Hao Ze Yu a percé jeune après avoir remporté un concours de divertissement. Mais sa réussite s’est peu à peu effritée ; dix ans plus tard, il vit dans un sous-sol étroit d’une rue de Pékin, comme enfermé sous sa propre carrière. Une ancienne agente, Niu Meili, décide de reprendre son contrat et engage Fu Zi pour l’accompagner et tenter de lui redonner une chance.


Comme son héros, la série n’est pas parfaite, mais elle reste fidèle à son message : l’authenticité. C’est cette sincérité qui la rend attachante malgré ses longueurs. Car la persévérance, moteur du récit, est aussi celle qu’il faut au spectateur pour suivre quarante-quatre épisodes parfois inégaux. Mr. Fighting repose surtout sur la force de ses quatre protagonistes.


Hao Zeyu (Deng Lun) est un acteur déchu, orgueilleux et désabusé, enfermé dans le souvenir d’une gloire passée. Sous son arrogance se devine une sincérité enfantine : il n’aspire plus à briller, mais à être vrai. Deng Lun en fait un être écorché, à la fois agaçant et bouleversant, prisonnier d’un idéal qu’il ne sait plus incarner.


Fu Zi (Ma Sichun), c’est la douceur obstinée. Sans diplôme ni réseau, elle avance avec le cœur et une bienveillance désarmante. Dans un monde où tout sonne faux, elle rappelle que la bonté n’est pas faiblesse, mais une force rare. Et quand Zeyu la compare à une couette qu’on aime serrer contre soi, douce et réconfortante, il résume ce qu’elle incarne : un refuge dans un univers froid.


Niu Meili (Ni Hongjie), ancienne agente devenue restauratrice, a troqué les plateaux contre la chaleur d’un petit restaurant rempli de souvenirs. Elle a cru au talent avant d’être usée par les compromis. Sous ses airs pragmatiques, elle cache une vulnérabilité qui refait surface au contact de Ni Manqing, le père bourru de Fu Zi. Elle lui tend mille perches, mille sourires, dans une patience qui émeut. Elle rêve simplement de partager le quotidien d’un homme simple. Leur duo timide, plein de retenue, est l’un des plus beaux reflets du ton doux-amer de la série.


Ni Manqing (Han Tongsheng) veille sur sa fille comme le lait sur le feu. Râleur et tendre à la fois, il comprend très vite les sentiments qui naissent entre Fu Zi et Zeyu, mais reste aveugle à ceux que Meili lui porte. Cet homme, si perspicace dans le cœur des autres, se perd dans sa propre pudeur.


À l’image de l’affiche où les quatre personnages se tiennent côte à côte devant une maison, accoudés à un garde-corps que l’on pourrait presque prendre pour la rambarde d’un bateau, Mr. Fighting évoque la dignité tranquille de ceux qui avancent malgré tout, conservant tant bien que mal leurs valeurs, portés par le vent contraire.


Ce qui nous attache à cette série, ce ne sont pas les rebondissements, souvent étirés, mais le tissage fragile des relations. Entre Fu Zi et Zeyu, d’abord, cette belle complicité évolue pas à pas, portée par l’abnégation et le courage de Fu Zi, mais se heurte à la peur d’échouer.

Entre Fu Zi et Niu Meili, c’est une filiation féminine, comme un relais entre deux âges et deux visions du monde. Entre Fu Zi et son père, une tendresse du quotidien, discrète mais indestructible. Et enfin, entre Niu Meili et Ni Manqing, une attirance timide, à la fois comique et bouleversante.


C’est dans ces liens qui se nouent, se frôlent ou se retiennent que Mr. Fighting trouve sa plus belle résonance. Entre Meili et Manqing, l’amour tarde à dire son nom, comme une tendresse qui cherche son heure. Entre Fu Zi et Zeyu, la pudeur s’effrite peu à peu sous la chaleur d’une affection sincère. Et au croisement de ces deux générations, on perçoit le même besoin d’être vu, compris, simplement entouré.


La série avance lentement, parfois trop ; certaines intrigues répétitives et une fin un peu expédiée ternissent l’ensemble. Mais la réalisation apporte des jolis moments et Mr. Fighting garde une saveur particulière : celle d’une sincérité rare, d’un courage tranquille. Ses scènes fortes, intenses, un regard, un silence, un mot juste, suffisent à racheter ses longueurs. Ces éclats de vérité rappellent que la sincérité, même maladroite, peut encore toucher juste.


Et c’est sans doute ce qui m’a fait penser à la chanson Loterie du collectif FAUVE ≠ :

« La tête haute, un poing sur la table et l’autre en l’air, fais-moi confiance, avant de finir six pieds sous terre. »

AliceJeanne
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le 5 oct. 2025

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