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Le compromis télévisuel est l'ennemi de la narration qualitative.

La conquête normande de l'Angleterre en 1066 est l'une des périodes rarement portés à l'écran, sauf dans les séries de Vikings à la rigueur. On aurait pu espérer voir l'événement dans Valhalla, si seulement la série avait fonctionné. La période est pourtant bourrée de pépite épiques : Hastings, Stamford Bridge, Guillaume le Bâtard devenant Conquérant : voilà une fresque épique qui méritait enfin son adaptation audiovisuelle. Passionné, l'attente était donc légitime autour de cette série qui promettait de raconter ce tournant majeur de l'histoire européenne.


Malheureusement, la réalité historique passe rapidement au second plan. King and Conqueror multiplie les anachronismes qui, au-delà de l'irritation qu'ils peuvent causer aux puristes, nuisent véritablement à la cohérence de l'ensemble. Les déplacements semblent défier toute logique géographique (on traverse l'Angleterre comme si le réseau ferroviaire existait déjà), et surtout, la série opère des choix de casting dont la crédibilité n'est jamais justifiée narrativement. Ce n'est pas tant la diversité qui pose problème que l'absence totale d'explication : un combattant noir ou arabe dans le Wessex de 1066 est possible historiquement, mais encore faut-il construire son histoire, lui donner un parcours qui justifie sa présence. Sans cet effort, on bascule dans le cosmétique qui brise l'immersion plutôt que de l'enrichir. Rappelez vous de Robin des Bois Prince des voleurs, où le personnage incarné par Morgan Freeman avait un vrai passif, une vrai existance dans la narration.


La narration souffre également d'un déséquilibre flagrant. La série privilégie les états d'âme et les confrontations conjugales, suivant une tendance actuelle des productions médiévales. On dépose une dose de politique, mais on n'explore rien. Le problème n'est pas d'explorer la psychologie des personnages, mais de le faire au détriment de la clarté. Guillaume reste étrangement opaque : est-il névrosé, assoiffé de pouvoir, ou simplement dans une fuite en avant ? On ne le sait jamais vraiment. À l'inverse, certaines batailles cruciales comme Stamford Bridge sont expédiées en quelques minutes, comme si le budget devait être préservé pour le final. C'est très déséquilibré.


Pourtant, quand la série trouve son rythme, elle déploie une véritable atmosphère. La reconstitution des décors crée une ambiance tangible, presque palpable. Le suspense est bien mené, notamment dans la chute progressive de Harold, dont la dérive mentale et la soif de pouvoir sont magistralement rendues. Et surtout, la bataille d'Hastings rachète bien des défauts : fidèle aux positions historiques, spectaculaire sans être gratuite, elle offre un final qui justifie presque à lui seul le visionnage. Mais ce final démontre l'inéquité de l'ensemble.


Vous l'aurez compris, je n'ai pas aimé. C'est trop déséquilibré, et ça manque d'ambition pour faire quelque chose de vraiment qualitatif. Il y avait pourtant moyen de faire quelque chose de puissant. Les événements s'additionnent, mais ne se développent pas et ne servent pas le récit.

Et sans récit, point de qualité.

Lerwyn
4
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le 4 janv. 2026

Critique lue 161 fois

Lerwyn

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