Ca me gave l'art, ça me gave la critique, ça me gave la raison.
On est là à regarder des trucs, à écouter ou à y jouer. Puis quand on a fini on est censé donner un avis cohérent.
Alors si tu donnes une note, genre 8, c'est bon c'est que t'as tout aimé, un 7, un peu moins, un 6 bof , c'est que ça en valait pas la peine. Alors un 5 on n’en parle pas ou on te demandera au moins ce que tu voulais dire par un 5. Les gens ont tendance à vouloir apprécier les choses de façon binaire. C’est bien ou ce n’est pas bien, ça fonctionne ou ça ne fonctionne pas. Et moi là avec mes notes j'ai envie de rappeler qu'il existe le modèle du continuum, une sorte de petite réglette qui peut se déplacer à gauche et à droite, mais aussi de bas en haut. Bref dans tous les espaces de l'appréciation, le plaisir qui n'ignore pas la douleur, et la douleur qui n'ignore pas le plaisir.
Ça fait bizarre de penser à ce genre de coup gueule, surtout sur Kaamelott, beaucoup se diront, et moi le premier que d’autres combats valent la peine d’être pensés et moi je pense que Kaameloot vaut tous les combats.
Kaamelott c’est un combat contre un format, 5min de prestation sur une chaine grand publique, qui réunit le père de famille qui revient de l’usine, de la mère qui a passé sa journée au bureau, de son fils qui revient d’une journée pauvre en sens et d’une sœur qui espère être libérée de table pour tester son vibro3000 reçu par amazon et tout ce beau monde, dans toute sa beauté ou sa laideur est réunie devant la réinterprétation d’une légende arthurienne. Réinterprétation qui vous fait face à un roi fatigué et blasé par la stupidité de son royaume. 5 min de prestation, 3 ou 4 fois par semaine selon les chaines ou les pays durant quatre saisons et puis 45 sur les deux dernières et peut être espérons le 1h30 pour les 3 films désirés à venir. Les formats ne sont plus que des territoires qui ne demandent qu’à être conquis.
Kaamelott c’est un combat contre des genres dont la prestation est établies voir figées, c’est le théâtre à la limite du consanguins qui s’invite à grand coup de poing dans les écrans avec ses lignes écrites dans la plus grande insolence, apprise au dernier moment et réexpédiée avec la même intelligence et force de caractère. En n’oubliant jamais de sublimer quelque part la grâce de ses personnages et tout cela fera rire ou crisper le grand public sans jamais le laisser de marbre.
kaameloot c’est un travail remarquable d’écriture que l’on jugera facilement rempli d’humour gras, débile ou facile. Mais si on y prête assez d’attention c'est de belles leçons d'écritures ici et là (Athur qui explique à Perceval comment narrer ses exploits), de tendresse ( Percevale qui réclame une pute) Mais allez jusqu’à la fin de la saison 5 et que vous soyez d’un côté ou de l’autre, ces quatre saisons vous manqueront, vous en serez nostalgique jusqu’à prier au fond de vous-mêmes que cette saison s’efface de sa propre histoire. Parce que kaamelott c’est l’histoire d’un seul et unique personnage lucide dans un monde peuplé de con, et cette connerie aussi bien qu’il souhaite bien la prendre le tue à petit feu, épisode par épisode, ligne par ligne.
Arthur est Alexandre Astier , et Alexandre Astier est Arthur, le parallèle est inévitable, l’un comme l’autre auront subit une chute inévitable et c’est peut-être là que l’unanimité sur la série pourra se faire : la ressemblance de leur combat. Imaginez Arthur expliquer la quête du Graal à des cons, imaginez Alexandre Astier expliquer son projet aux boites de production… Tout deux, prisonnier d'un schéma narratif sur l’héroïsme il font faces à des murs qu'ils surmonteront uniquement au prix d'un sacrifice, mais tout deux se relèveront jusqu’à ce que leurs quêtes respectives soient accomplies.
Ou en tout les cas, c'est ce que je leurs souhaite.