moi, malgré son concept qui tend à penser le contraire - que la difficulté des jeux de l'époque de la première Nintendo et de la Megadrive a fait toute leur saveur et est en partie constitutive aujourd'hui de ma nostalgie.

J'ai tout un creuset de cette nostalgie sur lequel je n'aurais d'ailleurs probablement jamais aucun moyen de remettre la main : ce sont les jeux vidéo que ma mère "empruntait" à Jouet Club au Leclerc à l'époque où elle y travaillait pour que je puisse y jouer un jour ou deux le soir sur ma Nintendo. Je les prenais comme des univers un peu magique, j'avais pas trop le temps de m'y familiariser, d'en comprendre tout à fait les mécaniques, encore moins de les finir et du coup ça restait des espèces de portes vers des mondes mystérieux.

Tous les jeux de l'époque Nintendo et Megadrive auquel j'ai eu l'occasion de jouer comme ça en coup de vent sont vraiment comme des espèces de mondes magiques parallèles. Ce genres d'expériences arrivaient aussi beaucoup dans les magasins à l'époque où l'on pouvait jouer sur des bornes d'essai pendant que les parents faisaient les courses.

Des fois en regardant Le joueur du grenier, je tombe sur des images et ça me fait des flashbacks de cette sensation d'étrangeté, véritables madeleines de Proust.

Et pour revenir à la difficulté, je me souviens par exemple de jouer à Terminator sur Nintendo, que je devais rendre quasiment aussitôt pour ne pas que ma mère se fasse choper, et de ne pas réussir à battre le premier boss. Et du coup de me dire que la solution ça devait être un truc ultra inventif, alors que forcément quand tu sais ce que c'est bah après tu arrêtes de te faire des films (pour info je ne sais toujours pas ce que c'est, donc le magnétisme du mystère reste entier). Mais je pourrais aussi prendre en guise d'exemple le dernier niveau de Jurassic Park sur Megadrive, qui impliquait pour battre les vélociraptors - ou inversement pour battre l'humain si on avait décidé d'incarner un vélociraptor - d'activer une mécanique de jeu à laquelle il était presque impossible de penser a priori et que l'on finissait par déclencher presque par hasard à force de refaire le niveau pour la centième fois (à savoir qu'il n'y avait pas de sauvegarde donc refaire le niveau impliquait de refaire le jeu en entier, et que les niveaux précédents ne faisaient pas de cadeaux non plus).


*Modus operandi* de la critique sévère et rageuse duquel GDG revient me semble-t-il aujourd'hui, proposant davantage des vidéos d'analyse, à l'instar de sa récente série de vidéos sur l'histoire des fangames Sonic, s'intéressant davantage à la créativité que cette saga a pu inspirer chez les fans, plutôt qu'à la difficulté de ce jeu sur lequel pourtant je me suis personnellement cassé les dents jusqu'à l'abandon.

Vernon79
9
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